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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 12:57

Que mes amis lecteurs acceptent mes excuses, cet article sera peut-être le plus bel exemple de ma subjectivité, frisant ici la mauvaise foi. D'une manière générale, l'objectivité appliquée à l'art (et à beaucoup d'autres choses) n'est pour moi qu'un premier pas vers le destructeur relativisme qui nous anesthésie. Mais j'admets volontiers que sur ce "sujet" là, on soit en droit de m'accuser de tous les coupables aveuglements. Disons simplement les choses : on ne touche pas à Nathalie Nell !

nell1

Il faut me comprendre. Je devais avoir une dizaine d'années quand j'ai vu pour la première fois Les risques du métier et je ne m'en suis jamais remis. Oh, certes pas de l'honnête film de Cayatte, porté par un Brel qui, alors, n'avait pour lui que sa sincérité, insuffisante pour masquer une gaucherie somme toute normale. Mais le visage d'Hélène s'est imprimé en moi avec pour conséquence quasi immédiate de me faire quitter le monde de l'enfance. Je pourrais citer Brel lui même : Je volais, je le jure.. Je jure que je volais. J'ai longtemps cru que ce film était en noir et blanc, ce qui titillait encore plus mon imagination avec une question pour moi fondamentale : de quelle couleurs sont ces yeux, ses yeux ? LES yeux, ceux qui pour moi auraient justifié une définition commune à tous les dictionnaires : Yeux, pluriel de oeil, voir à "Nathalie Nell".

Et puis j'ai eu seize ans et, dans un coin de ma tête, cette vision sommeillait. C'est alors que fut diffusé Au plaisir de Dieu tiré du livre de d'Ormesson (ce beau récit qu'il a dix fois réécrit par la suite...). Après avoir été subjugué par lanell2 magistrale composition de Jacques Dumesnil (j'en reparlerai), l'avant-dernier épisode me cloua à mon fauteuil dès son introduction. Cette Anne-Marie, cette gamine devenue femme était maintenant interprétée par ce même visage que je pensais endormi au fond de moi. Et, sublime cadeau offert à mes désirs cachés, je la découvrais en couleurs ! Subitement, toutes mes amours d'alors m'apparurent fades, insignifiantes, ordinaires. Mon coeur ouvrait les bras, je n'étais plus barbare...

 

 

Depuis ce jour, j'ai suivi la carrière de Nathalie, ayant compris très vite qu'elle était unique et qu'il ne me fallait pas rechercher son clone. Hélas, qu'en retenir ? Yannick Bellon lui a offert un rôle immense, écrasant, douloureux dans L'amour violé. Dans ce film mal fichu car gâché par des digressions idéologiques sans objet, et où elle n'est pas tn-l-amour-viole-22012-197159464.jpgspécialement bien entourée, elle montre tout ce qu'elle aurait pu offrir au cinéma français (et pas seulement un corps de rêve ici saccagé, souillé, profané). Malheureusement, pas un réalisateur digne de ce nom ne lui proposera la lumière qu'elle méritait. Bertrand Blier, dans Notre histoire, la fera apparaître en doublure de Nathalie Baye, à qui elle ne ressemblera que par le costume. Cadeau insignifiant, ou bien involontaire affront ? Quelques films mineurs, une poignée de téléfilms sans intérêt, un peu de théâtre sans grande visibilité restent pour nous une bien maigre pitance.

 

Certains me répondront en soulignant ce qu'ils appelleront des défauts : une diction souvent artificielle ou maniérée, qui est en fait une dégustation gourmande du texte, particularité qui n'a pas empêché une Marie-France Pisier de faire la carrière que l'on sait. L'abus d'une moue persistante, que je vois comme une marque involontaire d'un élément de charme parmi tant d'autres. Non, non, trois fois non, ne me parlez pas de défauts, je vous ai prévenus : on ne touche pas à Nathalie Nell !

 

J'ai beaucoup parlé ces derniers temps des actrices mortes (Girardot, Dubost, Deneuve... pardon, pas Deneuve). Raison supplémentaire pour déposer mes hommages devant mon éternel modèle, qui fêtera son anniversaire dans quelques jours, le 6 octobre. Ne me demandez pas son âge, il n'existe pas. Elle a, pour toujours, les dix-sept ans d'Hélène et les vingt-sept d'Anne-Marie. Bon anniversaire, mademoiselle !

 

© Franz Muzzano - Octobre 2011. Toute reproduction interdite sans autorisation de l'auteur. Tous droits réservés.

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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 20:39

Elle aurait eu 101 ans en octobre prochain, dans quelques jours. Et je suis certain qu'aujourd'hui encore elle rigole, et qu'elle rigolera pour l'éternité. Petit rat à 7 ans, au théâtre à 15, fixée sur pellicule à 20 ans à peine, elle connaissait tout du "métier" en débutant avec le parlant balbutiant. Certes, Darrieux ou Morgan, autres survivantes, furent consacrées plus jeunes encore. Mais pour des emplois de premiers plans qui faisaient d'elles des stars, des mines d'or pour vendeurs de papier glacé. Paulette Dubost a-t-elle fait la couverture de Cinémonde ? Rien n'est moins sûr...Il lui fallait bouger, virevolter, pépier comme un jeune moineau ou se muer en confidente, jouer d'oeillades et de fausse candeur à la fois pour être irrésistible. Tout cela, elle savait le faire et les Renoir, Ophüls, Allégret et autres Cayatte ou Delannoy ne s'y sont pas trompés. Avec en apogée son rôle de soubrette tout droit sortie de Beaumarchais/Da Ponte dans La règle du jeu.

 

Dubost2Tous ces hommages ont déjà été offerts par beaucoup, et qu'ajouter ? Simplement faire un constat, constat qui m'est venu en repensant à sa voix haut-perchée, à son débit de mitraillette, à ses dialogues souvent placés dans un éclat de rire, à ses petits mots doux murmurés. Quel que soit le film, quelle que puisse être l'état de la copie visible aujourd'hui, même si le texte est noyé sous les bruits parasites, nous comprenons absolument tout, le moindre petit mot, la plus minuscule incise. Et je n'ai pas pu m'empêcher, mauvais comme je suis, de faire des comparaisons avec ce que nous subissons aujourd'hui. Cette qualité de diction ne caractérise en rien Paulette Dubost, elle est commune à tous les acteurs et comédiens de sa génération et des deux suivantes. Alors que si l'on est un tout petit peu honnête, il nous faut constater que la plupart de nos jeunes (ou un peu moins jeunes) vedettes affichées aujourd'hui nous infligent des dialogues qui bien souvent nécessiteraient des sous-titres. Lancés sur l'écran trop tôt pour cause de promotion Canal + ou sortis de cours pratiquant une sorte de "méthode globale" où l'on traiterait la diction comme on le fait de la lecture dans nos écoles, tout semble bon pour peu qu'ils "s'expriment". Alors, combien de fins de phrases perdues dans les décors, de syllabes avalées ?...J'ai ouï dire que les ingénieurs du son commençaient à s'en plaindre. C'est dire si le mal est profond. Les exemples seraient trop nombreux, et les véritables comédiens, ceux qui ont travaillé la question ou ont naturellement cette qualité en eux, ne sont pas concernés par ce constat. Mais contentons-nous de regarder les bandes-annonces avec dans un coin de la tête cette maladie bien contagieuse : c'est implacable.

 

Un seul conseil à leur donner ? Regardez les "vieux" films, ceux qui nous offrent un dialogue qui, du premier rôle à la moindre silhouette, pourrait être pris en dictée. Et travaillez !

 

© Franz Muzzano - Septembre 2011. Toute reproduction interdite sans autorisation de l'auteur. Tous droits réservés.

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7 septembre 2011 3 07 /09 /septembre /2011 20:48

Il y a quelque temps, j'ai écrit ce que je pensais des quarante-cinq années de carrière, série en cours, d'une certaine actrice française. Son dernier film sorti lui offre sa fille pour partenaire, et ce que j'en ai vu me fait craindre que les théories sur l'hérédité soient exactes. Côté maternel, bien entendu.

 

towers1Pour ceux qui seraient tentés de me reprocher ma sévérité, je tiens à équilibrer mon propos en évoquant le cas pour moi incompréhensible de Constance Towers, son absolu contraire.                                             

 

Dans Les jeunes filles, Montherlant fait dire au personnage d'Andrée : "J'ai trente  ans, ça y est. L'âge de l'attente est fini, celui de la réalisation commence. Mon âge est celui où, en Amérique, les vedettes de cinéma se suicident, parce qu'elles n'ont plus rien à attendre de la vie". À trente ans, en 1964, Constance Towers n'a tourné que quatre films. Mais attention, pas avec de petits réalisateurs... The horse soldiers et Sergeant Rutledge avec John Ford, Shock corridor et The naked kiss sous la direction de Samuel Fuller. Et puis...et puis rien ou presque, et elle est surtout connue aujourd'hui pour son rôle dans la série télé General hospital. Certes, elle n'est pas seule dans ce cas, mais tout de même...

 

Il faut revoir absolument The naked kiss où, magiquement filmée par un Fuller qui joue avec les lignes, au sens propre du terme, nous montrant le monde comme placé derrière des barreaux, truffant ses plans de verticales et d'horizontales qui towers2nous imposent l'angle droit, elle est une extraordinaire Kelly. On lui demande de jouer tous les sentiments, parfois jusqu'au paroxysme (la violence, l'hystérie) et elle passe de l'un à l'autre avec une aisance fascinante. On ne peut pas ne pas penser à la Gena Rowlands d'Opening night ou de Gloria et bien souvent elle l'annonce. Une telle incarnation aurait dû lui ouvrir grandes les portes d'une carrière où les plus grands se la seraient arrachée. Rien n'est venu...towers3.jpg

 

On parle parfois des couples célèbres. Constance Towers est depuis plus de trente ans mariée à John Gavin, le Sam de Psycho, mais aussi (surtout ?) l'acteur choisi par le génial Douglas Sirk pour Imitation of life et A time to love and a time to die. Ce qui a peut-être donné une descendance intéressante...

 

 

 

 

 

© Franz Muzzano - Septembre 2011. Toute reproduction interdite sans autorisation de l'auteur. Tous droits réservés.

 

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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 23:34

Le concert des louanges va petit à petit s'éteindre, et l'on passera à autre chose. A quelqu'un d'autre. Tous avaient oublié qu'en 1979, Annie Girardot était la plus aimée du public, devant Delon, devant Belmondo, De Funes, Romy, tous. Le cinéma l'avait perdue, elle s'était égarée, l'ami Lelouch la projeta à nouveau dans la lumière. Peut-être un peu trop tard.
Pour la définir, on nous dit qu'elle "représenta la femme française des années 70, libérée, assumant souvent sa solitude dans des personnages réservés aux hommes avec passion, force et conviction". C'est vrai, mais c'est un peu court. On oublie le théâtre (Shakespeare, Marivaux, Molière, Cocteau...). On oublie les fulgurants débuts à l'écran, compositions de femmes presque androgynes face à Gabin, en passant sans les voir sur Hélène du Rouge est mis ou Yvonne de Maigret tend un piège, où elle est pourtant gigantesque. On évoque un peu Rocco...Comme si son histoire d'amour avec le public ne commençait qu'avec Mourir d'aimer...
Il restera donc des grands rôles et des incarnations hallucinantes. Mais il lui manquera toujours quelque chose. Un grand rôle dans un...grand film.
Car on voit l'enseignante, on vit et meurt avec elle. On panique et on se bat avec Françoise Gailland. On est bouleversé par la Thénardier. Mais dans quel cadre ? Cayatte et sa froideur clinique ne nous noie-t-il pas, comme souvent, dans un démonstratif plus lourd que le plomb ? Bertucelli a-t-il un langage cinématographique, une patte, un sixième sens ? Le propos asséné au burin de Boisset, confondant cinéma et tribune, ne nous lasse-t-il pas ? Quant à Lelouch, vrai cinéaste mais souvent par séquences, il la soigne, la magnifie, mais au milieu d'un tourbillon vite lassant pour ne pas dire indigeste.
Immense artiste, Annie Girardot aura manqué les plus grands créateurs de son temps. Elle aura manqué Chabrol, fidèle à Huppert après l'avoir été à Stéphane Audran, leur faisant le cadeau de personnages sublimes dans des films qui l'étaient tout autant. Elle n'aura pas eu, comme Romy, son Sautet. Il faut revenir aux Visconti ou Delannoy de ses débuts pour la voir s'épanouir dans un cadre digne d'elle, ou attendre Haneke, venu trop tard.
On ne pourra oublier la comédienne. Mais on ne pourra que rêver à ce qui aurait pu lui être offert. Son Casque d'or, son Ascenseur pour l'échafaud, son Séraphine, son Madame de...On ne pourra que rêver à son "grand film".



© Franz Muzzano - Mars 2011. Toute reproduction interdite sans autorisation de l'auteur. Tous droits réservés.

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Présentation

  • : Les Chroniques de Franz Muzzano
  • : Écrivain, musicien et diplômé d'Histoire de la Musique, j'ai la chance, depuis plus de 40 ans, de fréquenter les salles de concerts et les maisons d'opéras, et souvent aussi leurs coulisses. J'ai pu y rencontrer quantité d'artistes, des plus grands aux plus méconnus. Tous m'ont appris une chose : une passion n'a de valeur que si elle se partage. Partage que je vais tenter de vous transmettre à travers ces chroniques qui relateront les productions que j'ai pu voir ou entendre (l'art lyrique y tenant une grande place). Mais aussi les disques qui ont contribué à me former, tout comme les nouveautés qui me paraîtront marquantes (en bien ou en mal). J'évoquerai aussi certaines grandes figures du passé, que notre époque polluée par les "modes" a parfois totalement oubliées. Je vous proposerai aussi des réflexions sur des aspects plus généraux de la vie musicale. Tout cela dans un grand souci d'impartialité, mais en assumant une subjectivité revendiquée. Certaines chroniques pourront donc donner lieu à des échanges, des débats contradictoires, voire des affrontements qui pourront être virulents. Tant que nous resterons dans la courtoisie, les commentaires sont là pour ça. Et vous êtes les bienvenus pour y trouver matière à vous exprimer. En n'oubliant jamais que la musique n'est rien sans les artistes qui la font vivre et qui nous l'offrent. Car je fais mienne la phrase de Paul Valéry : "Aujourd'hui, nous n'avons plus besoin d'artistes. Mais nous avons besoin de gens qui ont besoin d'artistes".
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