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26 octobre 2016 3 26 /10 /octobre /2016 22:12
Roberto Alagna - Malèna - Le sang de la terre.

Il faut commencer par regarder la pochette de ce disque avec la plus grande attention. Portrait et nom de l'artiste s'imposent, bien entendu, mais l'essentiel est ailleurs. Dans les détails d'un paysage qui paraît bien réel, mais est en fait imaginaire, réunissant sur une même photographie les "Deux-Siciles" en un seul et même "Royaume". Et une petite fille nous tourne le dos, assise, contemplant la Baie de Naples. Petite fille dont le prénom apparaît en lettres argentées, comme surgissant du volcan. Petite fille à qui cet album est destiné, et à travers elle, au-delà de ce qu'il lui offre, c'est à nous tous qu'il fait un cadeau. Cadeau d'un homme qui jamais, peut-être, n'a été aussi loin dans l'expression des sentiments les plus profonds, ne s'est jamais autant mis à nu, ne s'est jamais autant donné, dans une espèce de "pudeur impudique" qui résume assez bien ce qu'il est resté, malgré la gloire et les ovations : un monstre de générosité, mais un monstre timide. Mais aujourd'hui, cette petite fille lui permet de pleinement réaliser au disque ce qu'il fait toujours sur scène : mettre son coeur sur la table, en pleine lumière, ne retenant ni éclats de rires ni larmes, ni aucune émotion. J'ai toujours considéré que Roberto Alagna était beaucoup plus lui-même dans l'urgence des représentations que dans le relatif confort des studios. Il est homme de défis, et seule la scène lui permet de pleinement devenir, le temps d'une soirée, Manrico, Canio, Mario, Rodrigue et tant d'autres. Jamais une cabine d'enregistrement n'aurait pu lui convenir pour démontrer que Nemorino, "l'homme" Nemorino, est tout sauf un paysan un peu simplet. Que Pinkerton n'est pas forcément un salaud qui n'assume pas ses actes. Ou que Werther est autant un mâle blessé dans sa virilité qu'un poète romantique déjà perdu pour le monde en entrant dans la maison du Bailli. Les disques, souvent, n'avaient été que superbes photographies sonores, essentielles pour notre propre confort d'écoute "où l'on veut et quand on veut". Mais ils ne pouvaient offrir le regard, le geste, l'attitude, la prise de risque contrôlée, l'échange avec le partenaire, le choc imposé par l'obligation de dominer l'instant, ce sentiment indicible qui nous habite quand l'éphémère devient inoubliable. Pour ne rien dire des représentations où la douleur du personnage se confondait avec celle de l'homme, quand la fiction rejoignait la réalité dans ce qu'elle a de plus horrible (Rodolfo, Alfredo...). Mais déjà, avec son précédent enregistrement, "Ma vie est un opéra", cette différence de perception s'était considérablement réduite. Tout simplement parce que, désormais en paix, il ne proposait pas un simple récital, mais nous contait l'histoire de sa vie d'artiste. Chaque titre ayant sa raison d'avoir été choisi, il nous emmenait dans l'univers d'un saltimbanque regardant le chemin parcouru, Canio fermant le bal pour nous rappeler que malgré tout, malgré Orphée, malgré la Reine de Saba, nous étions au théâtre. Deux ans plus tard nous arrive "Malèna" et ce n'est plus le ténor grimé et costumé, magnifié par les feux de la rampe, qui nous raconte quelque chose. C'est l'homme, sans fard, avec, aurait dit Brassens, moins que rien de costume.

 

 

Roberto Alagna - Malèna - Le sang de la terre.

Avec Yvan Cassar et Frederico Alagna - Studio Davout - Paris, 22 avril 2016.

 

Si l'on s'attend à une compilation de ritournelles ou de ballades transalpines sans autre lien que de mettre en valeur la voix d'un ténor, la surprise va être grande. En dehors du fait qu'il a déjà donné dans le genre, ce n'est pas du tout son propos ici. "New sicilian and neapolitan songs", annonce la pochette. Tout est dans le "New". Car les créations originales se mêlent aux titres devenus "traditionnels". Et ces derniers sont tous abordés comme s'ils étaient des découvertes, rendant à certains leur couleur originelle. Et nous voici partis en voyage, très loin des clichés habituels, par le biais de ce disque qui prend la forme d'un moyen-métrage tant il est "cinématographique". Documentaire en forme de souvenirs traités avec le regard d'un homme à nouveau père et devenu grand-père presque en même temps, regard d'aujourd'hui sur des racines parfois lointaines. Son Amarcord personnel, d'une certaine façon.

Mais il ne pouvait réaliser ce film seul, y être à la fois acteur, metteur en scène, compositeur, scénariste et chef-monteur. Alors autour de lui s'est réunie ce qu'il a de plus cher : la famille. Famille de sang, avec ses frères Frederico et David, famille de coeur avec son désormais frère d'arme, Yvan Cassar. Pour un résultat tour à tour bouleversant, festif, nostalgique, joyeux...et magnifique.

Le texte de la chanson ouvrant l'album, Malèna, est bien entendu signé par Roberto et dit tout à la fois son bonheur et sa propre fragilité ("Et j'ai peur de cette nouvelle félicité"). Regrets de ne pas avoir pu voir grandir sa première fille, aujourd'hui devenue femme et elle aussi déjà maman. Il y a dans ses mots quelque chose comme un "plus jamais ça", comme une promesse faite à cette Picciridda d'être toujours présent, même (et surtout) quand elle aura vingt ans, qu'il se "verra vieux" et que, toujours, elle l'appellera "Papa". Nul sentimentalisme dans ces mots, simplement du "tripal", un besoin irrésistible de promesse et de confession à la fois. Et un tel regard lucide sur lui-même qu'il ne peut quasiment pas la chanter en public sans perdre le contrôle de son émotion. Et comme ce texte "générique" est chanté sur une mélodie signée Frederico, beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît (il faut goûter la subtile modulation sur Nicaredda, a picca picca...), sorte de valse triste qui se souvient de Nino Rota, l'ambiance est installée. Et aussitôt bouleversée par l'enchaînement Se parla 'e Napule/Marechiare. De la première chanson d'Alfieri et Pisano n'est conservé que le refrain, donné à la manière d'une mélopée où les influences orientales de toutes les musiques populaires méditerranéennes sont évidentes (imaginons d'autres paroles, nous aurions une chanson arabo-andalouse), avec accompagnement de guitare et de grattements de disque vinyle bien usé. Mais nous passons tout de suite à la célèbre pièce de Tosti, sur des paroles au double-sens qu'il est très amusant de déchiffrer signées Salvatore di Giacomo. Car le Royaume des Deux-Siciles, c'est aussi cela, des clins d'oeil coquins derrière des ritournelles en apparence anodines.

Le premier choc arrive avec Core 'ngrato, où une trompette à la Morricone et un tapis de cordes ramènent le véritable sens du texte, tout sauf tonitruant, mais totalement désespéré. Sur un tempo lent, une narration qui prend son temps, la voix ne se déchaîne réellement que sur les derniers mots, E nun'nce pienze chiù. Cette trompette jouant piano nous emmène très loin de la Baie de Naples, elle nous fait passer l'Atlantique, et nous place quelque part entre les grandes plaines désertiques des westerns et Le Parrain. Peut-être tout simplement parce que Core 'ngrato fut la première chanson "napolitaine" à avoir été composée pour Caruso par Salvatore Cardillo et Riccardo Cordiferro aux États-Unis...

Autre "classique" ramené à son essence originelle, Torna a Surriento ne s'épanche pas dans les élans amoureux que l'on peut entendre habituellement. C'est une supplique, oui, mais très probablement composée par les frères de Curtis à l'adresse du ministre italien Giuseppe Zanardelli, pour qu'il aide à reconstruire Sorrente, alors totalement délabrée. Ce n'est pas un Napolitain qui chante, c'est la ville de Naples elle-même, et les derniers mots ne sont rien d'autre qu'un appel à l'aide, ici savamment adouci par le chant très doux du violon. Là encore, l'enchaînement avec Come facette Mametta est savoureux de par le contraste qu'il apporte. La joyeuse canzone de Giuseppe Capaldo et Salvatore Gambardella, joli mensonge poétique que l'on fait à une enfant qui a tout le temps pour connaître la vérité tourbillonne sous la mandoline, faisant voler boutons de rose, fruits du jardin et fils d'or. Naples, ville-chanson...

Changement radical avec Etna, composition originale de Frederico Alagna. Toute la différence entre chanson napolitaine et chanson sicilienne est peut-être résumée ici, comme il l'explique dans le livret d'accompagnement. Terre de feu et de sang, la Sicile apparaît rude, hostile, "belle mais cruelle". Tout comme la langue, aux sonorités plus sourdes mais pourtant colorées par des voyelles ouvertes, et se développant en longs mélismes aux teintes orientales. Rudesse accentuée par la frappe franche des tambourins, sur laquelle vient résonner le Marranzano, célèbre guimbarde indissociable de l'île. Là encore, le cinéma n'est pas très loin, et il n'est pas interdit d'y voir un hommage au Morricone du Clan des Siciliens...Ou comment démontrer l'adéquation d'un générique devenu culte.

Frederico montre avec Amuri feritu un autre aspect de la chanson sicilienne, celui de la romance constatant l'Amour perdu. Si à Naples, le malheureux solitaire aurait probablement sangloté, ici la pudeur est de mise, même s'il "ne vit plus, ne dort plus, ne mange plus". Une prière calme, mais une prière qui danse lentement sur un rythme à trois temps, où la voix reste douce et ne se déploie que sur le dernier mot, une prière intérieure marquée par la politesse du désespoir.

Judicieusement, ce qui pourrait être son pendant napolitain vient ensuite, avec Scetate, sérénade de Ferdinando Russo  et Pasquale Mario Costa. Prise dans un tempo très lent, laissant à la voix toute latitude pour déplorer le silence de "celle qui dort", elle ne donne pourtant jamais dans le larmoyant. Comme si le chant suggérait le contraire du texte, une berceuse intitulée "Réveille-toi", mais murmurée par un homme qui aime tant sa belle qu'il va jusqu'à vouloir la laisser dormir. Chant piano ne se permettant le mezzo forte que pour évoquer la passion qui ne s'éteint jamais. Pure merveille où le temps est comme suspendu, guidée par le piano tout en rubato d'Yvan Cassar, sur lequel viennent délicatement souffler cordes et mandoline.

 

 

Roberto Alagna - Malèna - Le sang de la terre.

Studio Davout - Paris, 21 avril 2016.

 

Assez pleuré ! Comme si la joie triomphait toujours à Naples, Frederico Alagna rend un hommage à cette "cité-chanson" avec Napolitanella (Canzona nova nova), farandole jubilatoire où l'on a le sentiment que le personnage de Scetate, constatant que sa belle ne se réveille pas, crie "Basta !" et se dit que demain est un autre jour. Il convoque ses amis, énumère les titres les plus célèbres car à tout instant il faut une chanson, et que si le Napolitain est triste ou pauvre, il est d'abord riche de ce patrimoine. Frederico sait tirer des larmes, mais il prouve ici qu'il donne envie de rire, boire et danser.

Qui regardera la liste des titres avant écoute se dira, tout naturellement : "O sole mio ??? Mais pourquoi ? C'était si beau jusque là, pas besoin d'y ajouter ce truc que tout le monde connait !". Réaction assez légitime...jusqu'à ce que la "plage 11" se mette à jouer dans l'appareil. Oui, c'est bien O sole mio que l'on entend, mais revenu à sa source originelle. Les paroles de Giovanni Capurro avaient été confiées à Eduardo Di Capua, afin qu'il les mette en musique. Mais Di Capua suivait alors son père, violoniste dans un orchestre, lors de ses voyages. Et c'est sur les bords de la Mer Noire, à Odessa, qu'il composa cette mélodie. Le soleil levant qu'il voyait face à lui ne pouvait que lui donner une sorte de "mal du pays". Et cette chanson est en fait une mélodie qu'il se chante à lui-même, essayant de retrouver cette lumière napolitaine qui lui manque tant. En faire un morceau de bravoure pour fin de récital, avec concours de tenue d'aigus obligée, est un parfait contre-sens. Bien entendu, l'effet sur le public est garanti, mais nous sommes alors dans la trahison. Frederico Alagna a totalement "réinventé" la mélodie, permettant à son frère de nous offrir un peut-être "authentique" O sole mio. Un chant intérieur, pour soi-même, sans public. Une espèce de rêve émis à fleur de lèvres, sans le moindre "effet de ténor", sans même un aigu. Et la chanson retrouve ainsi toute sa beauté, telle une confidence, avec un évident caractère d'improvisation. Très loin du rythme de habanera que nous avons l'habitude d'entendre, elle n'est plus du tout mesurée, et chaque phrase offre une ornementation différente. Seule avec la guitare du fabuleux Pedro Xavier Gonzalez (il faut absolument déguster ce qui est plus qu'un accompagnement, mais une totale osmose avec le chant résolument "libre" de Roberto, sachant qu'ils l'ont enregistré ensemble et sans pouvoir se regarder), la voix devient caresse, et fait deviner le rêve du pays lointain dans une espèce de douceur nostalgique qui nous fait voyager d'Odessa jusqu'à Naples, en passant par l'Orient. Plus jamais nous ne pourrons écouter les versions que nous connaissions sans se dire que tous sont passés à-côté de l'essentiel (sauf, peut-être, Presley, mais pour le seul chant, pas pour l'orchestration). Une absolue pépite

Et nous voilà revenus à Naples, pour une carte postale souriante, avec Funiculì, funiculà ! Encore que, là aussi, la chanson de Luigi Denza et Giuseppe Turco ne soit pas exempte d'un double-sens, l'inauguration du funiculaire du Vésuve n'étant que prétexte à un petit jeu amoureux de cache-cache assez savoureux.

Tu si da mia permet à Frederico Alagna de retrouver la chanson napolitaine, avec une nouvelle histoire d'Amour contrariée. Tout est dit dans la plus pure simplicité, même si le texte est là encore à regarder de près...

Tout comme I' te vurría vasá, signée Vincenzo Russo et Eduardo Di Capua. Encore une femme qui dort, encore un amoureux qui désespère, encore un aspect autobiographique pour le pauvre Russo, poète sans le sou amoureux de la fille d'un bijoutier. Ici, c'est le traitement musical qui peut-être importe le plus, dans ce qu'il a de cinématographique. Le miséreux et la belle inaccessible...écoutez bien, nous sommes chez Chaplin.

La Sicile nous manque ? On sait aussi s'y amuser, et Frederico nous le prouve avec Sicilianedda, une tarentelle "prétentieuse" qui transpire la simplicité de la terre sèche, des fêtes improvisées quand le soleil ne tape pas trop fort, du vin que l'on devine généreux. Le travail, c'était hier, on doit être un dimanche...

La paternité de la mélodie "traditionnelle" I te voglio bene assaje est incertaine. Le texte en est probablement de Raffaele Sacco, et la musique est attribuée à Donizetti ce qui, au vu de la ligne mélodique, est loin d'être impossible. Encore une fois, histoire d'Amour à sens unique...

Alors, avant la toute dernière piste, qu'aura-t-il été raconté à Malèna ? Le sang qui coule dans la terre d'un royaume, tout d'abord, avec ses deux composantes en apparence opposées, mais tellement complémentaires. La beauté et la force de l'Amour, même quand il fait mal. La dureté d'un sol insulaire hostile mais habité par le courage, et l'insouciance d'un autre sol guère plus riche, mais continental. Et surtout, surtout, la joie de chanter, et de chanter toujours, même et surtout quand on va mal. Il manquait quelque chose ? Oui, l'espoir, et c'est celui que l'on n'avait pas encore entendu qui l'apporte en conclusion. Le titre de David Alagna dit tout : Libertà. Hymne au ciel, au soleil, aux étoiles, aux ancêtres peut-être, en tout cas à tout ce qui amène à la fois espérance et délivrance. Il s'agit du seul titre qui ne soit ni napolitain, ni sicilien, mais en langue "italienne", et il n'est pas sans rappeler (en beaucoup plus abouti) Con Te Partirò. Ambiance de générique de fin, toujours ce côté cinématographique assumé, qui semble dire "Tout ce qu'on vient de te raconter est vrai, Picciridda, mais toi seule traceras ton chemin. Alors crois-y ! Et je serai toujours là".

 

Si ce disque apparaît comme ce que l'on appelait naguère un "concept-album" totalement réussi, et disons-le franchement une pure merveille de création jusque dans la "re-création", il le doit bien entendu à la volonté farouche de Roberto Alagna de proposer quelque chose "d'autre", ni récital, ni crossover. Quelque chose qu'aucun artiste lyrique de son niveau n'avait encore osé. Il le doit à sa capacité de toujours remettre l'ouvrage sur le métier, à redemander une prise alors que tout est "en boîte" mais qu'il vient "d'avoir une idée", à ne jamais compter ses heures ni même penser au mot "pause". Il sortait pourtant de son marathon au Met qui l'avait vu commencer Pagliacci, s'arrêter pour en dix jours de préparation effectuer une prise de rôle dans Manon Lescaut et enchaîner sur Butterfly (le tout en préparant La Juive). Et, surtout, il le doit à un fabuleux travail qui n'est même plus un travail d'équipe, mais une évidente symbiose entre ceux qui l'ont engendré. Pour avoir eu le privilège d'assister à trois séances d'enregistrement à Paris, au plus près possible de la "source", je peux témoigner que durant les différentes prises, il y avait comme un cordon qui reliait Roberto à Frederico, ce dernier "guidant" son frère pour l'ensemble des chansons (et pas seulement les siennes), tout en vivant de façon "physique", viscérale, son chant et son interprétation. Et là-haut, en régie, Yvan Cassar n'en perdait rien, attentif au plus petit détail, entendant déjà les arrangements qu'il allait créer. Le moment est venu de saluer ici l'immense musicien qu'il est, lui qui dut subir bien des critiques injustes au moment de la sortie de "Ma vie est un opéra", sous le simple prétexte que son parcours est différent, qu'il a travaillé avec Mylène Farmer ou Johnny Hallyday, bref qu'il n'est pas du "sérail" (tout en ayant les mêmes diplômes que ceux qui en font partie...). Attitude bien française que de coller une étiquette sur le front d'un artiste, en refusant d'écouter ce qu'il offre. Alors, que l'on déguste tous les arrangements qu'il a créés pour ce disque, que l'on admire l'équilibre qu'il a su trouver pour tous les accompagnements, que l'on recherche tous les minuscules détails qui ont toujours leur raison d'être. Et, accessoirement, que l'on compare son travail avec celui d'un autre chef, considéré lui comme "sérieux", pour un récent disque de chansons napolitaines où tous les accompagnements sonnent comme une écoeurante soupe digne d'une sitcom de troisième ordre (étant bien entendu que le chanteur qu'il côtoie n'est absolument pas en cause ici). Même si comparaison n'est pas raison, j'en viens à me demander parfois si un Bernstein ou un Previn auraient fait carrière en France...

Et puis, il faut bien le dire, il y a quelque chose de l'ordre du surnaturel chez Frederico Alagna. Artiste complet (peintre, sculpteur...), il est un musicien totalement autodidacte. Mais la richesse de ses créations, comme la justesse de ses reprises (rien que pour O sole mio...) feraient pâlir de jalousie bien des compositeurs croulant sous les prix de conservatoire. Il faut absolument écouter les enchaînements harmoniques qu'il ose appliquer à des mélodies souvent très simples, n'hésitant pas à user des frottements les plus fous, comme par hasard toujours en fonction du texte. Roberto ayant porté ce projet et s'étant mis à nu, pour les raisons que j'ai évoquées, ils ont été là pour l'accompagner, dans tous les sens du mot. Ce disque est, en tous points, pour chaque note, une affaire de famille.

Famille où sont venus se greffer quelques invités de marque, comme Avi Avital dont la mandoline vient enchanter neuf titres, ou Nemanja Radulović (je l'avais laissé entendre il y a peu), pour le seul Torna a Surriento, qui parvient à se fondre en toute douceur et discrétion dans l'univers qui lui est proposé.

 

Malèna a bien de la chance et du coup, nous aussi. Mais une idée me vient, en relisant le texte de la chanson qui donne son titre à cet album qui sera très vite indispensable pour qui sait écouter, et se débarrasser de ses préjugés. Dans la toute dernière phrase, Roberto répète trois fois le prénom Malèna. Enfin presque...La dernière fois, il l'appelle Malenka. Son petit surnom, en polonais. Aleksandra, je suis sûr qu'il existe un répertoire de chansons populaires de ton pays, que Frederico se ferait un plaisir de retravailler et qu'Yvan arrangerait avec le même bonheur. Je suis certain que ça lui ferait plaisir, à cette Picciridda...

 

 

 

 

1 CD Deutsche Grammophon/Universal 481 4624.

 

Sortie le 28 octobre 2016.

 

© Franz Muzzano - Octobre 2016. Toute reproduction interdite sans autorisation de l'auteur. Tous droits réservés.

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2 septembre 2016 5 02 /09 /septembre /2016 01:18
Anna Netrebko - Verismo - Au-delà des attentes.

Il nous faut peut-être commencer par oublier le mot "Vérisme". Adapté à une certaine littérature transalpine proche du "Réalisme" français, on le décline en musique pour à peu près tout et n'importe quoi. Pour faire simple et aller vite, tout ce que l'opéra italien a produit après Verdi serait "vériste". S'il ne s'agit que de transposer à la scène des situations du quotidien, sans convoquer des légendes, des héros, des vengeances ancestrales ou des dieux, alors Traviata est vériste. Et pourquoi pas Cosi fan tutte. Si l'on ne se fonde que sur la seule ligne de chant, excluant la vocalise et privilégiant des tessitures centrales, alors Wagner fut vériste. Et si l'on ne veut représenter que des situations contemporaines, alors adieu Andréa Chénier, Adriana Lecouvreur, Tosca et même Manon Lescaut. Peut-être vaut-il mieux considérer qu'il existe une très simple continuité dans l'Histoire de l'Opéra italien, que les créateurs des ouvrages de Verdi avaient été nourris au bel canto romantique, et que ceux de Puccini, Cilea ou Giordano en furent les héritiers. Angelica Pandolfini, créatrice d'Adriana aux côtés de Caruso et de De Luca, chantait Marguerite de Faust, Violetta, Sieglinde ou Desdemona. Quant à Haricléa Darclée, première Tosca, première Wally ou première Iris, elle se fit connaître en remplaçant Adelina Patti dans Roméo et Juliette. Les exemples seraient trop nombreux pour démontrer qu'il n'existe pas de "chant vériste", sauf à considérer qu'un cri toutes les trois notes et un sanglot en conclusion de chaque phrase en seraient les signatures. Elles le furent, certes, mais pour les médiocres chanteurs dépassés par les tessitures verdiennes et ignorant la notion de ligne de chant. Une époque imposa le hurlando senza legato et une idée fausse se répandit. Fortissimo, quasi parlando fut pour quelques-uns la devise du malcanto. Ils sont oubliés, nombre de vrais artistes ayant très vite compris comment sublimer toutes les beautés, parfois cachées, de ces ouvrages.

L'évolution de la carrière d'Anna Netrebko est un modèle d'intelligence (certains diront de prudence...). Couvée par Gergiev, qui répète à l'envi qu'il n'a jamais vu quelqu'un travailler autant, elle a avancé sagement, sans brûler les étapes. De Mozart et du bel canto romantique, elle est venue aux rôles plus lyriques en les choisissant avec une grande sagesse, pour des triomphes prévisibles (Leonora du Trovatore) ou plus inattendus (Lady Macbeth). Mais on cherchera vainement des grands rôles dits "véristes" dans sa galerie de personnages, si l'on excepte Musetta puis Mimi dans La Bohème. Jusqu'à sa prise de rôle toute récente dans Manon Lescaut à Rome, préparée et choyée par Muti en personne. Ce disque propose un florilège d'airs célèbres, sans grande surprise, et n'annonce pas obligatoirement des incarnations scéniques à venir. Mais un programme connu, parsemé de "tubes", ne veut pas forcément non plus dire un "récital de plus donné par une grande artiste". À l'évidence, Anna s'est fait plaisir. Et le résultat est tout simplement superbe, parfois même exceptionnel. La pochette, volontairement kitchissime, est à prendre au second degré. Comme elle le dit elle-même, Je chante un répertoire fou, j'aime les choses folles et...je suis folle ! En surface, elle s'amuse à surfer sur la vague de la redécouverte des excentricités de Florence Foster-Jenkins. Mais une fois le disque inséré dans le lecteur, une fois entré dans la profondeur de ce qu'elle nous propose, le déguisement disparaît pour faire place à la voix. Et là...

S'il fallait émettre une infime réserve sur l'ensemble du programme qu'elle nous offre, elle concernerait le choix d'avoir enregistré les airs de Liu. La voix s'est considérablement élargie, depuis quelques années, posée sur un socle assurant des graves magnifiques sans que l'aigu ne perde de sa richesse. Mais on peut préférer petite esclave plus fragile, avec un timbre plus éthéré dans Signore, ascolta !, même si le legato est fabuleux et le phrasé somptueux, avec un juste sens de l'appui sur les mots essentiels (cammino, l'ombra d'un sorriso). Et le pianissimo final sur Pietà ! aurait probablement été naguère plus diaphane. Tu che di gel sei cinta possède les mêmes qualités de ligne, lui aussi chanté sur un tempo très retenu, la même simplicité dans le discours, ne soulignant que de rares passages (di quest'aurora), mais la voix ne peut perdre une certaine "autorité", qui fait aujourd'hui partie de son essence, autorité qui, même dans le cri rentré de son agonie, convient, à mon avis, difficilement à Liu. Mais encore une fois, cette réserve est infime et n'est ici émise que pour encore mieux saluer la quasi perfection de tout le reste.

Le hasard n'a pas sa place dans ce récital. Commencer par Ecco, respiro appena...Io son l'umile ancella d'Adriana Lecouvreur n'est rien d'autre que la confession de ce qui va suivre. "Ecce ancilla domini", une Annonciation. Je ne suis qu'un instrument, la voix me fut donnée comme tel, et le chant comme vecteur. J'ai mission de répandre dans vos coeurs l'accent de la poésie et les échos du drame humain. Avec pour seule exigence la fidélité. Et tout est résumé dans ce premier air. Longueur de la phrase, legato d'école, texte dégusté qui semble venir de nulle part (Ecco, respiro murmuré sur le tapis de l'orchestre), phrases tout droit issues du bel canto (Io la diffondo ai cor), incursions dans un grave posé mais nullement écrasé (Vassallo della man) et perfection dans la gestion des passages de registres colorés d'un nuancier infini (Un soffio è la mia voce, che al novo di morrà...). Le miel doré de la voix qui nous était bien connu est toujours là, mais la dorure s'est patinée, s'est ambrée, a pris du corps. Introduction qui ne peut qu'imposer la suite.

La mamma morta est un premier "tube", mais coule ici comme à la fois une évidence et comme quelque chose de "jamais entendu", le sens premier d'inouï. Tout simplement parce qu'un simple regard à la partition permet de se rendre compte qu'Anna respecte à la lettre les indications demandées par Giordano. Ainsi, l'alternance triolets de croches et pulsation binaire "anime" le coeur de Madeleine, et la précision a rigore di tempo sur Voce piena d'armonia prend tout son sens, quand elle est suivie par le premier enflammement de E dice : Vivi ancora ! Un coeur qui palpite avec et grâce à l'agogique qu'offre un compositeur que cette simple aria suffirait à classer parmi les plus grands, une femme qui au début raconte et finit par prendre feu. Son interprétation dégage une charge qui va de l'émotionnel à l'érotique, de La mamma morta m'hanno alla porta della stanza mia, bouleversant, au Io son l'amore, io son l'amor, l'amor' terminal auquel nul homme normalement constitué ne saurait résister. Et bien entendu, elle se joue de la tessiture meurtrière de cet air, balançant littéralement un si forte fait de chair et de sang.

Un bel di vedremo est conçu comme un rêve qui ne s'éveille qu'à la toute fin, sur un autre aigu radieux. Pour une fois, le tempo est un peu plus allant, comme si elle ne voulait pas nous dire "Je chante Butterfly", mais plutôt "Je me mets dans la peau de Cio-Cio-San". Rien n'est enflé, surligné, elle est dans l'introspection, retrouvant presque une voix de petite fille pour Chi sarà ? chi sarà ? E come sarà giunto. Che dirà ? che dirà ? Chiamerà Butterfly dalla lontana, avant d'à nouveau prendre feu pour la fin de l'aria, comme si l'espérance succédait au rêve.

"Verismo" ? Alors, Pagliacci (Quel rôle pour Netrebko dans Cavalleria ?), puisqu'elle a choisi de ne pas fouiner dans les raretés. Petite respiration avec Qual fiamma avea nel guardo...où elle cherche à alléger le plus possible son timbre, en en gardant toute la consistance. Quelques trilles parfaitement donnés amènent la seconde partie où on la voit danser, jusqu'aux e van ! jubilatoires.

Un des sommets de ce disque est peut-être atteint avec l'un des airs que l'on attendait le moins. Enfin, plutôt l'un des ouvrages. La Wally n'est guère donnée, et il fallait être à Monte-Carlo en janvier dernier, ou à Genève en juin 2014 pour l'entendre dans son intégralité. Mais voilà, on y trouve Ebben ? Ne andro lontana, rendu plus que célèbre par le film Diva. Reconnaissons que cet air est souvent prétexte à compléter un récital...Mais là, Netrebko en montre toute la grandeur, et ce dès la première note...que l'on n'entend pas ! Je mets au défi, à la première écoute, quiconque de la distinguer tant Anna fond sa voix dans le son de la flûte. Et ensuite, elle laisse couler le chant, sans le moindre effet, sans qu'une syllabe ne soit accentuée. Leçon absolue de legato, de simplicité, de nuances intelligemment placées. Et pour une fois, on n'a pas besoin d'attendre le climax de l'aigu conclusif pour frissonner (mais cela dit, quel aigu...). Presque pensé comme une mélodie, l'air rend tout son sens au texte, et sonne comme une redécouverte.

"Vériste", le Mefistofele d'Arrigo Boito ? Certes non...De par sa création en 1868, déjà, il apparaît "hors cadre". Et l'écritude de l'aria L'altra notte in fondo al mare doit beaucoup au bel canto romantique. Alors que fait-il là ? Et si Anna avait tout simplement décidé de l'intégrer pour prouver que cette notion de "vérisme" n'est qu'une illusion, et que l'essentiel est d'abord de chanter, que ce soit du Boito ou du Leoncavallo ? Elle se dit "folle", alors elle assume, offrant cet air qui aurait pu (mélodiquement parlant) être composé en 1830, avec ses vocalises, ses ornements, son sfumato même, pour montrer la filiation qu'il peut y avoir avec les autres oeuvres à partir du moment où l'on se comporte en "chanteur", c'est-à-dire en musicien. Écoutez la perfection du passage Come il passero del bosco vola, vola, vola via. Ah! Pietà di me ! intervenant après une partie introductive à la tessiture assassine, dont elle semble se rire. Cette façon de "dire" addormentata, ce chant piano, ce vibrato sublimement maîtrisé (que l'on retrouve, d'ailleurs, dans toutes les pièces). Moment d'anthologie, autre sommet du disque.

"Vériste", La Gioconda ? Mêmes causes, mêmes effets et je pense mêmes raisons d'être intégrée dans ce projet. Suicidio ! est ici chanté de façon très sobre, sans emphase, avec même une attaque plus "douce" que ce que l'on a l'habitude d'entendre. Là encore, priorité est donnée à la ligne de chant, avec toujours une gestion des registres exceptionnelle.

Retour aux tubes, avec un Vissi d'arte que l'on croirait sorti du chant d'un flûtiste issu de l'école Marcel Moyse, tant le legato est parfait, tant la ligne est sans rupture, tant tout sonne "simple". Les mots sont là, oui, et leur place sur la ligne mélodique suffit à leur donner tout leur sens. Nul besoin d'appuyer, tout est dit.

"Je suis folle", dit-elle ? Alors elle nous réserve une surprise en se lançant dans In questa reggia. Bien entendu, nous sommes en studio et bien entendu, il n'est pas question pour elle d'interpréter Turandot tout de suite. Mais même si l'on sait que les ingénieurs du son peuvent tout ou presque, le résultat est assez sidérant. La Princesse est là, altière, plus femme que bloc de glace, balance ses phrases avec une insolence dont on ne la pensait pas capable. Là encore, le phrasé est somptueux, la voix n'accuse pas la moindre dureté, et les aigus sont projetés sans effort apparent. D'après ses dires, ce serait le passage qui aurait demandé le moins de prises, et qui lui aurait posé le moins de soucis. Il faut, je pense, comprendre par "soucis" sa volonté d'offrir pour les autres airs la quintessence de ses qualités vocales actuelles, voire plus. Et si elle s'était tout simplement amusée en disant "tiens, si on ajoutait ça ?". Pour le plaisir, et pour se voir rejoindre par Yusif Eyvazov (qu'il serait de bon ton de ne plus appeler Monsieur Netrebko...) pour le finale. Tout simplement pour le plaisir. Et si c'est cela, ce fut une idée lumineuse. "Folle", peut-être, mais en aucun cas stupide.

Et, enfin, Manon Lescaut, le seul de tous ces ouvrages qu'elle a donc, à ce jour, interprété à la scène. Avec Muti à Rome en février dernier, puis à Vienne et Salzburg avec Marco Armiliato. Pas un seul instant le doute n'est permis : elle EST Manon, dans toutes ses composantes. Le présent disque offre tout d'abord un exceptionnel In quelle trine morbide, vocalement somptueux et où, là encore, chaque mot est dégusté (A una carezza voluttuosa !!!!). La voix se fait par moment mutine mais on sent la douleur, le dégoût même, dans toutes les phrases adressées à Lescaut. 

Et l'offrande suprême est donnée avec l'intégralité du dernier acte de cette même oeuvre. Son apogée, bien entendu, en est le Sola... perduta, abbandonata..., ici chanté dans un tempo très retenu, permettant à Manon d'offrir un moment à la limite du soutenable tant elle "vit" chaque phrase, tant elle "laisse voir" son délire naissant sans que nous ayons besoin de l'image. Des passages comme Tutto dunque è finito. Terra di pace mi sembrava questa...ou Asil di pace ora la tomba invoco...ne peuvent laisser les yeux secs qu'aux amputés du coeur. Mais ce choix de donner tout l'acte permet de déplorer toute son agonie, et toute la force d'Amour qu'elle trouve encore en elle pour un Des Grieux désespéré. Yusif Eyvazov surprendra tous ceux qui ne voient en lui qu'un ténor de seconde zone, ne devant sa notoriété qu'à celle qui partage sa vie. Il n'est certes pas le chanteur le plus fin, le plus prolixe en nuances du paysage lyrique actuel mais tout de même, que de progrès en peu de temps ! Souvenons-nous de son Manrico parisien. Dépassé dans les deux premiers actes, il parvenait, après une Pira glorieuse, à assurer la fin du III et à donner un IV superbe. L'exact inverse du malheureux Alvarez, qui s'effondrait avec Ah ! Si, ben mio...pour ne plus se relever. Ici, en studio, il trouve de très beaux accents, toujours dans la sobriété, pour être beaucoup plus qu'un simple faire-valoir. Et cette fin de Manon Lescaut nous laisse, aussi grâce à lui mais, bien évidemment, par ce que nous donne Netrebko, au bord des larmes.

Quand on peut chanter Manon ainsi à la scène, on peut, Turandot et peut être Minnie mises à part, chanter tout Puccini. Ce n'est pas dans les projets immédiats d'Anna, qui parle d'Aida, d'Ariadne, d'Amelia, de Leonora dans La Forza, et de reprendre Violetta. Malgré son essai réussi à Dresde, Elsa à Bayreuth ne serait plus d'actualité pour 2018, tout comme elle semble avoir renoncé à Norma. Mais quelque chose me dit qu'elle s'amuse peut-être aussi à truffer ses interviews de fausses pistes...

Pour un tel projet, il fallait être deux. Et Antonio Pappano prouve à chaque production qu'il est peut-être l'un des plus grands chefs lyriques actuels, si ce n'est le plus grand. Ce n'est pas un accompagnement qu'il offre, c'est un véritable partenariat, un vrai duo. Il faut écouter comment il fait sonner les forces de l’Accademia Nazionale Di Santa Cecilia en fonction des couleurs choisies par la cantatrice. Il faut se délecter des introductions (Chénier !! Mefistofele !!!), des nuances, des respirations toujours en phase avec Anna. Et admirer comment, ensemble, ils ont réussi à tenir de cette façon des tempi souvent très retenus, sans jamais être lents. De sa part, un vrai travail d'orfèvre pour un écrin au bijou qu'il a côtoyé.

Le 28 juin dernier, Anna Netrebko annonçait que pour elle, les sessions d'enregistrement étaient terminées. Ce qui signifie que moins de deux mois ont été suffisants pour que tout soit bouclé, et envoyé sous presse. Pour un tel projet, c'est peu, et cela prouve la densité du travail effectué à Rome. Et le joyau est là. Parce que si certains évoquaient un produit marketing, beaucoup attendaient un beau disque, voire un grand disque. Pour dire la vérité, en sachant très bien l'ensemble des possibilités qu'offrent les studios et la qualité des preneurs de son et des directeurs artistiques, "Verismo" n'est ni un beau, ni un grand disque. C'est un disque exceptionnel, qui fera date et vers lequel on reviendra très, très souvent. En rêvant d'entendre certaines de ces merveilles en salle...

1 CD Deutsche Grammophon/Universal 00289 479 5015.

 

Sortie le 2 septembre 2016.

 

© Franz Muzzano - Septembre 2016. Toute reproduction interdite sans autorisation de l'auteur. Tous droits réservés. 

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7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 23:48
Julia Lezhneva - Salve, Regina !

Il y a des enregistrements qui lancent une carrière, d'autres qui la confirment. Et il y a ceux qui d'emblée s'installent comme des références absolues dès leur parution. Référence musicale, stylistique, et référence vocale tant ce qui nous est offert caresse la perfection. Ce disque consacré exclusivement à Haendel ne fait pas que confirmer une série de concerts passés, présents ou à venir, il offre la quintessence de tout ce qui est le "miracle Lezhneva". Qui pourrait se résumer par l'écoute d'un seul extrait.

Rodrigo est le premier ouvrage composé par Haendel pour la scène italienne. Sa création eut lieu au Teatro Cocomero de Florence à l'automne 1707. Et s'il répondait parfaitement à ce que Stendhal reprochait aux conventions de l'Opera Seria avant la révolution rossinienne amenée par Tancredi un siècle plus tard, il comprenait, entre des tunnels de récitatifs, des airs de pur bel canto. Dont Per da pregio est un magnifique exemple. Et cette aria sera pour Julia Lezhneva la carte de visite que fut Care selve pour Eide Norena (mais en fin de carrière, modèle de ligne de chant pour l'éternité, carte de visite "née posthume", en quelque sorte), c'est-à-dire quelque chose qui ressemble beaucoup à une référence dans la façon de chanter Haendel, ou de chanter le bel canto baroque, ou plus simplement de chanter tout court. Parce que ces neuf minutes de dialogue avec le violon de Dmitry Sinkovsky sont peut-être ce qui a été proposé de plus hallucinant en matière de maîtrise de "l'instrument vocal" depuis...depuis bien longtemps. La seule comparaison qui me vienne convoquerait les enregistrements rossiniens de Rockwell Blake, il y a déjà trente ans. L'attaque, après une introduction tout en retenue, est d'une absolue limpidité, proposant un legato d'école et incluant une ornementation d'une grande finesse. Le discours se poursuit, la voix se fondant à l'orchestre de façon très "instrumentale", sans la moindre recherche d'effet. Jusqu'à la reprise des mots la mia costanza...où Julia attaque pianissimo, retardant son vibrato le plus longtemps possible, donnant ainsi tout son sens au mot costanza terminé crescendo. Et, surtout, elle ose l'impossible enchaînement avec la reprise de l'ensemble de la phrase, offrant un la mia costanza, cederò l'amato sposo, ma non già la mia costanza, donnant ainsi en un seul souffle une phrase de trente secondes sans la moindre respiration et surtout sans effort apparent. Performance technique, oui, mais mise au service d'un discours musical sans cesse à l'écoute de ce que raconte l'orchestre, et surtout sans qu'à un seul moment elle ne nous dise "écoutez-moi". Tout cela avec un timbre d'une absolue pureté, passant d'un registre à l'autre sans la moindre rupture, signe d'un total contrôle des acquis techniques et de la parfaite gestion d'une voix qui n'est pas que vecteur instrumental, mais qui n'oublie jamais l'émotion.

Oui, on pourrait presque se contenter de ce seul extrait pour justifier l'acquisition de ce disque, mais il ne doit pas masquer la qualité de tout le reste. À commencer par un ébouriffant Disseratevi tiré de La Resurrezione, démonstration que l'art de la vocalise peut (et doit) venir du seul diaphragme (et non du larynx, comme certaine, qui fut pourtant son modèle, lui donnant en tout cas l'envie de chanter...). Ou le célèbre Lascia la spina tiré du Trionfo del Tiempo e del Disinganno, plus connu dans sa version utilisée dans Rinaldo sous le titre Lascia ch'io pianga dans lequel Julia donne encore une leçon de legato et de chant sur le souffle. 

D'autres airs viennent confirmer ce sentiment initial que l'on est en train d'écouter un enregistrement vers lequel on reviendra souvent, et qui à l'évidence sera un moment très fort de la carrière de cette cantatrice d'exception. Un Salve Regina intériorisé, comme en prière, montre l'étendue de son travail sur l'interprétation. Car nous n'assistons pas seulement à une démonstration de quasi perfection technique, mais à un vrai moment de "chant", avec son sens du texte et une émotion toujours palpable (O clemens...O pia...O dulcis...).

Et elle n'a pas vingt-six ans...Loin maintenant de son improbable île natale de Sakhaline, au large de la Sibérie, le monde s'est ouvert à elle depuis déjà quelques années. En 2011, un journaliste du Figaro la qualifiait de "Nouvelle Callas" suite à un premier disque consacré à Rossini, alors qu'elle n'avait pas encore mis les pieds sur une scène internationale. Elle n'a plus besoin de cette appellation ridicule pour exister comme une référence absolue pour ce répertoire, et son évolution plus que probable vers le bel canto romantique promet de très beaux moments. Elle sera Desdemona dans l'Otello de Rossini en février prochain à Barcelone, avant un récital plus qu'attendu au TCE. Et l'on peut sans trop de risque se dire que Bellini et Donizetti ne tarderont pas à s'ajouter à son répertoire...

Et en attendant la suite, déguster sans réserve ce qui est probablement le plus beau disque vocal de l'année, toutes catégories confondues. Rien que pour Per da pregio...

 

Sortie le 9 octobre 2015 - Decca/Universal.

 

Haendel - Lascia la spina (Il Trionfo del Tempo e del Disinganno)
Helsinki Baroque Orchestra, direction : Aapo Häkkinen

Lisbonne, 22 avril 2014.

 

 

© Franz Muzzano - Octobre 2015. Toute reproduction interdite sans autorisation de l'auteur. Tous droits réservés.

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27 janvier 2015 2 27 /01 /janvier /2015 21:57
Voces8 "Lux"- Et la lumière vint de Londres...

Il ne reste que quelques jours (jusqu'au 1er février) pour aller écouter l'ensemble Voces8 dans le cadre des "Folles Journées" de Nantes. Et comme le programme est construit autour de leur dernier enregistrement, intitulé "Lux" et sorti le 26 janvier, la soirée est à classer dans la catégorie "cinq étoiles".

"Lux" est le genre de disque que l'on a envie d'écouter en rentrant d'une journée chargée et éprouvante, après s'être servi un bon verre et avoir éteint les lumières. On se laisse envahir par la beauté des voix et, surtout, par leur fabuleuse capacité à s'harmoniser pour ne faire qu'un unique "instrument". Le chant a capella, dans lequel s'invitent parfois un saxophone ou un violoncelle, est au service d'une musique qui apparaît d'une absolue homogénéité. Le profane se demanderait même : "mais qui est donc ce compositeur ?". L'aspect magique de cet enregistrement est qu'il embrasse en fait plus de quatre siècles de musique, de Thomas Tallis à...Massive Attack (eh oui...) en une espèce de cantate en quinze mouvements, où pas un instant le climat initial n'est brisé. Tout doucement, la lumière se fait autour de l'auditeur, jamais violente, l'enveloppant d'un halo protecteur et apaisant.

Ouvrir et terminer par deux versions de l'hymne Ubi caritas, utilisée aussi bien par l'Église catholique que par les courants anglicans et luthériens, signées Ola Gjeilo et Paul Mealor, n'est en rien un hasard. Il suffit de lire le texte du deuxième verset : Congregavit nos in unum Christi amor (L'amour du Christ nous a rassemblés et nous sommes un). Cette unicité se ressent dans chaque pièce, aucune voix ne cherchant à primer sur une autre, dans la plus pure tradition des ensembles vocaux et des choeurs britanniques. (Pas seulement britanniques, d'ailleurs...Il y a quelques semaines, le Choeur Magnificat de Budapest, composé uniquement de femmes, donnait en concert à Rosheim, dans le Bas-Rhin, ce même Ubi caritas d'Ola Gjeilo. Ne les manquez surtout pas si elles se produisent près de chez vous, elles sont merveilleuses et ne sont pas loin du niveau de Voces8 dans cette pièce...). Et l'on passe sans rupture aucune de l'O nata lux de Tallis au Lux aeterna d'Elgar, puis à John Tavener en ayant fait un petit détour par Teardrop de Massive Attack sans avoir eu la sensation du moindre bond dans le temps. Au milieu de ce programme superbe, le célèbre Miserere d'Allegri (celui que Mozart aurait, dit-on, transcrit de mémoire après une seule audition dans la Chapelle Sixtine...) nous ramène à nos années d'apprentissage, quand nous le découvrions dans la version du King's College de Cambridge. Et nous entendons presque les mêmes voix d'enfants, le même cristal, la même...lumière.

Ce n'est en rien une surprise. Voces8 a été fondé en 2003 par d'anciens élèves du choeur de Westminster Abbey (petite claque au passage à ceux qui prétendent encore que travailler sa voix d'enfant est préjudiciable à une éventuelle carrière une fois devenu adulte...). Ils se produisent dans le monde entier, proposant un répertoire allant donc des polyphonies de la Renaissance au Jazz et aux arrangements Pop. Nombreux sont les compositeurs contemporains qui ont écrit pour eux (outre Gjeilo, Panufnik, Thomas Hewitt-Jones, Alexander Levine, Ben Parry...) et ils ont auprès d'eux, en résidence, le précieux Jim Clements, qui leur concocte des arrangements à la fois audacieux et d'une grande délicatesse. Très attaché à la transmission, le groupe s'est engagé dans le projet éducatif Voces Cantabiles Music, très actif au Royaume-Uni et qui commence tout doucement à se développer en France.

Un disque magique, de ceux qui élèvent, qui transportent, qui illuminent, qui arrêtent le temps...

 

 

 

Andrea Haines, Emily Dickens, soprani.

Christopher Wardle, Barnaby Smith, contre-ténors.

Oliver Vincent, Samuel Dressel, ténors.

Paul Smith, baryton.

Dingle Yandell, basse.

 

Christian Forshaw, saxophone.

Matthew Sharp, violoncelle.

 

Direction artistique : Barnaby Smith.

 

© Franz Muzzano - Janvier 2015. Toute reproduction interdite sans autorisation de l'auteur. Tous droits réservés.

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25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 22:17
Piotr Beczala - Salut à la France !

Si l'on doit trouver un point commun entre les meilleurs artistes de la scène lyrique actuelle, il faut le chercher dans leur grande connaissance de l'Histoire des oeuvres qu'ils interprètent, que ce soit celle de leur création, de leurs différentes versions ou encore (et surtout) de l'évolution de la manière de les chanter. Les générations précédentes raisonnaient souvent de façon plus "immédiate", voire "primaire", et se posaient beaucoup moins de questions. Aujourd'hui, les mentalités ont changé et, grâce aux révolutions imposées par les "baroqueux" dès les années soixante, et à la "Rossini-Renaissance" marquant la fin des années soixante-dix, tout le répertoire est concerné. Il ne suffit plus d'avoir une voix, encore moins de "faire la note" pour pouvoir s'imposer. Les grands chanteurs, sans se muer en musicologues, sont devenus plus curieux du passé, et comme internet leur offre des trésors d'archives ils peuvent se faire une idée précise des "traditions", bonnes ou mauvaises, avant de peaufiner leur propre vision d'un rôle. C'est ainsi que Kaufmann ou Damrau ont écouté toutes les versions qu'ils ont pu trouver de Werther ou de Traviata avant de s'y lancer, qu'Alagna est incollable au "blind-test", et que Bartoli ou DiDonato peuvent proposer des programmes issus de leurs propres recherches. Piotr Beczala est de cette race de musiciens, de celle qui prend son temps, écoute, étudie, réfléchit, pour offrir un programme où les "tubes" sont nombreux, mais sonnent à nos oreilles comme si nous les découvrions, simplement parce qu'il a su les faire siens. Et le résultat est magnifique.

 

Il faut, pour s'en rendre compte, oublier une pochette atroce que le chaleureux sourire du ténor ne parvient pas à embellir, et un titre par trop "marketing" : "The french collection", écrit en tricolore, pour ceux qui n'auraient pas compris que Piotr chante en français des airs d'opéras français. Bon, passons sur ces couleurs criardes et ce mot mal venu, et allons à l'essentiel !

 

À quarante-huit ans, Piotr Beczala a entamé depuis quelques saisons la plus belle période de sa carrière. Oubliés les débuts hors de propos, merci à la grande Sena Jurinac de lui avoir, dit-il, "sauvé ma vie de chanteur" en le recadrant vers les rôles qui lui convenaient alors (Belmonte plutôt que Cavaradossi), et merci à Robert Dale Fundling pour l'avoir pris en main, lui permettant, toujours selon ses propres mots, de "libérer" sa voix. Grâce à eux, à sa propre patience et à un travail de chaque instant, il est aujourd'hui le plus séduisant des Alfredo, le Lenski le plus poétique et, Vienne s'en est encore rendu compte il y a quelques semaines, le Duc de Mantoue le plus mâle, le plus mordant que l'on puisse entendre. Un premier récital, "Salut", enregistré en 2007, avait déjà marqué les esprits, mais n'avait pas de réel fil conducteur. Il n'en est pas de même pour ce disque, réalisé à Lyon en août dernier.

Plutôt qu'une "collection", c'est une espèce de tour d'horizon du chant français qu'il propose, de Boieldieu à Massenet, en n'oubliant pas les Italiens ayant écrit pour Paris. Et ce qui frappe à la première écoute est l'absence totale de recherche "d'effet vocal", l'effacement de l'ego derrière les partitions, le refus du "moment de bravoure" attendu dans nombre de ces airs parfois si connus. Je dirais presque que la voix est traitée de façon "instrumentale", Beczala se pensant musicien plus que ténor. La note pour la note, il faudra la chercher ailleurs (dans le récital de Juan Diego Florez, par exemple, techniquement exemplaire mais par trop extérieur, voire démonstratif). Tout ce que j'ai déjà pu écrire sur lui est ici une nouvelle fois vérifié, à savoir la franchise d'un artiste qui ne triche jamais, ne recherchant pas une voix qu'il n'a pas, mais maîtrisant à la perfection celle qu'il possède aujourd'hui. Sa fréquentation du répertoire italien, associée à une parfaite technique belcantiste, ont forgé un organe qui a acquis dans le médium une plénitude, une couleur et une chaleur que beaucoup pourraient lui envier. Et ce fameux aigu, qui lui posait tant de problèmes à ses débuts, est aujourd'hui donné sans le moindre souci, et surtout dans la couleur de son médium. Pas l'ombre d'une rupture dans les registres ne vient altérer un chant qui coule sans effort apparent. Des airs aussi célèbres que ceux de Faust ou de Roméo en sont un parfait exemple. Salut ! Demeure chaste et pure est pour lui, depuis quelques années, une espèce de "signature", et peut-être le meilleur exemple de son art. Chanté de la façon la plus simple qui soit, sans affect inutile, la ligne posée sur un legato d'école. Mais avec des prises de risques que bien peu oseraient, comme le C'est là ! Salut, demeure chaste et pure de la reprise donné dans le même souffle (certains enchaînent, mais respirent après Salut...), ou encore le dernier Où se devine la présence sans respiration, amenant le fameux ut qui sonne ici ample, plein, lumineux et surtout "dans" la phrase. Même constat pour un Ah ! Lève-toi, soleil ! couronné de trois si bémol radieux mais absolument pas ostentatoires, comme s'il souhaitait que l'auditeur regarde "l'astre pur et charmant" plutôt que le chanteur réalisant une prouesse. La voix est toujours mise au service de l'oeuvre, pour trouver dans les partitions les beautés qu'elles recèlent, quand si souvent on a pu entendre des interprètes utiliser la musique pour, poitrine en avant, chercher à forcer l'émotion en la ramenant vers eux seuls. Ainsi, l'air de Don José dans Carmen sonne-t-il comme une confidence, presque comme une rêverie, jamais plus que mezzo-forte, et avec un J'étais une chose à toi donné tel que voulu par Bizet, avec son si bémol pianissimo et son ultime Carmen, je t'aime murmuré comme une dernière supplique. Werther ouvre le récital, avec l'attendu Pourquoi me réveiller... qui est pensé comme une mélodie suspendue, hors du temps comme l'air est "hors de l'action" dans l'ouvrage, et là encore, nulle concession à la facilité, nulle démonstration, les sauts de sixte sur les la dièse apparaisant dans la continuité du discours. Comme si tous ces airs étaient de simples ariettes facilement abordables par le premier venu, tant ils coulent dans un flot d'évidence.

Faust, Roméo, Don José, Werther...autant de héros de l'opéra français inévitables dans un panorama comme celui-là. Mais ce n'est pas avec ces airs que l'on apprend quelque chose sur Piotr Beczala, ils nous confortent dans nos convictions, rien de plus même si ces cadeaux sont déjà somptueux. Les pépites sont dans le choix des autres oeuvres, celles où l'on ne l'attendait pas forcément. Comme Le Cid où il offre un Ô Souverain...dans lequel il mêle à la fois retenue et vaillance, grâce à un jeu subtil sur les nuances. Ou l'enchaînement de deux airs de Berlioz que tout oppose, sauf la difficulté d'apprivoiser le juste phrasé mélodique du compositeur. L'éthéré Merci, doux crépuscule de La Damnation précède le virtuose Ah ! je vais l'aimer de Béatrice et Bénédict, périlleux exercice de style post-gluckiste créé pourtant en 1862. Dans les deux cas, Beczala maîtrise à la perfection la ligne longue, brisée et complexe de la mélodie sur le souffle du songe de Faust, comme l'exaltation de Bénédict. Parvenir à dompter le discours berliozien est déjà, en soi, une preuve que l'on a assimilé ce qui caractérise le chant "français", et il suffit d'écouter pour constater que le défi est largement relevé.

Car en fait toute la question que pose un tel programme tient dans la façon d'envisager deux styles a priori inconciliables. Y a-t-il, aujourd'hui, un style "français" qui s'opposerait au style "italien" ? Ce fut vrai au début du XIXème siècle, quand de ce côté des Alpes le texte primait sur la beauté du son. Tradition de la déclamation, en quelque sorte. Et les Italiens arrivèrent, Rossini en tête, avec dans leurs bagages les derniers feux du bel canto. Les chanteurs français d'alors s'adaptèrent et, à l'image de Duprez, une révolution s'opéra. Mais cette différenciation se retrouva, en partie, dans la première moitié du XXème siècle, quand certains artistes français usèrent d'une voix légère, pour ne pas dire allégée, et de sonorités "pointues", à l'opposé des voix italiennes sonores, pleines, parfois barytonnantes (à l'exemple de Caruso). Le répertoire devait-il en souffrir ? Beczala apporte une réponse, lui qui triomphe dans Traviata, Rigoletto, le Ballo ou Bohème : il réalise la quadrature du cercle en appliquant une technique typiquement italienne sur un travail de prononciation millimétré. Jamais les consonnes ne sont exagérées, la couleur des voyelles est privilégiée et pourtant, on comprend absolument tout sans le moindre effort. Son écoute des grands anciens, ses recherches (en particulier sur le travail accompli par Jean de Reske, Polonais comme lui, sur le répertoire français) ajoutées à son intelligence et à sa sensibilité ont abouti à ce résultat remarquable. D'autant plus remarquable qu'à la différence de Kaufmann, il ne parle pas français, ou aujourd'hui seulement quelques mots...Résultat qui sera bien entendu comparé par beaucoup, ce qui est sain tant que cela n'aboutit pas à des querelles stériles. Et cette alchimie de la technique italienne accolée au chant dit français est encore plus parlante quand elle concerne les oeuvres composées par Donizetti ou Verdi pour Paris. Ainsi, Ange si pur de La Favorite, chanté de cette façon, donne envie de ne plus jamais écouter Spirto gentil. Le plus rare Seul sur la terre, tiré de Dom Sébastien, roi du Portugal, du même Donizetti, dont Alagna avait déjà donné une version superbe il y a quelques années, avec sa ligne châtiée et ses aigus rayonnants, atteint lui aussi des sommets. Mais c'est peut-être avec l'extrait de Don Carlos, Fontainebleau ! Forêt immense...que l'on trouvera le plus beau joyau de ce disque. Le récitatif est à donner en exemple dans toutes les écoles de chant, par son parfait dialogue équilibré avec la clarinette, sa conduite de la phrase exceptionnelle, et encore une fois son sens du texte "dans" la ligne. Et comme l'air qui suit se situe au même niveau...

En guise de bonus, le duo Toi ! Vous ! Oui, c'est moi...tiré de Manon permet à Diana Damrau d'être une invitée de luxe pour clore ce récital exceptionnel.

Un petit bémol tout de même ? Oh, infime...S'attaquer au Viens, gentille dame de La Dame blanche était pour le moins osé. Il y parvient presque, trouvant une sublime mezza-voce quand elle est nécessaire, allégeant les finales comme il le faut, balançant les aigus sans souci. Mais la vocalise "rossinienne" n'est pas son point fort, et l'on sera en droit de la trouver par moments quelque peu savonnée. Mais qu'importe, le reste, tout le reste, se situe à une telle altitude...

 

Pour parvenir à une telle réussite, il faut être deux. Et avec Alain Altinoglu, Piotr Beczala a peut-être trouvé le partenaire idéal pour interpréter de la musique française, un peu le fils spirituel de Plasson. On se souvient de son extraordinaire Werther au Met avec Kaufmann, ou d'un inoubliable Jeanne au bûcher à Montpellier. Ici, dirigeant l'Orchestre de l'Opéra de Lyon, il offre à Beczala bien plus qu'un accompagnement. Choisissant, dans l'ensemble, des tempi très retenus (Carmen, Don Carlos, Faust, Le Cid...) mais jamais "lents", ils construisent ensemble une espèce d'univers où chaque pièce vient trouver sa place dans un tout cohérent. Et cette option permet, entre autres, d'admirer la prodigieuse conduite de souffle du chanteur, qui pose sa voix sur un tapis orchestral aux sonorités superbes (les bois ! et cette clarinette, qui est probablement celle de Jean-Michel Bertelli, déjà encensé ici à l'occasion du récital de Joyce DiDonato au TCE !!!) et peut phraser à sa guise, sans épanchement superflu. Chanter "au naturel", avec sa franchise habituelle, et une voix qui lui permet maintenant d'envisager d'aborder certains rôles que sa prudence lui a jusqu'ici conseillé d'éviter. Si Lohengrin est annoncé, s'il reprendra Werther en concert à Salzburg en août prochain (ce qui devrait permettre des comparaisons intéressantes...et qui plus est aux côtés de Garanca, peut-être la Charlotte qui manque aux grands Werther actuels), il n'est pas exagéré de penser qu'il peut maintenant sans souci se tourner vers Radames ou Don Carlo(s), ce dernier, pourquoi pas, en français ? S'il maîtrise l'autodafé et le chante comme l'extrait qu'il nous propose ici, tous les rêves sont permis.

 

Bravo, Piotr Beczala, pour ce sublime "salut à la France" (pour évoquer un rôle que là, c'est certain, il ne chantera pas !). Et merci de ce cadeau qui le place au niveau des plus grands. De ceux qui l'ont inspiré, et dont il est un digne successeur.

 

(Parution le 16 février 2015).

 

Pour patienter jusque là...En n'oubliant pas qu'il chantera Faust à Bastille en mars prochain !

 

 

© Franz Muzzano - Janvier 2015. Toute reproduction interdite sans autorisation de l'auteur. Tous droits réservés.

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9 novembre 2014 7 09 /11 /novembre /2014 13:06
Roberto Alagna : "Ma vie est un opéra" - Panache, confidences et pudeur.

Don Carlo - Wiener Staatsoper, septembre 2014.

 

J'ai suffisamment dit tout le mal que je pensais de certaines prestations récentes de Roberto Alagna (et je n'en retire pas le moindre mot) pour ne pas être suspecté de sombrer dans l'hagiographie. Mais, je me répète, si je suis résolument subjectif, je tente aussi d'être impartial. Si les lignes qui vont suivre surprennent, voire choquent certains lecteurs attendant une nouvelle exécution, tant pis...ou tant mieux. Je leur donne rendez-vous le 17 novembre, afin qu'ils puissent se faire leur propre idée.

 

Entre un Otello pour le moins discutable et une rentrée viennoise avec un Don Carlo totalement convaincant, Alagna a pris quelques vacances et, surtout, a investi un studio londonien en compagnie d'Yvan Cassar dans le courant du mois de septembre. Pas de crossover cette fois-ci, mais un "vrai" récital d'airs d'opéra, exercice qu'il n'avait plus pratiqué depuis une dizaine d'années. Il est vrai que ce type d'enregistrement, qui était naguère monnaie courante, se fait de plus en plus rare. Les grandes réussites récentes tournaient autour d'un thème (Kaufmann avec son somptueux Du bist die Welt für mich, DiDonato avec le merveilleux Stella di Napoli, Bartoli et les archives du Mariinsky...), et dans une certaine mesure, le titre de l'album d'Alagna est en lui-même un thème : Ma vie est un opéra, sous-entendu "je vais là où vous ne m'attendez pas forcément, et je peux encore vous étonner". Ses choix récents de prises de rôles ont, eux aussi, parfois été surprenants, inutile d'en reparler ou de raviver les polémiques. Il aurait pu, pour ce disque, offrir les airs de Cavaradossi, de Don José, de Werther, de Faust, voire de Calaf ou d'Otello. Et garder le même titre, les ventes étaient assurées. La force de cet enregistrement se devine avant même la première écoute, à la simple lecture du programme proposé. Uniquement des inédits, ou de nouvelles versions d'airs déjà gravés par le passé. Pas de Verdi, pas de Bizet, et peu de tubes. Une Danza semble un peu perdue au milieu d'un menu particulièrement soigné (d'autant que les aigus n'y sont pas exempts de tout reproche, à peine compensés par de judicieuses variations du phrasé), et l'on termine le voyage avec tout de même un Recitar...Vesti la giubba qui nous ramène en terrain connu. Mais tout le reste réserve son lot de surprises. Au prix, peut-être, d'une version "luxe" éditée par la maison de disque, qui nous gratifie d'un second CD piochant dans les archives, et qui ne devrait intéresser que les collectionneurs.

Mais si cette Danza avait finalement sa raison d'être ? Comme une respiration souriante dans un panorama très sérieux, voire sombre ? Où aucune pièce ne serait choisie par hasard ? À l'opposé de la légèreté des enregistrements Mariano ou Little Italy, Ma vie est un opéra peut se voir comme à la fois un premier bilan de carrière et une projection sur l'avenir. En ouverture, deux extraits de Manon Lescaut et en guise d'au-revoir, I Pagliacci. L'Italie comme racines qui encadrent, en quelque sorte, et qui va revenir au fil du récital fleurir un programme où la sève se trouve dans le répertoire français (ou chanté en français...). Une espèce d'arrêt sur image sur une double culture assumée, où vient se greffer un air allemand qui annonce un futur pas si lointain, avec la prévision d'un Lohengrin en 2018 à Bayreuth. Et il n'est pas interdit de voir dans le choix de certaines pièces quelque chose qui se rapproche de l'autobiographie.

Un vrai trait de panache en tout cas, car finalement ce disque qui pourraît apparaître comme un coup marketing est en fait tout sauf un "produit vendeur". Avec un tel répertoire la prise de risque est grande, et Alagna ne nous la joue pas à l'esbroufe en donnant dans la facilité. Même les pièces connues sont abordées de façon différente, avec quelque chose qui touche à la confidence, à l'image d'un Recitar...Vesti la giubba de Pagliacci proposé piano, après une introduction sonnant comme une colère que pulvérise un rire désespéré. Sans sanglot inutile, et avec un phénoménal Ridi, Pagliaccio, sul tuo amore infranto donné dans un seul souffle, avec la juste tenue sur le point d'orgue. Probablement impensable en scène, mais justement, nous ne sommes pas en scène et le studio permet tout. Pas d'épanchement excessif non plus dans les deux airs tirés de Manon Lescaut ou celui de Butterfly, mais un total investissement, un sens du texte et du phrasé portés par un chant qui nous ramène à l'essence-même des oeuvres. Ni Leoncavallo ni Puccini ne sont abordés de façon "vériste", débarrassés de tout effet superflu.

Totalement justifiée par le titre de l'album, l'offrande d'un cadeau fait à Aleksandra Kurzak sous la forme d'un duo était une bonne idée. Mais je suis plus réservé quant au choix de l'oeuvre. Non que le résultat soit médiocre, mais la caractérisation vocale du personnage d'Elisabetta demande à mon avis autre chose qu'une colorature brillante. Kurzak vient de démontrer à Madrid quelle Marie de La Fille du Régiment elle pouvait être, par la voix et le tempérament. Mais pour incarner pleinement la Reine d'Albion, il lui manque encore ce côte lyrico-spinto nécessaire aux tourments que le livret suggère. Les derniers mots précédant la cabalette, E non ami ? Bada ! Non ami...ne contrastent pas suffisamment avec ce qui précède, faute d'une assise dans le grave suffisante. Elisabetta n'est pas Lucia, elle est "reine amoureuse" et exige une variété de couleurs qu'Aleksandra Kurzak ne possède pas encore pleinement. Mais ce n'est qu'un duo, pas une prise de rôle et il sera possible de se faire une idée plus précise de ce qu'elle peut donner dans l'une des "Trois Reines" au TCE en juin prochain, où elle sera Maria Stuarda. En Comte d'Essex, Alagna est lui aussi moins convaincant, semblant courir après le tempo de la cabalette, et peinant à alléger la ligne de la première partie. Plus à son aise dans le legato puccinien que dans celui du bel canto romantique ? Ce ne serait, aujourd'hui, pas étonnant. Mais bon, c'est d'abord un cadeau, et je ne pense pas qu'il ait prévu de reprendre ce rôle qu'il a chanté il y a plus de vingt ans.

Che farò senza Euridice ? n'apporte pas grand chose que l'on ne sache déjà, mis à part le choix de la version originale italienne (encore que, dans l'optique d'un projet quasi autobiographique, il ait tout à fait sa place ici...). En revanche, un air en langue allemande était très attendu (sauf erreur de ma part, il s'agit pour lui d'une première). Son choix s'est porté sur une rareté, Magische Töne, tiré de Die Königin von Saba de Károly Goldmark. Musicalement, le résultat est sublime. Il lui reste, ce qui est assez normal, à travailler la prononciation pour que la phrase apparaisse plus naturelle, il est audible qu'il s'applique. A-t-il prévu un rôle en allemand avant le Lohengrin annoncé ? Ce serait judicieux...Pourquoi pas Tamino, il y serait parfait.

Mais le meilleur de ce disque reste pour moi la partie "française". Rien d'étonnant à cela, on connaît depuis longtemps la qualité de sa diction, proche de la perfection. Hérodiade, Sigurd ou une autre Reine de Saba, celle de Gounod, le démontrent une nouvelle fois, ainsi qu'un extrait du Dernier jour d'un condamné. Mais pour moi, la vraie perle est ailleurs, dans un extrait traduit. Je me suis toujours dit qu'Alagna pourrait être un superbe Lenski, encore fallait-il qu'il chantât en russe. Il contourne le problème en proposant la version de la première française, donnée à Nice le 7 mars 1895, dans une traduction signée Michel Delines. Avant de hurler à l'hérésie, écoutez le résultat. En pensant bien que beaucoup de versions légendaires ont été chantées en allemand (Julius Patzak, exceptionnel), et que c'est cette version française qui fut choisie par Caruso pour son unique enregistrement de l'air en 1916, malgré la première milanaise présentée en 1900. La traduction est remarquable (à part peut-être une rime bizarre associant "tombeau" et "époux"...) et permet à Alagna de donner une incomparable leçon de phrasé. Bien entendu, il ne s'agit pas de défendre l'idée d'une intégrale en français, j'ai toujours pensé que la plupart du temps traduction signifiait trahison. Mais quand on peut tomber sur un librettiste qui sait ce que chanter veut dire, qui propose un texte en parfaite osmose avec la ligne mélodique, qui plus est très proche de l'oeuvre de Pouchkine, s'en priver serait un péché mortel. Et comme il semble que les ténors français ne se sont pas bousculés pour l'enregistrer, il faudrait revenir à Caruso...pour aussitôt l'oublier ! Voix somptueuse évidemment, mais interprétation hors de propos excluant toute poésie, et texte incompréhensible. Alagna l'aborde comme s'il interprétait une mélodie française composée sur un poème parnassien, sans pour autant en nier le romantisme. Sa diction d'école est à la fête (la qualité des nasales est simplement hallucinante, écoutez dès la première phrase les mots "lointain" et "printemps"). On "entend" la ponctuation (Ce jour me cache-t-il la mort ? Serais-je le vainqueur, le fort ?) sans que les césures ne viennent briser la phrase. Pour moi, le sommet de ce disque, qui compte pourtant beaucoup de très beaux moments.

Car il faut bien parler de la voix en tant que telle, le "concept" ne pouvant évidemment pas suffire à louer la qualité d'un album. Et là, j'avoue ressentir comme une forme de soulagement, plus que de surprise. Où est passé le Mario du Met, efficace mais terne, pour ne rien dire de l'Otello donné quelques semaines avant cet enregistrement ? L'Énée berlinois, entendu de façon morcelée sur plusieurs soirées, semblait montrer les derniers feux d'une émission passée. Et puis voilà ce disque, et j'ai l'impression de retrouver l'Alagna d'il y a vingt ans, avec le métier et l'expérience en plus. Je sais, le studio permet beaucoup de choses. Mais ne corrige pas une ligne de chant qui est quasiment partout exemplaire, ne donne pas des attaques franches d'aigus qui, il y a peu, étaient souvent pris par en-dessous. Quant au timbre, dès les premières notes de Manon Lescaut, il est un exemple de richesse harmonique contrôlée. L'Alagna solaire des années 90, donnant l'impression de parfois chanter un peu trop haut (l'impression, seulement...) tant le spectre est large et audible serait-t-il de retour ? Je veux le croire. Mise à part ma réserve sur Roberto Devereux, toutes les pièces proposées sont en parfaite adéquation avec sa voix actuelle (Sigurd en constituant peut-être la limite, à la scène, sur la longueur. Ce sera l'une des questions posées par Lohengrin...), alors pourquoi ces années que je considère comme perdues ?

J'ose une réponse : l'apaisement. Sa nouvelle vie lui apporte probablement une sérénité qu'il avait perdue, et que sa volonté seule ne suffisait pas à retrouver. Certains orages tonnent parfois trop fort. Et puis, quoi qu'on puisse en dire, Otello est passé. Je veux dire qu'il l'a chanté, le problème n'étant pas ici de savoir comment. Je suis convaincu que de façon inconsciente, il a interprété ses autres rôles en fonction de cette échéance, dès qu'il a su qu'Orange le programmait. Maintenant qu'il est derrière lui, quelque chose s'est libéré et les qualités qui étaient les siennes sont revenues comme si de rien n'était. Et même s'il doit de nouveau endosser le costume du Maure, ce sera de façon presque "normale", en conservant les doutes qui habitent tout artiste digne de ce nom. Doutes constructifs qui auront chassé le côté sombre de la fuite en avant. Ce disque en est la preuve, il est fort possible que Roberto Alagna soit de retour parmi les indispensables. Et c'est très bien ainsi. Il nous le démontre avec la classe qui caractérise les plus grands, tout en restant dans la suggestion. J'appelle cela de la pudeur, bien illustrée par le choix de la pièce terminale. Car si, après tout, tout cela n'était que spectacle ?... Tramuta in lazzi lo spasmo ed il pianto in una smorfia il singhiozzo e 'l dolor...

Croyez-moi, vous qui comme moi étiez parmi les plus réfractaires et pensiez que tout était fini, vous aurez un choc le 17 novembre. Et pas que pour Lenski...même si cet air justifie à lui seul l'acquisition du disque.

 

© Franz Muzzano - Novembre 2014. Toute reproduction interdite sans autorisation de l'auteur. Tous droits réservés.

 

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  • : Les Chroniques de Franz Muzzano
  • : Écrivain, musicien et diplômé d'Histoire de la Musique, j'ai la chance, depuis plus de 40 ans, de fréquenter les salles de concerts et les maisons d'opéras, et souvent aussi leurs coulisses. J'ai pu y rencontrer quantité d'artistes, des plus grands aux plus méconnus. Tous m'ont appris une chose : une passion n'a de valeur que si elle se partage. Partage que je vais tenter de vous transmettre à travers ces chroniques qui relateront les productions que j'ai pu voir ou entendre (l'art lyrique y tenant une grande place). Mais aussi les disques qui ont contribué à me former, tout comme les nouveautés qui me paraîtront marquantes (en bien ou en mal). J'évoquerai aussi certaines grandes figures du passé, que notre époque polluée par les "modes" a parfois totalement oubliées. Je vous proposerai aussi des réflexions sur des aspects plus généraux de la vie musicale. Tout cela dans un grand souci d'impartialité, mais en assumant une subjectivité revendiquée. Certaines chroniques pourront donc donner lieu à des échanges, des débats contradictoires, voire des affrontements qui pourront être virulents. Tant que nous resterons dans la courtoisie, les commentaires sont là pour ça. Et vous êtes les bienvenus pour y trouver matière à vous exprimer. En n'oubliant jamais que la musique n'est rien sans les artistes qui la font vivre et qui nous l'offrent. Car je fais mienne la phrase de Paul Valéry : "Aujourd'hui, nous n'avons plus besoin d'artistes. Mais nous avons besoin de gens qui ont besoin d'artistes".
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