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21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 21:33

J'aurais souhaité pouvoir ne dire que du bien d'un film courageux en ces temps de disette, mais je dois avoir mauvais fond... Des hommes et des dieux mérite bien des éloges, mais suscite tout autant de réserves.

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Xavier Beauvois n'a guère à se préoccuper de l'intrigue, elle est tragiquement bien réelle. Il lui faut mettre en scène cette chronique d'une mort annoncée avec ce qu'il faut de tensions, d'accalmies et créer le climat propice à la description d'un monde inconnu du plus grand nombre. Depuis quelques films, nous connaissons sa maîtrise (voir Le petit lieutenant). C'est ainsi qu'aidé par la très belle photo de Caroline Champetier il propose des scènes proches de l'iconographie médiévale ou renaissance (on pense au Caravage ou aux fresques des couvents florentins), aboutissant à un dernier repas qui est une pure splendeur. Pourtant, remplacer brutalement les hymnes, psaumes et antiennes par Le lac des cygnes avait tout pour plonger dans le mauvais goût. Bien au contraire, son choix d'offrir une Cène détaillée visage après visage, chaque regard répondant à un sourire, sans jamais nous montrer le plan large s'avère époustouflant de beauté. Sa caméra prend son temps, scrute, capte les espoirs et les doutes d'une équipe d'acteurs presque tous admirables. On a loué (et primé) avec raison Michael Lonsdale, comme toujours magistral, mais j'accorderai une mention spéciale à Olivier Rabourdin, exceptionnel dans l'expression du doute, puis du refus, avant de revenir au doute qui amènera une sorte de joie parfaite franciscaine. En revanche, Lambert Wilson apparaît comme le seul à sembler "penser" à la caméra, le seul à (un petit peu) ne pas s'oublier. Mais c'est un infime détail dans un ensemble visuellement remarquable.

 

Mais le problème est ailleurs. Pour comprendre la vie d'un monastère, pour s'imprégner d'une vocation touchant à l'absolu, il ne suffit pas de nous montrer un très beau décor. Les frères travaillent, soignent, prient, chantent, mangent en communauté, tout cela est vrai, mais pourquoi ? Où sont le "mystère de la foi", le face-à-face permanent avec Dieu ou avec soi-même, ce qui dans ce cas est la même chose ? En un mot, où est la spiritualité ? La réponse est simple, elle n'apparaît qu'en surface, donc elle n'EST pas. Beauvois s'en moque, en fait, et nous montre des humanistes, pas des religieux. Cette spiritualité le dépasse, il n'est ni Bresson ni même le Rossellini des Fioretti. Son calamiteux discours aux César a d'ailleurs montré les limites de son propos. Alors nous ne voyons plus qu'une très belle histoire teintée de relativisme à qui il ne manque que la Grâce qui habitait ces frères.

 

Ah, j'allais oublier... Il fallait bien qu'une petite touche de repentance tombe comme une tache sur le joli tableau. Le passé colonial de la France serait seul responsable de tous ces massacres, selon un officiel Algérien. Les deux frères qu'il reçoit ne bronchent pas. Comme s'ils étaient d'accord... Je parie que Beauvois a adoré Hors-la-loi !

 

Mais je dois tout de même reconnaître, ces importantes réserves faites, que dans le quasi néant actuel du cinéma français, ce film fait du bien...

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© Franz Muzzano - Septembre 2011. Toute reproduction interdite sans autorisation de l'auteur. Tous droits réservés.

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7 septembre 2011 3 07 /09 /septembre /2011 20:48

Il y a quelque temps, j'ai écrit ce que je pensais des quarante-cinq années de carrière, série en cours, d'une certaine actrice française. Son dernier film sorti lui offre sa fille pour partenaire, et ce que j'en ai vu me fait craindre que les théories sur l'hérédité soient exactes. Côté maternel, bien entendu.

 

towers1Pour ceux qui seraient tentés de me reprocher ma sévérité, je tiens à équilibrer mon propos en évoquant le cas pour moi incompréhensible de Constance Towers, son absolu contraire.                                             

 

Dans Les jeunes filles, Montherlant fait dire au personnage d'Andrée : "J'ai trente  ans, ça y est. L'âge de l'attente est fini, celui de la réalisation commence. Mon âge est celui où, en Amérique, les vedettes de cinéma se suicident, parce qu'elles n'ont plus rien à attendre de la vie". À trente ans, en 1964, Constance Towers n'a tourné que quatre films. Mais attention, pas avec de petits réalisateurs... The horse soldiers et Sergeant Rutledge avec John Ford, Shock corridor et The naked kiss sous la direction de Samuel Fuller. Et puis...et puis rien ou presque, et elle est surtout connue aujourd'hui pour son rôle dans la série télé General hospital. Certes, elle n'est pas seule dans ce cas, mais tout de même...

 

Il faut revoir absolument The naked kiss où, magiquement filmée par un Fuller qui joue avec les lignes, au sens propre du terme, nous montrant le monde comme placé derrière des barreaux, truffant ses plans de verticales et d'horizontales qui towers2nous imposent l'angle droit, elle est une extraordinaire Kelly. On lui demande de jouer tous les sentiments, parfois jusqu'au paroxysme (la violence, l'hystérie) et elle passe de l'un à l'autre avec une aisance fascinante. On ne peut pas ne pas penser à la Gena Rowlands d'Opening night ou de Gloria et bien souvent elle l'annonce. Une telle incarnation aurait dû lui ouvrir grandes les portes d'une carrière où les plus grands se la seraient arrachée. Rien n'est venu...towers3.jpg

 

On parle parfois des couples célèbres. Constance Towers est depuis plus de trente ans mariée à John Gavin, le Sam de Psycho, mais aussi (surtout ?) l'acteur choisi par le génial Douglas Sirk pour Imitation of life et A time to love and a time to die. Ce qui a peut-être donné une descendance intéressante...

 

 

 

 

 

© Franz Muzzano - Septembre 2011. Toute reproduction interdite sans autorisation de l'auteur. Tous droits réservés.

 

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29 juillet 2011 5 29 /07 /juillet /2011 22:03

Il faut parfois oser bousculer des certitudes et faire tomber des statues. Bien qu'ayant presque tous les ingrédients pour réussir un grand film, Carné ne fait pas du Quai des brumes un absolu chef-d'oeuvre, et j'ose même écrire que sur bien des points, il passe à côté de son sujet.
Balayons les critiques politisées de Renoir, rebaptisant "Le cul des brèmes" ce qu'il considère être fascisant, ou celles émanant des pourfendeurs de tout ce qui ne glorifiait pas le Front Populaire. Querelle de géants dans un cas, jalousie de gnomes pour beaucoup d'autres. Contentons-nous de regarder comment on rate son coup...
Carné bénéficie de ce qui se fait de mieux à la technique (Page, Trauner...), d'un sujet montmartrois signé Mac Orlan transposé au Havre, et de la crème de la crème pour ses rôles masculins. Et puis il a Prévert pour la deuxième fois après Drôle de drame. Nous atteignons la perfection dès le début du film, quand Gabin expose à Marcel Péres ce que signifie "tirer", dans un duel avorté au-devant d'un camion (magistral monologue d'une violence rentrée hallucinante), puis nous continuons dans le nirvana avec l'arrivée chez Panama. Delmont est tout simplement phénoménal, peut-être incarne-t-il ici son plus grand rôle. Aimos est égal à lui-même, Tintin de La belle équipe ressuscité. Le Vigan, fabuleusement spectral, comme toujours génial offre cinq minutes inoubliables. Avec Gabin, ils vont nous donner une idée assez précise de ce que doit être un jeu d'acteur, donnant l'impression de ne rien faire, de converser sans la moindre once de théâtralité ou le plus petit début de cabotinage. La tension est là, présente et puis Gabin a faim et le soufflé retombe...Carné ne pourra s'en remettre.
Car dans la pièce où Panama l'emmène se trouve Nelly...Et malheureusement, presque douloureusement, je dois constater que Michèle Morgan n'a pas la carrure pour s'immiscer dans ce panthéon. Accordons-lui la jeunesse, même si l'on connaît des actrices du même âge qui faisaient tout exploser dès leur apparition. Ce décalage va plomber tout le film (d'autant que l'on ne verra presque plus Delmont et Aimos, et plus du tout Le Vigan), amenant le duo Carné/Prévert sur la route d'une romance bien fade. Toutes les scènes du couple sont des tunnels, et Gabin doit déployer tout son génie pour conserver son personnage, face à une Morgan se voulant poétique, mais ne parvenant qu'à surjouer la pureté retrouvée. La preuve en est donnée par sa rencontre avec le médecin du cargo, magnifique Génin (bien oublié, celui-là), où tout à coup la tension remonte et où, délivré de l'aveuglement de l'idylle naissant hors tournage, il redevient le Gabin qui a faim.
Malgré le drame tournant autour des personnages joués par un Michel Simon admirable de sobriété contenue et par un Brasseur volontairement (et superbement) ridiculisé, on ne retrouvera jamais la magie des vingt premières minutes. Faut-il ajouter que Carné rate l'issue fatale, précipitée, et que les mots de Prévert dans la bouche d'un Gabin agonisant ("Embrasse-moi vite, on est pressés...") frisent le ridicule, tout comme la cheminée du cargo répondant au hurlement de Morgan ? Sauf à considérer que la véritable fin est donnée par le chien Kiki, disparaissant dans le brouillard en quête de l'ami perdu...ce qui serait très à sa place dans l'univers de Prévert.
On se souvient de ce film pour l'une de ses répliques les plus oubliables, banales, ne valant que par le cadrage et la lumière qui l'accompagnent ou plutôt l'enjolivent. On s'en souvient pour ce qu'il a de moins remarquable. Rien que pour ses yeux, en quelque sorte...
Alors Carné surévalué ? Non, car s'annonce Hôtel du Nord. Mais avec Jeanson...

 

 

© Franz Muzzano - Juillet 2011. Toute reproduction interdite sans autorisation de l'auteur. Tous droits réservés.

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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 00:39

La presse n'en a rien dit, les sites semblent muets, et pourtant Inès Clouzot a rejoint Henri-Georges au paradis des cinéastes. En toute discrétion. La "grande famille" du Septième Art ne s'est pas déplacée en ce vendredi 4 mars pour l'accompagner à Saint-François-de-Sales. Il faut dire que, poussant la délicatesse jusqu'au bout, elle entrait dans l'église au moment même où cette "famille" conduisait Annie Girardot au Père Lachaise. Comme pour ne pas déranger.
Elle s'est éteinte en regardant le documentaire que Serge Bromberg avait consacré au tournage maudit de L'enfer, présenté à Cannes en 2009 et diffusé sur Canal plus. Non, le hasard n'existe pas, Dieu oublie simplement de signer...

Mais elle n'est pas pour autant partie seule. Une cinquantaine de proches, de vrais amis, ont tout mis en oeuvre pour lui offrir une cérémonie sobre et belle, en invitant Bach, Schubert, Mozart, Fauré et même Gustav Mahler, dont le final de la quatrième symphonie accompagna la bénédiction du corps. Pour que Karajan, si bien filmé par son mari, soit lui aussi présent. Et c'est le père Sylvestre Gainsi, ami de longue date qu'elle avait accueilli à son arrivée en France (elle l'appelait "mon premier enfant noir"...) qui prononça une homélie toute de douceur, de souvenirs souriants et d'espérance. Comme s'il avait voulu paraphraser les mots du Knaben Wunderhorn magnifiés par Edith Mathis :

Wir geniessen die himmlischen Freuden'      Nous goûtons à la volupté céleste
D'rum tun wir das Irdische meiden.             Aussi fuyons-nous ce qui est terrestre
Kein weltlich Getümmel                              On n'entend pas au ciel
Hört man nicht im Himmel !                       Le tumulte du monde !
Lebt alles in sanftester Ruh !                      Tous y vivent dans la paix la plus douce !



 

 

© Franz Muzzano - Mars 2011. Toute reproduction interdite sans autorisation de l'auteur. Tous droits réservés.

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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 23:34

Le concert des louanges va petit à petit s'éteindre, et l'on passera à autre chose. A quelqu'un d'autre. Tous avaient oublié qu'en 1979, Annie Girardot était la plus aimée du public, devant Delon, devant Belmondo, De Funes, Romy, tous. Le cinéma l'avait perdue, elle s'était égarée, l'ami Lelouch la projeta à nouveau dans la lumière. Peut-être un peu trop tard.
Pour la définir, on nous dit qu'elle "représenta la femme française des années 70, libérée, assumant souvent sa solitude dans des personnages réservés aux hommes avec passion, force et conviction". C'est vrai, mais c'est un peu court. On oublie le théâtre (Shakespeare, Marivaux, Molière, Cocteau...). On oublie les fulgurants débuts à l'écran, compositions de femmes presque androgynes face à Gabin, en passant sans les voir sur Hélène du Rouge est mis ou Yvonne de Maigret tend un piège, où elle est pourtant gigantesque. On évoque un peu Rocco...Comme si son histoire d'amour avec le public ne commençait qu'avec Mourir d'aimer...
Il restera donc des grands rôles et des incarnations hallucinantes. Mais il lui manquera toujours quelque chose. Un grand rôle dans un...grand film.
Car on voit l'enseignante, on vit et meurt avec elle. On panique et on se bat avec Françoise Gailland. On est bouleversé par la Thénardier. Mais dans quel cadre ? Cayatte et sa froideur clinique ne nous noie-t-il pas, comme souvent, dans un démonstratif plus lourd que le plomb ? Bertucelli a-t-il un langage cinématographique, une patte, un sixième sens ? Le propos asséné au burin de Boisset, confondant cinéma et tribune, ne nous lasse-t-il pas ? Quant à Lelouch, vrai cinéaste mais souvent par séquences, il la soigne, la magnifie, mais au milieu d'un tourbillon vite lassant pour ne pas dire indigeste.
Immense artiste, Annie Girardot aura manqué les plus grands créateurs de son temps. Elle aura manqué Chabrol, fidèle à Huppert après l'avoir été à Stéphane Audran, leur faisant le cadeau de personnages sublimes dans des films qui l'étaient tout autant. Elle n'aura pas eu, comme Romy, son Sautet. Il faut revenir aux Visconti ou Delannoy de ses débuts pour la voir s'épanouir dans un cadre digne d'elle, ou attendre Haneke, venu trop tard.
On ne pourra oublier la comédienne. Mais on ne pourra que rêver à ce qui aurait pu lui être offert. Son Casque d'or, son Ascenseur pour l'échafaud, son Séraphine, son Madame de...On ne pourra que rêver à son "grand film".



© Franz Muzzano - Mars 2011. Toute reproduction interdite sans autorisation de l'auteur. Tous droits réservés.

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19 février 2011 6 19 /02 /février /2011 00:44

L'Assassinat du Père Noël est surtout connu pour être le premier film produit par la Continental dirigée par Greven. La critique de l'époque, Rebatet en tête, y vit un honnête travail de fantastique alpestre, notant la constance du tandem Christian-Jaque/Pierre Véry dans l'utilisation habile des groupes d'enfants (voir Les disparus de Saint-Agil). Dans son essai remarquable et essentiel, Les écrans de la guerre, Philippe d'Hugues, bénéficiant du recul du temps, se montre moins sévère envers les acteurs que son illustre aîné, qui déplorait l'extrême théâtralité de l'ensemble de la distribution. Comme nous aimerions, aujourd'hui, pouvoir jouir de telles personnalités !

Une dimension du film me semble avoir été négligée. Nous ne la devons pas à Pierre Véry ni à Christian Jaque, mais au scénario et surtout aux dialogues de Charles Spaak. Sur bien des points, il nous montre l'état de la France de 1940, et surtout les raisons qui ont amené la débâcle. Les propos du génial Le Vigan dès le début du film, instituteur libre penseur halluciné, sont on ne peut plus clairs. Il dépasse l'horaire d'une minute, alors que nous sommes au dernier jour de classe avant les vacances. Ses élèves lui en font la remarque et que répond-il à ces gamins au demeurant adorables ? "Depuis le premier jour de la rentrée des classes vous ne pensez qu'à cette minute où vous serez en vacances !". Ce constat qu'il assène est tout simplement celui de la démobilisation morale et physique d'un peuple aveuglé par les chimères de 1936, plongeant dans les congés payés alors que de l'autre côté de Rhin le scénario était inéluctable. La ronde infernale qu'il improvise dans l'auberge n'est rien d'autre qu'une illustration de l'état d'esprit munichois. Et comment ne pas voir dans l'insistance donnée à la semaine de retard de la gendarmerie, errant du nord au sud et d'est en ouest avant de trouver le village, une dénonciation par l'absurde de l'impréparation des troupes françaises et des égarements de leur état-major, les yeux rivés sur l'illusoire ligne Maginot. Les exemples sont nombreux dans cette histoire où tout le monde ment ou se ment, où chacun soupçonne son voisin (annonce du Corbeau) et où le malheureux Harry Baur est obligé de proférer à qui veut bien l'entendre "qu'il n'a pas un nez d'ivrogne", phrase qui sonne pour lui comme un cri de survivant bien fragile.

L'Assassinat... n'est certes pas un manifeste. Il reste avant tout un divertissement joliment ficelé et admirablement interprété (et merveilleusement photographié par le magicien Thirard). Mais ces quelques détails apparaissent trop puissants pour n'être que divagations d'un spectateur cherchant à perforer le fondement des mouches...

Collection Christophe L.

 

© Franz Muzzano - Février 2011. Toute reproduction interdite sans autorisation de l'auteur. Tous droits réservés.

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18 janvier 2011 2 18 /01 /janvier /2011 15:59

Il avait le privilège d'être avec Voltaire l'un des deux seuls écrivains cités par Jacques Brel dans une de ses chansons, ce qui devait bien le faire sourire. Pour nos "grands" media décérébrés, rendre hommage à Jean Dutourd s'est limité, en ce 18 janvier, à parler Académie et Grosses Têtes. Ils auront oublié très vite ce fichu réactionnaire (ô le vilain mot...et pourtant si juste : celui qui réagit) et guetteront la prochaine cible en habit vert ou bouvardesque de la camarde.
Ainsi, Dutourd est parti rejoindre ses copains ronchons en des lieux où l'on peut fumer sa pipe et vider son verre sans risquer l'anathème. Il faut bien admettre que pour lui, côtoyer Quai Conti une Simone Veil ou un Giscard n'avait rien de folichon. Rien "d'épatant", selon son expression favorite. D'autant qu'il était plutôt un survivant depuis le départ de sa tendre Camille, épousée en 1942 et qui l'accompagna plus de soixante années. Alors bon, suivons la trace de la chère Jacqueline de Romilly, et allons voir là-haut si les cuistres n'y sont pas.
Il fut un temps critique de cinéma, et garda toujours un oeil gourmand sur ce qu'offrait le septième art. Ainsi, en mars 2009, il avait apporté sa contribution au Libre Journal du Cinéma sur Radio Courtoisie en donnant, comme plus de cent personnalités venues de tous horizons, une liste de ses films préférés. Je vous la reproduis :
Deux Lubitsch : If i had a million et Ninotchka.
Deux Guitry : Faisons un rêve et Mon père avait raison.
Clouzot : Quai des orfèvres.
Korda/Pagnol : Marius.
Fellini : Lo sceicco bianco.
Hitchcock : The lady vanishes.
Visconti : Il gattopardo.
Scola : Una giornata particulare.
Allen : Broadway Danny Rose.
Et...Le Père Noël est une ordure.

Joli mélange de sourire et de hauteur de vue, de légèreté et de profondeur, et pirouette finale bien à l'image du "vieux Jeannot".

Le lire ou le relire nous fait du bien aux yeux, alors allons donc flâner du côté de Pluche ou l'amour de l'art ou du Feld Maréchal von Bonaparte. Et surtout sans la moindre once de modération.

© Franz Muzzano - Janvier 2011. Toute reproduction interdite sans autorisation de l'auteur. Tous droits réservés.

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 23:30

Après avoir revu le bien beau Deliverance, j'ai consulté les critiques les plus récentes postées sur AlloCiné. Je ne m'étendrai pas sur le nombre d'étoiles accordées, un film appartient à celui qui le regarde. Mais une idée revient souvent, qui me fait quelque peu sortir de mes gonds : la mise en scène aurait vieilli, voire serait datée...

 

                                                                                                           .                                                              
Ainsi, certains croient encore à la notion de "progrès" en art. Sous prétexte d'évolutions technologiques permettant tous les effets, spéciaux ou non, une réalisation de 1972 serait comme obsolète. Le sens de l'Histoire propagerait donc sa gangrène dans les oeuvres d'art...Poussons alors les feux jusqu'au plus fort de l'incandescence. Schubert, Beethoven ou Brahms composaient selon des règles tonales bien définies, même s'ils les sublimaient : datés. Balzac, Flaubert, Proust nous créaient un monde romanesque dans une langue ignorant l'élision, le verlan ou le style SMS : vieillis, ne les lisons pas. Plus un peintre aujourd'hui n'expose de toiles influencées par Rembrandt ou Vermeer, boudons Amsterdam et sa poussière.
Et applaudissons Koons défigurant Versailles sous l'oeil amoureux d'un Aillagon cassant notre tirelire. En feignant d'ignorer que, très vite, le montreur de homard en plastique sera tombé dans un oubli duquel il n'aurait jamais dû sortir, quand la Galerie des Glaces continuera de briller de toutes ses splendeurs.
Comparaison n'est pas raison ? Peut-être. Mais admettons une fois pour toutes que les termes "vieillis" ou "datés" peuvent à la rigueur s'appliquer à un propos, à un discours, pas à un regard ou à une mise en scène. Cette dernière est simplement bonne, travaillée, choisie, cohérente, impose une atmosphère et un climat, ou bien ratée, anachronique, vide de tout oeil cinématographique, en un mot mauvaise. Chacun pourra alors placer Deliverance dans l'une ou l'autre catégorie. Mais vieillie et datée, non. Ou alors, Avatar fut daté dès sa sortie en salle, parce que cherchant à flatter la mode et l'air du temps, cet air où seules volent les feuilles mortes. Et méditons ces mots de Chesterton : "Nous ne modifions pas le réel pour l'adapter à l'idéal, nous modifions l'idéal. C'est plus facile..." (G.K. Chesterton : Orthodoxie).


© Franz Muzzano - Janvier 2011. Toute reproduction interdite sans autorisation de l'auteur. Tous droits réservés.

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8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 17:40

"Vrai" marquis titré par la Couronne d'Espagne, Jean-Paul Chayrigues de Olmetta est peut-être d'abord un fier montmartrois, grand piéton de Paris devant l'Eternel. Entre autres activités, il fut longtemps Contrôleur de la Société des Auteurs dramatiques.
Il vient de publier son Almanach du Marquis 2010 (éditions Via Romana, 5, rue du Maréchal Joffre, 78000 Versailles), troisième volume d'un journal commencé en 2008.
Récits de voyages, propos de table (qui nous permettent de connaître quelques bonnes adresses, ou de fuir certaines autres...) et propos impertinents relatant ses sorties dans le "monde" sont distillés avec un humour souvent décapant. Mais il est aussi un homme qui ne craint pas de nous confier, avec une grande pudeur, ses émotions d'une manière souvent poignante. Pour lui, l'expression "fidèle en amitié" n'est en rien une formule.
Ce cher marquis ne se contente pas de dîner en ville, il va au cinéma, la plupart du temps seul et en...payant sa place. Chacun des trois volumes est émaillé de critiques qui peuvent être aussi tendres que redoutablement assassines. Surtout, sa connaissance de l'univers du spectacle lui permet de nous conter une multitude d'anecdotes sur des comédiens dont parfois il fut proche. Un très joli portrait de Jean Marais se trouve dans l'édition 2008, un autre est consacré à Jean Gabin dans le crû 2009. Le dernier volume paru nous offre, entre autres, une très belle évocation du cinéma Gaumont Palace dont il connaissait à peu près chaque fauteuil.
On y découvrira aussi quelques hommages rendus à des personnes disparues qui furent ses amis. Pour certains, il comble ainsi un vide que la grande presse a (volontairement ?) laissé se creuser : Remo Forlani est ainsi justement honoré, tout comme Dominique Zardi, personnalité aux multiples talents, qui ne fut pas seulement une "gueule" pour Mocky et Chabrol, ou "le type qu'on voit dans tous les fils des années 70/80 mais qu'on sait jamais comment y s'appelle".

On s'amuse et on apprend quantité de choses. Si j'ajoute que la plume est celle d'un grand styliste, et qu'on y cherchera en vain le moindre barbarisme ou la plus petite concession au pauvre langage polluant nos media, il sera entendu que je conseille fortement la lecture de ces pages.

 

 

 

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Présentation

  • : Les Chroniques de Franz Muzzano
  • : Écrivain, musicien et diplômé d'Histoire de la Musique, j'ai la chance, depuis plus de 40 ans, de fréquenter les salles de concerts et les maisons d'opéras, et souvent aussi leurs coulisses. J'ai pu y rencontrer quantité d'artistes, des plus grands aux plus méconnus. Tous m'ont appris une chose : une passion n'a de valeur que si elle se partage. Partage que je vais tenter de vous transmettre à travers ces chroniques qui relateront les productions que j'ai pu voir ou entendre (l'art lyrique y tenant une grande place). Mais aussi les disques qui ont contribué à me former, tout comme les nouveautés qui me paraîtront marquantes (en bien ou en mal). J'évoquerai aussi certaines grandes figures du passé, que notre époque polluée par les "modes" a parfois totalement oubliées. Je vous proposerai aussi des réflexions sur des aspects plus généraux de la vie musicale. Tout cela dans un grand souci d'impartialité, mais en assumant une subjectivité revendiquée. Certaines chroniques pourront donc donner lieu à des échanges, des débats contradictoires, voire des affrontements qui pourront être virulents. Tant que nous resterons dans la courtoisie, les commentaires sont là pour ça. Et vous êtes les bienvenus pour y trouver matière à vous exprimer. En n'oubliant jamais que la musique n'est rien sans les artistes qui la font vivre et qui nous l'offrent. Car je fais mienne la phrase de Paul Valéry : "Aujourd'hui, nous n'avons plus besoin d'artistes. Mais nous avons besoin de gens qui ont besoin d'artistes".
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