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12 novembre 2013 2 12 /11 /novembre /2013 00:35

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Patricia Racette.

 

Déjà, je voudrais m'excuser auprès des dizaines de furies déchaînées qui m'ont condamné à mort suite à mes précédents articles concernant "Il Divo", je ne vais pas ici me placer dans le peloton d'exécution fusillant Mario avec de vraies balles. En d'autres termes, si ces dames ayant un orgasme à chaque fois que leur petit chouchou annonce qu'il a bu un café se disent "tiens, il va encore oser nous flinguer notre idole", elles en seront pour leurs frais. Désolé, je ne vais pas dire de mal de Roberto Alagna. Enfin, pas trop...

 

Parenthèse...Si vous êtes inscrits sur facebook, allez donc faire un tour sur sa page, administrée, si j'ai bien tout compris, par sa soeur. Je pense que si ce réseau social avait existé à l'époque où Claude François sévissait encore, nous aurions pu lire à peu près les mêmes commentaires. Quel que soit le statut posté, nous avons droit à une déferlante de propos énamourés, donnant à penser que la star incarne seule la quintessence de l'art lyrique, que chaque prestation du ténor pulvérise tout ce qui a pu exister avant lui, que ses collègues osant interpréter les mêmes rôles ne sont que des nains, et je reste en-dessous de la réalité. Si la chemise tachée de sang de Mario est mise aux enchères sur cette page, je prévois une émeute, une rixe à coups de talons aiguilles et un crépage de chignons qui feront date, faisant passer la Beatlemania pour une gentille fête de fin d'année à l'école primaire d'un village creusois. N'essayez même pas d'émettre une simple critique objective, du genre "êtes vous bien certaines que ce rôle est pour lui ?", la censure veille ! Vous serez dans la minute interdit à vie de toute intervention, mais vous pourrez toujours vous amuser à lire le flot ininterrompu de louanges provoqué par chaque nouvelle photo, ou chaque annonce du calendrier à venir. Je sais de quoi je parle, j'ai subi cet horrible affront. E rido ancor ! E rido ancor !

 

Parenthèse fermée...

 

Lors donc, le Met reprend la production signée Luc Bondy, datant de 2009, avec une équipe en grande partie renouvelée. Cette mise en scène avait été très mal accueillie en son temps, en grande partie parce qu'elle se situait aux antipodes de la précédente, signée Zeffirelli, qui avait été donnée durant plus de vingt ans. Pas de quoi hurler à l'anathème pourtant, il a été proposé bien pire. Certes, le tableau de Marie-Madeleine/Attavanti est kitsch au possible, et l'antre de Scarpia hébergeant pour un temps quelques putes venues tout droit du bordel du coin pour calmer les ardeurs du sympathique chef de la police locale est plus une provocation gratuite qu'autre chose. La "tradition" des chandeliers est omise, il est d'usage aujourd'hui de négliger la réelle piété de Tosca. Mais, et ce n'est en rien une surprise, les décors de Peduzzi sont toujours aussi somptueux, en particulier la prédominance d'un rouge très violent au II, culminant dans un sanglant assaut final transformant la cantatrice en égorgeuse de cochon.

 

En revanche, le souci de cette mise en scène vient d'une direction d'acteurs visiblement trop contraignante. Est-il judicieux de faire apparaître Scarpia au I si haut, presque dans les cintres, rendant impossible la projection d'Un tal baccan in chiesa ! De même, la pauvre Tosca, une fois le crime commis, hésite à se jeter par la fenêtre du bureau, sans vraiment trop savoir pourquoi, après s'être regardée dans un miroir, là aussi sans raison valable. Mais que dire de la toute fin, où la même apparaît perdue dans l'escalier menant au sommet du Château Saint-Ange...Je saute à gauche...à droite ? Où est le vide ? Pour finalement se jeter sur le dernier accord, au moment où le noir se fait, ne montrant que sa chute. Réglage au millimètre demandant à l'interprète de se caler parfaitement, et interdisant tout "naturel" à son geste. Tous les chanteurs ont paru mal à l'aise, cherchant leur place à de nombreux moments. Surtout qu'en plus, ils devaient aussi (et surtout) faire avec un chef qui, audiblement, ne se trouvait pas dans le même théâtre.

 

Riccardo Frizza est loin d'être un novice sur les scènes lyriques. Naples, Pesaro, Paris pour Cenerentola ont pu l'entendre, et il dirige fréquemment à San Francisco. Son Armida au Met avait été saluée. Alors Tosca, qui est loin d'être l'ouvrage le plus compliqué à conduire, n'aurait pas dû poser problème. Sauf que pour cela, il faut à la fois écouter le plateau, et ne pas dormir sur son podium. La question de la lenteur d'un tempo n'est pas en soi un souci, voir par exemple ce que Gatti avait proposé dans Parsifal la saison passée : un record de durée, mais à aucun moment une sensation de lenteur n'affectait l'auditeur tant il y avait de vie dans sa direction. Avec Frizza, les tempi ne sont pas particulièrement lents, mais la lourdeur, la pesanteur même de sa lecture en donnent le sentiment. Rien n'avance, à aucun moment la phrase n'est relancée et on hésite entre deux possibilités : soit il court après le plateau, qui donc l'attend, soit il ne l'écoute pas. Résultat sans appel, des flottements dans l'affrontement du II étaient inévitables, et n'ont pas été évités. Là où le combat Scarpia/Tosca doit être irrespirable, il devient presque "conversation polie", chacun s'assurant que l'autre a bien terminé sa phrase, et que l'orchestre est là, présent au juste moment. Avec un tel chef, gloire aux chanteurs de parvenir à donner de la vie à tout ce deuxième acte, même si l'action apparaît du coup trop souvent exagérément surchargée. Trop dirigés scéniquement, et trop mal musicalement, les chanteurs se trouvent donc dans l'obligation de parer au plus urgent, et c'est ainsi que l'on ne décollle jamais du premier degré.

 

 

 

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George Gagnidze.

 

 

Superbement ignoré par Frizza, George Gagnidze parvient à être tout de même un magnifique Scarpia, accomplissant de véritables prouesses pour simplement "passer la rampe" au I, tant le chef semble avoir envie de vouloir se faire entendre jusqu'à San Francisco. Le Te Deum, éprouvant pour tous les chanteurs, devient ici quelque chose tenant plus d'une discipline olympique que du chant. Il semblera d'ailleurs, à l'entracte, passablement énervé en répondant à Renée Fleming, maîtresse de cérémonie de la retransmission de ce 9 novembre. Oh, pas de façon ostensible, non, le Monsieur sait se tenir ! Mais cette montagne au tempérament bonhomme ne trouva rien d'autre à répondre que "dans cette production, à la fin de cet acte, Scarpia doit être un heldenbaryton", qui en dit long sur ce qu'il pensait du traitement que lui avait infligé le chef. Mais c'est au II que l'on a pu se rendre compte de toute la subtilité de son interprétation, servie par une voix sans faille, toujours cherchant à "chanter" même les passages les plus exaltés (obligé tout de même, par la faute de Frizza, d'omettre le dernier Mia ! Mia ! avant que le tambour ne se fasse entendre au loin...Peu auraient réussi à le placer). Ne surjouant jamais, considérant à juste titre que la méchanceté se trouve dans le texte et la partition, il domine la distribution de toute sa classe, et j'attends avec impatience de l'entendre à nouveau, mais cette fois accompagné par un vrai chef lyrique.

 

Le cas de Patricia Racette est plus difficile à évoquer. À quarante-huit ans, elle a derrière elle un répertoire où l'on retrouve Violetta, Desdemona, Cio Cio San, Mimi...bref, de purs rôles de soprano. Mais ce qu'on entend est alors très inquiétant. Le matériau vocal est là, gigantesque, mais dès le haut-medium la voix commence à bouger dangereusement, pour ne plus être réellement contrôlée dans l'aigu, où son vibrato est à la limite du supportable. Et surtout, la justesse est plus qu'aléatoire dans les notes extrêmes, à l'image d'un Vissi d'arte douloureux, dans le mauvais sens du terme. Justesse qui l'abandonne bien trop souvent au III, en particulier dans l'ultime O Scarpia, avanti a Dio ! qu'elle juge d'ailleurs préférable de ne pas tenir. Et je me demande encore par quel miracle le terrifiant ut de Io quella lama gli plantai nel cor...a pu sortir sans accident. Mais, en revanche, ses graves et son medium sont riches et pleins, le vibrato y est parfaitement maîtrisé...Alors, technique insuffisante ou possible virage vers des rôles de mezzo ? Il ne semble pas que son programme ne l'annonce. Reste que plus d'une fois on serre les dents, et que le moins que l'on puisse dire est qu'à aucun moment elle ne paraît sereine, ni confortablement installée dans son personnage. De plus, elle surjoue toutes les situations, semblant nous dire "regardez comme je suis jalouse, comme je suis amoureuse, comme j'ai peur, comme je suis en colère, comme je craque avec un couteau en main...". Choix du metteur en scène faisant d'elle une cantatrice jusque dans la vie réelle ? Rien n'est moins sûr...Une déception, qui recueille pourtant un accueil triomphal du public du Met. Et quand on sait que les représentations de décembre verront Sondra Radvanovsky enfiler la robe rouge, aux côtés de Marcello Giordani, on regrette que ce soit cette distribution qui ait été choisie pour être mondialement diffusée.

 

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Patricia Racette, Roberto Alagna.

 

Et donc, il faut bien en venir à Roberto Alagna. Disons-le tout de suite, il obtient un triomphe au rideau final (et une ovation après ses deux airs), qui si elle peut sembler un peu exagérée, n'est en rien usurpée. Cavaradossi, il connaît, il en a "vendu" un certain nombre. De plus, mis à part un ou deux pièges, c'est loin d'être le rôle le plus périlleux du répertoire. Il se sort de ces difficultés, La vita mi costasse, mi salvero ! passant (très) en force, tout comme le Vittoria ! du II. Et les deux "tubes" sont donnés sans génie mais sans accroc, avec même un très beau final diminuendo dans Recondita armonia. Mais le problème, entre autres, est que cette nuance sera la seule de toute la soirée. La seule réussie, s'entend, car il tente bien de chanter piano dans ses duos avec Tosca, mais y renonce très vite. Il ne propose qu'une seule couleur, et navigue perpétuellement dans un mezzo-forte/forte qui peut apparaître comme une sécurité, sauf lorsqu'on se souvient qu'il tombait dans le même travers à Orange en 2010. Alors oui, avec un tel choix d'émission, il ne prend aucun risque mais, quoi qu'il puisse en dire à Renée Fleming, son personnage n'a plus aucun relief. Il prétend changer le caractère de Mario chaque soir (ce qui est pour le moins inconfortable pour ses partenaires...), mais le souci est que ce caractère, on le cherche désespérément.

 

Mais il y a plus grave, à mon sens. Oui, toutes les notes sont là, la partition est respectée, il "chante" vraiment, on n'a pas peur pour lui. Mais où est passé son timbre solaire, ce timbre qui était le sien il n'y a pas si longtemps ? Cette couleur unique que l'on entend durant toutes ses interventions n'est pas seulement due à un manque de nuances. Ses fameux aigus ouverts, solaires, parfois même donnés paradoxalement un petit peu trop haut, sont devenus couverts, et la richesse harmonique qui le caractérisait a totalement disparu. Est-ce dû à une excessive prudence, ou à la façon dont il pense sa carrière aujourd'hui ? On écoute Cavaradossi, on entend un excellent chanteur de variété qui n'aurait pas besoin de micro, en aucun cas un spinto lumineux, comme il le fut naguère. L'ennui est que cela peut fonctionner dans ce rôle-là, mais dans à peu près aucun autre de son répertoire actuel. Et si ce changement de technique, privilégiant la projection "en force" et couvrant les aigus, est sa façon de préparer les rôles qu'il veut chanter (Otello, mais aussi Éléazar et Samson...), je doute fort que le calcul soit le bon. Son approche d'Otello est d'ailleurs douteuse : il dit sans rire qu'il veut essayer, que c'est un challenge et que s'il ne tente pas, il ne saura pas. En soi, c'est une vraie démarche d'artiste. Mais comment va-t-il "essayer" ? Avec un concert d'extraits donné au Théâtre des Champs Élysées, qui précédera Orange. J'ignore comment sera construit ce concert, et quels extraits seront choisis. Mais soit il n'y inclut pas les passages les plus périlleux (Esultate ! ou Dio, mi potevi...) et alors il ne "saura" pas, soit il les tente et en cas d'échec, comment abordera-t-il Orange ? Dans les deux cas, le public du Théâtre Antique va se retrouver dans la situation d'espérer que le raté de Calaf ne se reproduise pas, sans garantie aucune. Et je crains qu'avec ces choix de technique d'émission entendus dans Cavaradossi, il ne fasse fausse route...

 

Le sourire de la soirée est tout de même venu de son interview avec Renée Fleming, à qui il rappelait qu'ils avaient chanté ensemble un Requiem de Verdi. Et visiblement, elle n'en avait aucun souvenir !

 

Mais bon, il est content de lui, proclame partout qu'il vit une renaissance, promène son ego (il en faut) surdimensionné (c'est déjà plus ennuyeux...) dans les coulisses du Met...Tout va bien. Nous verrons...

 

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Roberto Alagna.

 

Pour une fois, les seconds rôles, qui font souvent la richesse du Met, étaient assez décevants, à l'image du vétéran John Del Carlo en sacristain, débonnaire et sympathique, mais fâché avec la justesse dès ses premières notes. Une Tosca routinière, sans moment fort, où tout fut à prendre au premier degré, mais qui obtint pourtant les faveurs du public. Un chef un peu plus concerné, une autre soprano, l'Alagna d'il y a dix ans auraient côtoyé le même Scarpia, la soirée aurait pu être belle. Mais voilà, la surface a gagné ce que l'essence de l'oeuvre y a perdu. C'est ainsi...

 

 

© Franz Muzzano - Novembre 2013. Toute reproduction interdite sans autorisation de l'auteur. Tous droits réservés.

 

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Published by Franz Muzzano - dans Opéra : L'oreille de Franz
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commentaires

Did63 22/08/2015 16:59

j'ai visionné sur Youtube des extraits de cet opéra donné avec les artistes dont vous commentez la prestation. A vous lire, je m'attendais à une catastrophe. La dame Racette, que je ne connais pas par ailleurs, ne démérite pas : son vici d'arte ne restera pas dans les annales, mais je trouve qu'elle s'en sort bien. Vous avez été un peu sévère avec elle. J'ai écouté dans la foulée l'interprétation de Radvanovsky et elle m'a paru supérieure. Sur Alagna, dans les extraits que j'ai écoutés, je ne l'ai pas trouvé mauvais. Certes, la voix n'est plus ce qu'elle était. Mais tous les ténors sont conduits à la déchéance avec l'âge car les rôles sont usants. Peu ont su gérer leur carrière. Gérer sa carrière signifie savoir choisir ses rôles (chantez avec la voix que vous avez et non avec celle que vous voudriez avoir, disait Simmoneau), mais aussi ne pas s'aventurer pas trop loin. Mais comment résister à l'appel du répertoire qui offre tant de rôles envoûtants que tous les ténors veulent chanter...quitte à se brûler. Ils ont tous pêché par orgueil et personne ne les en blâmera. Othello n'est pas un rôle pour Alagna, ni la Juive, ni l'Africaine ; son Manrico à Orange a été poussif et sa Pira bien pâle. Où était le contre-ut éclatant ? A propos, à quand votre commentaire sur le ténor français qui a été si adulé par le public mais si éreinté par la critique : Tony Poncet.

Franz Muzzano 22/08/2015 18:19

La suite de la carrière d'Alagna nous a donné tort à tous les deux, et après un Otello sur lequel j'ai été sévère (voir ma critique à ce sujet), sa saison 2014/2015 s'est apparentée à un sans faute : Don Carlo, Roméo (version concert), Werther, Don José, et les sommets atteints par Rodrigue et Lancelot. Quant à son Manrico, je vous invite à lire mon compte-rendu qui ne s'arrête pas à cette seule "Pira". Donc, ne préjugeons pas de Son Eléazar et de son Vasco à venir, dans lesquels je pense qu'il sera tout à fait à sa place. De même, Otello et Calaf sont à nouveau programmés, la saison suivante je crois, et là encore il faut lui faire confiance. Concernant Racette, je parlais de la totalité de son interprétation, pas d'extraits.
Je ne pense pas consacrer d'article à Tony Poncet dans l'immédiat, ne l'ayant jamais entendu sur scène. En revanche, il est possible que je l'évoque au travers d'une autre chronique, ce sera en fonction de l'oeuvre ou de l'artiste dont je parlerai.

ADAM HELENE 03/06/2014 23:36

Bonsoir Franz
Je lis ce papier avec un retard fort coupable, les "passions" (fort limitées au demeurant) étant retombées, je m'en amuse en espérant ne pas, à mon tour, attirer trop de foudres. J'aime bien le jeune Alagna, je l'avoue, belle voix, jolie fougue, élans ensoleillés etc etc. Aujourd'hui, il y a effectivement des ratés et des choses pas mal aussi (son Werther à la Bastille était honnête.. si Jonas Kaufmann ne l'avait pas définitivement immortalisé à un niveau inatteignable...). Il tourne un peu toujours sur les mêmes rôles (Don José, cavaradossi, Werther et retour). Il n'a plus suffisamment la cote pour choisir ses partenaires et vient de se faire six représentations de la Tosca avec une Oksana Dyka à chasser des plateaux d'opéra et un remplaçant de Thomas Hampson (qui s'est fait porter pâle), dont j'ai oublié le nom mais qui a réussi à blesser Alagna... le seul bon chanteur de la distribution d'après les articles britanniques (c'était au ROH). Alors j'attends les extraits d' Otello (à Pleyel !) pour voir ce que ça donne. Le programme annonce pas mal des grands airs de l'opéra de Verdi. ON verra... Il s'est dit à Berlin que son Enée n'était pas mal du tout mais je n'en ai rien entendu.

Franz Muzzano 04/06/2014 00:03

Bonsoir Hélène !

Enfin un commentaire intelligent sur cet article (je sais que vous auriez pu être en désaccord total avec moi, vous l'auriez fait avec des arguments, vous...). Absolument d'accord avec vous sur les 3 rôles qu'il fait tourner en ce moment. Il y est bon (je l'ai dit pour Werther, même si à mon sens il y met une insouciance dans la première partie qui est un contre-sens), et je dis bien ici que son Mario est tout à fait honorable. Même chose pour Don José. Mais là encore, 3 rôles "accaparés" par Kaufmann...même si nous ne sommes pas dans une compétition.

Quant à Otello...je tenterai ma chance le soir même, n'ayant pas eu de place correspondant à mes moyens (je précise cela pour ceux qui penseraient que je suis invité...Non, je paye mes places !). Avec une question : vu ce qu'il manque dans les extraits proposés, quelle sera sa réelle préparation pour Orange ?
Pour Énée, j'ai entendu des extraits de Berlin...c'est passé au forceps.

Amitiés :)

H. Savinien 14/11/2013 01:23



Monsieur vous n'en finissez plus d'annoncer la fin de Roberto Alagna, d'inventer le scenario du déclin que vous attendez tant de vos voeux, de chercher des failles imaginaires dans le maigre
espace que ses prestations peuvent bien vous laisser, sous peine de rendre votre mauvaise foi trop éclatante. Mais voilà, peine perdue. Roberto Alagna triomphe en Mario. Il déploit la technique
qui convient parfaitement au rôle. Il ravit des milliers de spectateurs dans le monde, y compris les plus mélomanes d'entre eux, lors d'une retransmission en mondovision des plus réussies,
exercice complexe dont il maîtrise remarquablement les pièges.

Roberto Alagna triomphe et conquiert un public de plus en plus large, et il ne vous reste que votre amertume pour juger à sa place de la façon dont il aurait dû ou devrait mener sa carrière,
choisir ses rôles futurs, aborder ses prochains challenges. Quelle est donc votre compétence Monsieur, pour ainsi ironiser sans cesse, et ressasser, c'est lassant, que Roberto Alagna n'est plus
ce qu'il était et ne sera pas à la hauteur de ses choix artistiques à venir ? Qu'avez vous réalisé de votre côté pour être si sûr de votre pertinence, et par votre condescendance feinte si
méprisant de ceux qui entendent le talent du ténor ?

Lorsque ce n'est pas la prestation sur scène que vous pouvez critiquer, vous allez chercher ailleurs, jusqu'à, entre autres, la soi-disante mémoire défaillante de Mme Flemming, hors sujet.
D'autres, plus constructifs, préfèreront se réjouir de la longévité du succès du ténor français et l'encourager dans ses choix actuels et prochains qui somme toute n'ont rien d'extravagant à son
niveau et à ce stade de sa carrière. 

La couleur, les nuances, l'ardeur, l'énergie, vous ne les entendez ni ne les voyez, très bien. Des dizaines d'autres critiques les ont relevés légitimement. La générosité, le courage, les défis
techniques relevés, vous ne savez pas les reconnaître, chez M. Alagna comme chez bon nombre des autres artistes que vous n'épargnez pas davantage, la notion d'humilité vous est-elle à ce point
étrangère ?

Face à des bloggers de votre espèce, ce n'est pas son égo que M. Alagna se doit de promener dans les coulisses des théâtres. C'est plutôt toute sa foi. Sa foi en son art et sa passion qu'il sert
fidèlement et brillamment depuis près de 30 ans, et qu'il partagera encore longtemps avec le plus grand nombre, ne vous en déplaise.

Franz Muzzano 14/11/2013 14:40



Je pourrais reprendre un par un vos arguments, mais ce serait par trop fastidieux. Au moins, vous avez pris la peine de lire. Mal, mais tout de même, par rapport à d'autres, on progresse.


Mais pourtant, deux ou trois points : ce n'est pas moi qui invente un certain nombre de faits bien réels : L'attitude à la Scala dans Radames, son inconséquence lors des répétitions de Faust à
Bastille, le second Calaf escamoté pour assurer "la" note, la préparation insuffisante de Chénier à l'Avery Fischer Hall...sont-elles des marques de respect du public ?


Quelle est ma compétence ? J'ignore quelle est la vôtre, mais j'affirme que comme il n'est pas nécessaire de savoir dessiner pour apprécier un tableau, il n'est pas demandé à l'auditeur de savoir
chanter pour constater l'effet que lui provoque une prestation. 35 années de fréquentation de la scène lyrique me donnent un certain recul. Et vous remarquerez que dans cet article je ne massacre
pas Roberto Alagna. Je donne simplement mon sentiment quant à ce qu'il a provoqué chez moi. Dans la présentation de ce blog, je me définis comme subjectif, et je le revendique.


Quant aux "autres artistes", chez qui je ne saurais pas reconnaître les qualités, lisez ce que j'écris sur Onéguine, Parsifal, Maria Stuarda...pour ne parler que des productions du Met. Vous
verrez que l'aigreur ne m'habite pas. Si ce blog avait existé lors de son Don José d'Orange, l'article aurait été très élogieux.


Mais je constate une fois de plus que, même avec bienveillance, on ne peut pas ne serait-ce qu'égratigner l'idole sans que les chiens de garde ne sortent de leur niche...Avec des fans comme vous,
il peut en toute tranquillité continuer à malmener une voix qui, à ses débuts, était un joyau. Continuez à l'encourager aveuglément dans ses choix suicidaires, vous serez, au final, beaucoup plus
responsables que moi des conséquences probables...


 



Franz Muzzano 14/11/2013 00:56


Admirable commentaire, cher Lemaître ! Dans l'art de la nuance, vous êtes incomparable. Rien ne trouve grâce à mes yeux ? Vous avez lu ce que je dis de Scarpia ? Mais suis-je bête...J'ai le
malheur de ne pas m'agenouiller devant la statue alagnesque, en ne considérant pas chaque note qu'il émet comme le diamant récemment vendu à Genève. Mais par rapport à ce que j'ai pu en dire dans
d'autres articles, je me trouve plutôt gentil avec lui. Non, je n'ai pas aimé cette production, je ne l'ai pas détestée non plus. Devrais-je me taire ? Un critique n'est-il là que pour suivre la
foule ? Jamais je ne dirai que 3800 spectateurs heureux sont des cons, comme vous me l'attribuez (sans m'avoir lu, probablement), mais j'ai le droit, me semble-t-il de percevoir différemment les
prestations des artistes (que par ailleurs je respecte toujours...quand ils sont respectables et là, Alagna le fut, ce qui n'a pas toujours été le cas). Quant à l'unanimité des critiques, si vous
ne prenez en compte que celles reprises par votre cher ténor, vous êtes effectivement au nirvana. Mais si vous avez un petit peu la curiosité de regarder ailleurs, vous verrez que d'autres ont
partagé mon sentiment. Revenez quand vous voulez, c'est tellement bon de rire !

lemaitre 13/11/2013 23:19


Dans le genre ego surdimensionné, Je pense qu'Alagna est un enfant de choeur et est battu à plate couture par le vôtre et par votre critique... Rien ne trouvant grâce à vos yeux.. Alors
que 3800 personnes qui ont payé leur place bons et cher et auraient le droit de même huer s'ils n'étaient pas content de la marchandise... Donc si je vous comprends bien il y a 3800
cons à ajouter à une dizaine de critiques allant toutes dans le même sens...La qualité du spectacle et des artistes... Vous devez, à mon avis, être le ténor incompris de
ce siècle et même du siècle dernier, une sorte de pauvre type qui s'est essayé au chant et qui n'ayant pas réussi à placer une note a décidé de démolir tout et tout le monde. Vous n'êtes pas
un critique vous n'êtes pas un artiste... Un critique à le respect du travail des artistes qui font l'un des métiers les plus difficiles... et un artiste à l'humilité de ne jamais juger les
autres, sachant qu'il risque de ne plus chanter en une fraction de seconde...  En fait, Franz Muzzano vous êtes un rien du tout...

Présentation

  • : Les Chroniques de Franz Muzzano
  • : Écrivain, musicien et diplômé d'Histoire de la Musique, j'ai la chance, depuis plus de 40 ans, de fréquenter les salles de concerts et les maisons d'opéras, et souvent aussi leurs coulisses. J'ai pu y rencontrer quantité d'artistes, des plus grands aux plus méconnus. Tous m'ont appris une chose : une passion n'a de valeur que si elle se partage. Partage que je vais tenter de vous transmettre à travers ces chroniques qui relateront les productions que j'ai pu voir ou entendre (l'art lyrique y tenant une grande place). Mais aussi les disques qui ont contribué à me former, tout comme les nouveautés qui me paraîtront marquantes (en bien ou en mal). J'évoquerai aussi certaines grandes figures du passé, que notre époque polluée par les "modes" a parfois totalement oubliées. Je vous proposerai aussi des réflexions sur des aspects plus généraux de la vie musicale. Tout cela dans un grand souci d'impartialité, mais en assumant une subjectivité revendiquée. Certaines chroniques pourront donc donner lieu à des échanges, des débats contradictoires, voire des affrontements qui pourront être virulents. Tant que nous resterons dans la courtoisie, les commentaires sont là pour ça. Et vous êtes les bienvenus pour y trouver matière à vous exprimer. En n'oubliant jamais que la musique n'est rien sans les artistes qui la font vivre et qui nous l'offrent. Car je fais mienne la phrase de Paul Valéry : "Aujourd'hui, nous n'avons plus besoin d'artistes. Mais nous avons besoin de gens qui ont besoin d'artistes".
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