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7 mars 2013 4 07 /03 /mars /2013 23:46

Tosca est probablement l'une des oeuvres les plus aisées à monter pour une maison d'opéra, à partir du moment où l'on dispose de trois chanteurs qui connaissent leur affaire. Sorte de "mélo" historique, c'est une pièce "primaire" en ce sens qu'il ne faut pas y chercher autre chose que l'histoire très basique qu'elle raconte. Ce qui en fait la force, irrésistible, est que Puccini a parfaitement dosé l'évolution du drame, offrant une partition où TOUT est écrit. Les musiciens n'ont qu'à se laisser faire et la magie s'installe, on est pris au ventre. Et même si les chanteurs sont simplement moyens, même si tel ou tel rate son "grand air", la "situation" suffit à installer la tragédie. En d'autres terme, Tosca est inratable...

 

Je le croyais jusqu'à ce soir. J'ai entendu bien des productions de cette oeuvre où un protagoniste était défaillant, vu des mises en scène calamiteuses, il restait toujours la flamme de la musique. En ce 23 octobre, Marco Berti, le ténor, était quelque peu défaillant. Pas grave, ça arrive. Martina Serafin, Tosca, a la voix du rôle et ne montre aucune fatigue. Certes, son vibrato est bien large, mais c'est loin d'être la seule. Sergey Murzaev, Scarpia, est un très grand chanteur, dégustant son texte avec une jubilation magnifique, presque même trop "beau" vocalement pour le rôle. Tito Gobbi disait qu'à la fin du II, le public devait haïr Scarpia. Là, on en arrive presque à aimer le personnage. Pas grave non plus, il a eu d'illustres prédécesseurs ayant le même défaut. Alors où est le problème ?

 

Il est simple...Durant 2 heures et 5 minutes, il ne se passe rien. On écoute, on voit mais jamais on n'entre dans le drame...parce que le drame est inexistant. Probablement à cause du chef, Paolo Carignani, qui annone sa partition et contamine le plateau. Deux moments sont tout de même superbes, mais ne durant que quelques secondes : Le "Ebbene ?" de Scarpia qui croit avoir gagné, et la découverte par Tosca que Mario est bien mort. Et comme par hasard, ces deux moments sont chantés...a capella ! Oui, un exploit a été réalisé ce soir à Bastille : laisser l'auditeur de Tosca de marbre...

 

 

 

© Franz Muzzano - Octobre 2012. Toute reproduction interdite sans autorisation de l'auteur. Tous droits réservés.

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commentaires

HELENE ADAM 08/10/2014 22:55

Je n'avais pas vu votre commentaire mais j'avais vu cette Tosca (avec Pirgu à la place de Berti, il est plus jeune, et sans doute plus émouvant, j'ai vu Berti depuis dans la Fanciulla et ce n'est vraiment pas mon style de ténors, à décibel et incapable de laisser transparaître une émotion). Et vous aviez raison. Une Tosca sans qu'on arrive même à s'intéresser à l'histoire, pourtant simple, claire, construite comme une tragédie en un jour, terriblement dramatique, avec une tension continue d'un bout à l'autre...
J'espère que la mise en scène de celle-ci (octobre 2014) sera plus convaincante, et que la direction Oren sera à la hauteur (pour Puccini il devrait être OK).

Franz Muzzano 08/10/2014 23:00

Difficile de faire plus soporifique en tout cas, même si avec Oren je m'attends à tout...

Présentation

  • : Les Chroniques de Franz Muzzano
  • : Écrivain, musicien et diplômé d'Histoire de la Musique, j'ai la chance, depuis plus de 40 ans, de fréquenter les salles de concerts et les maisons d'opéras, et souvent aussi leurs coulisses. J'ai pu y rencontrer quantité d'artistes, des plus grands aux plus méconnus. Tous m'ont appris une chose : une passion n'a de valeur que si elle se partage. Partage que je vais tenter de vous transmettre à travers ces chroniques qui relateront les productions que j'ai pu voir ou entendre (l'art lyrique y tenant une grande place). Mais aussi les disques qui ont contribué à me former, tout comme les nouveautés qui me paraîtront marquantes (en bien ou en mal). J'évoquerai aussi certaines grandes figures du passé, que notre époque polluée par les "modes" a parfois totalement oubliées. Je vous proposerai aussi des réflexions sur des aspects plus généraux de la vie musicale. Tout cela dans un grand souci d'impartialité, mais en assumant une subjectivité revendiquée. Certaines chroniques pourront donc donner lieu à des échanges, des débats contradictoires, voire des affrontements qui pourront être virulents. Tant que nous resterons dans la courtoisie, les commentaires sont là pour ça. Et vous êtes les bienvenus pour y trouver matière à vous exprimer. En n'oubliant jamais que la musique n'est rien sans les artistes qui la font vivre et qui nous l'offrent. Car je fais mienne la phrase de Paul Valéry : "Aujourd'hui, nous n'avons plus besoin d'artistes. Mais nous avons besoin de gens qui ont besoin d'artistes".
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