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27 décembre 2013 5 27 /12 /décembre /2013 21:49

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Marta Eggerth lors de l'édition 2009 du concours de la Licia Albanese-Puccini Foundation.

 

 

Enfant elle avait débuté, et c'est presque comme un enfant qu'elle s'est éclipsée, le lendemain de Noël. Elle n'aurait eu que 102 ans le 17 avril prochain.

 

Elle vit le jour à Budapest, et si son père était banquier, sa mère était chanteuse, et soprano dramatique, rien que ça. Le virus de la scène était dans le biberon, et comme la voix se révéla très vite exceptionnelle, elle monta sur les planches de façon sérieuse dès l'âge de 11 ans, et commença à parcourir l'Europe. Enfant prodige, oui, mais pas singe savant. La technique fut rapidement très sûre, formée à la discipline germanique par Adele Kern à Vienne. Un professeur qui eut la bonne idée de tomber malade, propulsant ainsi Marta en pleine lumière à Hambourg, l'obligeant à la remplacer dans le rôle d'Adele de Die Fledermaus, à 17 ans, mise en scène par Max Reinhardt.

 

La carrière était lancée, et ne s'arrêtera pas. Les "grands rôles" ne furent que très peu abordés (Rossini ou Meyerbeer à l'adolescence), même si elle travailla Rosina avec Serafin, ou Gilda avec De Sabata l'âge venu. Mais l'opérette viennoise trouva en elle une de ses plus belles ambassadrices (plus de 2000 fois Die Lustige Witwe !), et le cinéma fit le reste. Une quarantaine de films, tournés en cinq langues, en firent une star. Mariée au merveilleux ténor polonais Jan Kiepura, elle forma un duo d'exception, peut-être le plus beau et en tout cas le plus équilibré du siècle (avec tout de même, en bonus, quelques représentations de La Bohème). Et quand lui chantait au Met ses Rodolfo, Des Grieux, Mario ou Don José, elle faisait les beaux soirs de Broadway. Entre deux productions, le couple faisait tourner un programme en duo dans le monde entier, et ce jusque dans les années 60.

 

Il y eut beaucoup de sopranos coloratures légères remarquables, de Selma Kurz ou Toti Dal Monte à Rita Streich, en passant par Erna Berger, Lily Pons ou Anneliese Rothenberger. Aucune n'a eu cette longévité (répertoire oblige, probablement...), qui lui permettait de se produire encore en récital de façon hallucinante à 90 ans passés. Et le rossignol n'a jamais paru avoir d'âge, n'a jamais "vieilli". Conséquences d'une technique parfaite, d'une voix jamais malmenée, d'un choix de carrière d'une rare intelligence. Ses Lehar, Strauss ou Stolz sont peut-être inégalés, si ce n'est dans la projection, en tout cas dans la fraîcheur et la luminosité. Alors il faut écouter ce que donne un sourire qui chante...

 

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Johann Strauss Frühlingsstimmen


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Donauwalzer 

 

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Avec Jan Kiepura.

 

Et à 90 ans, Marta offrait ça...

 

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© Franz Muzzano - Décembre 2013. Toute reproduction interdite sana autorisation de l'auteur. Tous droits réservés.

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Published by Franz Muzzano - dans L'hommage de Franz
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Présentation

  • : Les Chroniques de Franz Muzzano
  • : Écrivain, musicien et diplômé d'Histoire de la Musique, j'ai la chance, depuis plus de 40 ans, de fréquenter les salles de concerts et les maisons d'opéras, et souvent aussi leurs coulisses. J'ai pu y rencontrer quantité d'artistes, des plus grands aux plus méconnus. Tous m'ont appris une chose : une passion n'a de valeur que si elle se partage. Partage que je vais tenter de vous transmettre à travers ces chroniques qui relateront les productions que j'ai pu voir ou entendre (l'art lyrique y tenant une grande place). Mais aussi les disques qui ont contribué à me former, tout comme les nouveautés qui me paraîtront marquantes (en bien ou en mal). J'évoquerai aussi certaines grandes figures du passé, que notre époque polluée par les "modes" a parfois totalement oubliées. Je vous proposerai aussi des réflexions sur des aspects plus généraux de la vie musicale. Tout cela dans un grand souci d'impartialité, mais en assumant une subjectivité revendiquée. Certaines chroniques pourront donc donner lieu à des échanges, des débats contradictoires, voire des affrontements qui pourront être virulents. Tant que nous resterons dans la courtoisie, les commentaires sont là pour ça. Et vous êtes les bienvenus pour y trouver matière à vous exprimer. En n'oubliant jamais que la musique n'est rien sans les artistes qui la font vivre et qui nous l'offrent. Car je fais mienne la phrase de Paul Valéry : "Aujourd'hui, nous n'avons plus besoin d'artistes. Mais nous avons besoin de gens qui ont besoin d'artistes".
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