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10 mars 2013 7 10 /03 /mars /2013 21:58

Revoir pour le nième fois Le dîner de cons n'est pas en soi un souci, tant cette pièce adaptée à l'écran (on ne peut pas vraiment parler de "cinéma") fonctionne grâce à sa mécanique d'horlogerie et à son interprétation. Veber sort pour une fois de son habituelle grille de scénario "gros costaud/petit gringalet" dont on pouvait honnêtement se lasser depuis l'écriture de L'emmerdeur pour évoquer un autre contraste, beaucoup plus périlleux à traiter. Si la réussite est incontestable sur le strict plan du divertissement, elle le doit avant tout à la fascinante composition de Jacques Villeret, au jeu hallucinant. Par ses regards, ses moues, sa face de lune hébétée il campe un Pignon qui, précisément, est le contraire d'un con et ce dès le début du film. C'est un Pierrot, un gamin, un coeur pur étranger à toute notion de calcul, ne connaissant pas le mot magouille en dehors des heures de bureau à Bercy. Plus d'une fois, on surprend dans les regards de Lhermitte et Huster une admiration devant le jeu de ce superbe comédien, perdu dans un monde de brutes.

 

 

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Mais si j'évoque l'idée d'un contraste périlleux à traiter, c'est que la "morale" de l'histoire, si l'on observe son dénouement, m'apparaît tendancieuse.Veber semble retourner la situation au profit de François Pignon, brave homme plein de candeur voire de naïveté, mais finalement poète par nécessité pour meubler sa solitude, face aux attitudes abjectes de Brochant. Oui mais voilà, il ne pulvérise pas Brochant, grâce à une pirouette finale qui replace Pignon dans sa fonction de "con utile". On devrait haïr l'éditeur, et Veber nous le montre malheureux, et donc à plaindre. Le même soir tour de reins, femme envolée, maîtresse perdue, contrôle fiscal par la faute des "maladresses" de Pignon, alors que cette série noire n'est due qu'à sa seule bassesse. Il paie ses mensonges, ses certitudes, son très mauvais fond, oui. Mais Veber nous le présente comme subissant tout cela parce que le "con", c'est lui. Il est donc excusable. C'est la grande limite de ce film, qui propose une vision des rapports humains considérée comme sinon normale, tout au moins possible, acceptable. Des bobos ineptes rabattent le "con du soir" pour un dîner très exactement comme on encercle un cerf lors d'une chasse à courre. Leur prétendue supériorité devrait être pulvérisée, mais Veber ne fait que les ridiculiser presque gentiment. On imagine ce qu'un Lubitsch, un Capra ou un Autant-Lara auraient pu tirer de cette histoire. Beaucoup de spectateurs se seraient alors sentis concernés. Voire coupables.

 

© Franz Muzzano - Mars 2013. Toute reproduction interdite sans autorisation de l'auteur. Tous droits réservés.

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Présentation

  • : Les Chroniques de Franz Muzzano
  • : Écrivain, musicien et diplômé d'Histoire de la Musique, j'ai la chance, depuis plus de 40 ans, de fréquenter les salles de concerts et les maisons d'opéras, et souvent aussi leurs coulisses. J'ai pu y rencontrer quantité d'artistes, des plus grands aux plus méconnus. Tous m'ont appris une chose : une passion n'a de valeur que si elle se partage. Partage que je vais tenter de vous transmettre à travers ces chroniques qui relateront les productions que j'ai pu voir ou entendre (l'art lyrique y tenant une grande place). Mais aussi les disques qui ont contribué à me former, tout comme les nouveautés qui me paraîtront marquantes (en bien ou en mal). J'évoquerai aussi certaines grandes figures du passé, que notre époque polluée par les "modes" a parfois totalement oubliées. Je vous proposerai aussi des réflexions sur des aspects plus généraux de la vie musicale. Tout cela dans un grand souci d'impartialité, mais en assumant une subjectivité revendiquée. Certaines chroniques pourront donc donner lieu à des échanges, des débats contradictoires, voire des affrontements qui pourront être virulents. Tant que nous resterons dans la courtoisie, les commentaires sont là pour ça. Et vous êtes les bienvenus pour y trouver matière à vous exprimer. En n'oubliant jamais que la musique n'est rien sans les artistes qui la font vivre et qui nous l'offrent. Car je fais mienne la phrase de Paul Valéry : "Aujourd'hui, nous n'avons plus besoin d'artistes. Mais nous avons besoin de gens qui ont besoin d'artistes".
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