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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 20:39

Elle aurait eu 101 ans en octobre prochain, dans quelques jours. Et je suis certain qu'aujourd'hui encore elle rigole, et qu'elle rigolera pour l'éternité. Petit rat à 7 ans, au théâtre à 15, fixée sur pellicule à 20 ans à peine, elle connaissait tout du "métier" en débutant avec le parlant balbutiant. Certes, Darrieux ou Morgan, autres survivantes, furent consacrées plus jeunes encore. Mais pour des emplois de premiers plans qui faisaient d'elles des stars, des mines d'or pour vendeurs de papier glacé. Paulette Dubost a-t-elle fait la couverture de Cinémonde ? Rien n'est moins sûr...Il lui fallait bouger, virevolter, pépier comme un jeune moineau ou se muer en confidente, jouer d'oeillades et de fausse candeur à la fois pour être irrésistible. Tout cela, elle savait le faire et les Renoir, Ophüls, Allégret et autres Cayatte ou Delannoy ne s'y sont pas trompés. Avec en apogée son rôle de soubrette tout droit sortie de Beaumarchais/Da Ponte dans La règle du jeu.

 

Dubost2Tous ces hommages ont déjà été offerts par beaucoup, et qu'ajouter ? Simplement faire un constat, constat qui m'est venu en repensant à sa voix haut-perchée, à son débit de mitraillette, à ses dialogues souvent placés dans un éclat de rire, à ses petits mots doux murmurés. Quel que soit le film, quelle que puisse être l'état de la copie visible aujourd'hui, même si le texte est noyé sous les bruits parasites, nous comprenons absolument tout, le moindre petit mot, la plus minuscule incise. Et je n'ai pas pu m'empêcher, mauvais comme je suis, de faire des comparaisons avec ce que nous subissons aujourd'hui. Cette qualité de diction ne caractérise en rien Paulette Dubost, elle est commune à tous les acteurs et comédiens de sa génération et des deux suivantes. Alors que si l'on est un tout petit peu honnête, il nous faut constater que la plupart de nos jeunes (ou un peu moins jeunes) vedettes affichées aujourd'hui nous infligent des dialogues qui bien souvent nécessiteraient des sous-titres. Lancés sur l'écran trop tôt pour cause de promotion Canal + ou sortis de cours pratiquant une sorte de "méthode globale" où l'on traiterait la diction comme on le fait de la lecture dans nos écoles, tout semble bon pour peu qu'ils "s'expriment". Alors, combien de fins de phrases perdues dans les décors, de syllabes avalées ?...J'ai ouï dire que les ingénieurs du son commençaient à s'en plaindre. C'est dire si le mal est profond. Les exemples seraient trop nombreux, et les véritables comédiens, ceux qui ont travaillé la question ou ont naturellement cette qualité en eux, ne sont pas concernés par ce constat. Mais contentons-nous de regarder les bandes-annonces avec dans un coin de la tête cette maladie bien contagieuse : c'est implacable.

 

Un seul conseil à leur donner ? Regardez les "vieux" films, ceux qui nous offrent un dialogue qui, du premier rôle à la moindre silhouette, pourrait être pris en dictée. Et travaillez !

 

© Franz Muzzano - Septembre 2011. Toute reproduction interdite sans autorisation de l'auteur. Tous droits réservés.

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commentaires

mpr 03/04/2015 09:34

tout a fait d'accord avec toi !

Présentation

  • : Les Chroniques de Franz Muzzano
  • : Écrivain, musicien et diplômé d'Histoire de la Musique, j'ai la chance, depuis plus de 40 ans, de fréquenter les salles de concerts et les maisons d'opéras, et souvent aussi leurs coulisses. J'ai pu y rencontrer quantité d'artistes, des plus grands aux plus méconnus. Tous m'ont appris une chose : une passion n'a de valeur que si elle se partage. Partage que je vais tenter de vous transmettre à travers ces chroniques qui relateront les productions que j'ai pu voir ou entendre (l'art lyrique y tenant une grande place). Mais aussi les disques qui ont contribué à me former, tout comme les nouveautés qui me paraîtront marquantes (en bien ou en mal). J'évoquerai aussi certaines grandes figures du passé, que notre époque polluée par les "modes" a parfois totalement oubliées. Je vous proposerai aussi des réflexions sur des aspects plus généraux de la vie musicale. Tout cela dans un grand souci d'impartialité, mais en assumant une subjectivité revendiquée. Certaines chroniques pourront donc donner lieu à des échanges, des débats contradictoires, voire des affrontements qui pourront être virulents. Tant que nous resterons dans la courtoisie, les commentaires sont là pour ça. Et vous êtes les bienvenus pour y trouver matière à vous exprimer. En n'oubliant jamais que la musique n'est rien sans les artistes qui la font vivre et qui nous l'offrent. Car je fais mienne la phrase de Paul Valéry : "Aujourd'hui, nous n'avons plus besoin d'artistes. Mais nous avons besoin de gens qui ont besoin d'artistes".
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