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19 février 2011 6 19 /02 /février /2011 00:44

L'Assassinat du Père Noël est surtout connu pour être le premier film produit par la Continental dirigée par Greven. La critique de l'époque, Rebatet en tête, y vit un honnête travail de fantastique alpestre, notant la constance du tandem Christian-Jaque/Pierre Véry dans l'utilisation habile des groupes d'enfants (voir Les disparus de Saint-Agil). Dans son essai remarquable et essentiel, Les écrans de la guerre, Philippe d'Hugues, bénéficiant du recul du temps, se montre moins sévère envers les acteurs que son illustre aîné, qui déplorait l'extrême théâtralité de l'ensemble de la distribution. Comme nous aimerions, aujourd'hui, pouvoir jouir de telles personnalités !

Une dimension du film me semble avoir été négligée. Nous ne la devons pas à Pierre Véry ni à Christian Jaque, mais au scénario et surtout aux dialogues de Charles Spaak. Sur bien des points, il nous montre l'état de la France de 1940, et surtout les raisons qui ont amené la débâcle. Les propos du génial Le Vigan dès le début du film, instituteur libre penseur halluciné, sont on ne peut plus clairs. Il dépasse l'horaire d'une minute, alors que nous sommes au dernier jour de classe avant les vacances. Ses élèves lui en font la remarque et que répond-il à ces gamins au demeurant adorables ? "Depuis le premier jour de la rentrée des classes vous ne pensez qu'à cette minute où vous serez en vacances !". Ce constat qu'il assène est tout simplement celui de la démobilisation morale et physique d'un peuple aveuglé par les chimères de 1936, plongeant dans les congés payés alors que de l'autre côté de Rhin le scénario était inéluctable. La ronde infernale qu'il improvise dans l'auberge n'est rien d'autre qu'une illustration de l'état d'esprit munichois. Et comment ne pas voir dans l'insistance donnée à la semaine de retard de la gendarmerie, errant du nord au sud et d'est en ouest avant de trouver le village, une dénonciation par l'absurde de l'impréparation des troupes françaises et des égarements de leur état-major, les yeux rivés sur l'illusoire ligne Maginot. Les exemples sont nombreux dans cette histoire où tout le monde ment ou se ment, où chacun soupçonne son voisin (annonce du Corbeau) et où le malheureux Harry Baur est obligé de proférer à qui veut bien l'entendre "qu'il n'a pas un nez d'ivrogne", phrase qui sonne pour lui comme un cri de survivant bien fragile.

L'Assassinat... n'est certes pas un manifeste. Il reste avant tout un divertissement joliment ficelé et admirablement interprété (et merveilleusement photographié par le magicien Thirard). Mais ces quelques détails apparaissent trop puissants pour n'être que divagations d'un spectateur cherchant à perforer le fondement des mouches...

Collection Christophe L.

 

© Franz Muzzano - Février 2011. Toute reproduction interdite sans autorisation de l'auteur. Tous droits réservés.

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commentaires

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Présentation

  • : Les Chroniques de Franz Muzzano
  • : Écrivain, musicien et diplômé d'Histoire de la Musique, j'ai la chance, depuis plus de 40 ans, de fréquenter les salles de concerts et les maisons d'opéras, et souvent aussi leurs coulisses. J'ai pu y rencontrer quantité d'artistes, des plus grands aux plus méconnus. Tous m'ont appris une chose : une passion n'a de valeur que si elle se partage. Partage que je vais tenter de vous transmettre à travers ces chroniques qui relateront les productions que j'ai pu voir ou entendre (l'art lyrique y tenant une grande place). Mais aussi les disques qui ont contribué à me former, tout comme les nouveautés qui me paraîtront marquantes (en bien ou en mal). J'évoquerai aussi certaines grandes figures du passé, que notre époque polluée par les "modes" a parfois totalement oubliées. Je vous proposerai aussi des réflexions sur des aspects plus généraux de la vie musicale. Tout cela dans un grand souci d'impartialité, mais en assumant une subjectivité revendiquée. Certaines chroniques pourront donc donner lieu à des échanges, des débats contradictoires, voire des affrontements qui pourront être virulents. Tant que nous resterons dans la courtoisie, les commentaires sont là pour ça. Et vous êtes les bienvenus pour y trouver matière à vous exprimer. En n'oubliant jamais que la musique n'est rien sans les artistes qui la font vivre et qui nous l'offrent. Car je fais mienne la phrase de Paul Valéry : "Aujourd'hui, nous n'avons plus besoin d'artistes. Mais nous avons besoin de gens qui ont besoin d'artistes".
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