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21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 21:33

J'aurais souhaité pouvoir ne dire que du bien d'un film courageux en ces temps de disette, mais je dois avoir mauvais fond... Des hommes et des dieux mérite bien des éloges, mais suscite tout autant de réserves.

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Xavier Beauvois n'a guère à se préoccuper de l'intrigue, elle est tragiquement bien réelle. Il lui faut mettre en scène cette chronique d'une mort annoncée avec ce qu'il faut de tensions, d'accalmies et créer le climat propice à la description d'un monde inconnu du plus grand nombre. Depuis quelques films, nous connaissons sa maîtrise (voir Le petit lieutenant). C'est ainsi qu'aidé par la très belle photo de Caroline Champetier il propose des scènes proches de l'iconographie médiévale ou renaissance (on pense au Caravage ou aux fresques des couvents florentins), aboutissant à un dernier repas qui est une pure splendeur. Pourtant, remplacer brutalement les hymnes, psaumes et antiennes par Le lac des cygnes avait tout pour plonger dans le mauvais goût. Bien au contraire, son choix d'offrir une Cène détaillée visage après visage, chaque regard répondant à un sourire, sans jamais nous montrer le plan large s'avère époustouflant de beauté. Sa caméra prend son temps, scrute, capte les espoirs et les doutes d'une équipe d'acteurs presque tous admirables. On a loué (et primé) avec raison Michael Lonsdale, comme toujours magistral, mais j'accorderai une mention spéciale à Olivier Rabourdin, exceptionnel dans l'expression du doute, puis du refus, avant de revenir au doute qui amènera une sorte de joie parfaite franciscaine. En revanche, Lambert Wilson apparaît comme le seul à sembler "penser" à la caméra, le seul à (un petit peu) ne pas s'oublier. Mais c'est un infime détail dans un ensemble visuellement remarquable.

 

Mais le problème est ailleurs. Pour comprendre la vie d'un monastère, pour s'imprégner d'une vocation touchant à l'absolu, il ne suffit pas de nous montrer un très beau décor. Les frères travaillent, soignent, prient, chantent, mangent en communauté, tout cela est vrai, mais pourquoi ? Où sont le "mystère de la foi", le face-à-face permanent avec Dieu ou avec soi-même, ce qui dans ce cas est la même chose ? En un mot, où est la spiritualité ? La réponse est simple, elle n'apparaît qu'en surface, donc elle n'EST pas. Beauvois s'en moque, en fait, et nous montre des humanistes, pas des religieux. Cette spiritualité le dépasse, il n'est ni Bresson ni même le Rossellini des Fioretti. Son calamiteux discours aux César a d'ailleurs montré les limites de son propos. Alors nous ne voyons plus qu'une très belle histoire teintée de relativisme à qui il ne manque que la Grâce qui habitait ces frères.

 

Ah, j'allais oublier... Il fallait bien qu'une petite touche de repentance tombe comme une tache sur le joli tableau. Le passé colonial de la France serait seul responsable de tous ces massacres, selon un officiel Algérien. Les deux frères qu'il reçoit ne bronchent pas. Comme s'ils étaient d'accord... Je parie que Beauvois a adoré Hors-la-loi !

 

Mais je dois tout de même reconnaître, ces importantes réserves faites, que dans le quasi néant actuel du cinéma français, ce film fait du bien...

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© Franz Muzzano - Septembre 2011. Toute reproduction interdite sans autorisation de l'auteur. Tous droits réservés.

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commentaires

buck 19/01/2014 15:04


votre argumentation est tout à fait pertinente. Ce n'est d'ailleurs pas un film sur la foi, m'étais-je dit après l'avoir vu, mais sur le doute et la peur. Sans transcendance donc, sans profondeur
non plus j'ajouterais... ou juste ce qu'il faut pour parfaire l'idée d'un monde sans dieu où les hommes semblent livrés à eux-mêmes.

Clovis Simard,phD 06/12/2012 19:23

La transcendance dans l'histoire(fermaton.overblog.com)

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  • : Les Chroniques de Franz Muzzano
  • : Écrivain, musicien et diplômé d'Histoire de la Musique, j'ai la chance, depuis plus de 40 ans, de fréquenter les salles de concerts et les maisons d'opéras, et souvent aussi leurs coulisses. J'ai pu y rencontrer quantité d'artistes, des plus grands aux plus méconnus. Tous m'ont appris une chose : une passion n'a de valeur que si elle se partage. Partage que je vais tenter de vous transmettre à travers ces chroniques qui relateront les productions que j'ai pu voir ou entendre (l'art lyrique y tenant une grande place). Mais aussi les disques qui ont contribué à me former, tout comme les nouveautés qui me paraîtront marquantes (en bien ou en mal). J'évoquerai aussi certaines grandes figures du passé, que notre époque polluée par les "modes" a parfois totalement oubliées. Je vous proposerai aussi des réflexions sur des aspects plus généraux de la vie musicale. Tout cela dans un grand souci d'impartialité, mais en assumant une subjectivité revendiquée. Certaines chroniques pourront donc donner lieu à des échanges, des débats contradictoires, voire des affrontements qui pourront être virulents. Tant que nous resterons dans la courtoisie, les commentaires sont là pour ça. Et vous êtes les bienvenus pour y trouver matière à vous exprimer. En n'oubliant jamais que la musique n'est rien sans les artistes qui la font vivre et qui nous l'offrent. Car je fais mienne la phrase de Paul Valéry : "Aujourd'hui, nous n'avons plus besoin d'artistes. Mais nous avons besoin de gens qui ont besoin d'artistes".
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