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13 juillet 2013 6 13 /07 /juillet /2013 16:29

 

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Ainsi, France-Télévision considère que Wagner n'est pas du goût du public français. Pour la première fois depuis près de quinze ans, un ouvrage donné à Orange n'a pas l'honneur d'une retransmission sur le service public. Bien, France Musique est là pour que nous ayons le son, mais nous devrons nous en contenter. Même si l'on sait d'avance que les mises en scène de Charles Roubaud ne risquent pas de nous emporter vers le sublime, pas plus que provoquer le scandale, il nous manquera tout de même quelque chose...

 

Je vois d'ici les raisons qui pourraient être invoquées pour expliquer cet abandon : la représentation du 15 juillet ayant été annulée, la réalisation n'aurait pas eu d'enregistrement de secours en cas de problème. Ben voyons...L'an passé, la première de Turandot était inutilisable, suite à la catastrophique prestation de Roberto Alagna. La seconde fut diffusée quand même...au risque d'un nouvel effondrement de la diva des pizzerias. Qui certes n'eut pas lieu, mais au prix d'arrangements avec la partition simplement inacceptables (voir l'article consacré à cette soirée). Comme je suis décidément très mauvaise langue, j'en viens à me dire qu'Orange n'intéresse pas les bénéficiaires de notre redevance quand l'ex grand ténor n'y chante pas. Et comme il a (pour l'instant, avec lui je m'attends à tout), décidé de ne pas aborder Wagner...

 

On s'est d'ailleurs trop peu interrogé sur les raisons de l'annulation de cette seconde représentation. Officiellement, le public ne répondait pas. Ah ? en France, pays qui a de tous temps compté un immense public de passionnés du Maître de Bayreuth, il aurait été impossible de remplir deux fois le Théâtre antique ? Ce public n'apprécierait que modérément le Holländer ? Et si l'on évoquait plutôt le prix des billets (entre 190 et 240 € pour être bien placé en ayant mal aux fesses et en priant pour qu'il ne pleuve pas), ou encore la médiocrité des productions données ces dernières années, risquant de refroidir quelque peu l'amateur ?

 

Bref, tout semble aller très mal à Orange...jusqu'à Raymond Duffaut, qui dans le clip officiel de présentation, affirme que ce sera le premier Wagner donné depuis 1987, avec déjà le Holländer. Bien, bien, bien...Et le Ring complet donné en 1988, on l'oublie ? Bref, ça sent la fin...

 

Mais, miracle, le Holländer se trouve bien à Orange. En 1987 déjà, une équipe composée d'Estes, Salminen et Balslev avait amené une tempête sur le plateau (pour l'anecdote, la soirée avait alors été retransmise par...TF1 !!!). 26 ans plus tard, la direction est plus fine, moins tempétueuse que celle de Christof Perick, mais la musique est toujours là.

 

Dès l'ouverture, Mikko Franck demande au Philarmonique de Radio France de privilégier la précision. Des tempi relativement retenus permettent de tout entendre, jusqu'au plus petit détail. Et ça fonctionne, sauf pour les passages avec choeurs. Le final du I apparaît brouillon ainsi que, dans une moindre mesure, l'affrontement des masses au début du III. Mais c'est surtout le choeur des fileuses qui souffre le plus. Autant on peut comprendre un choix prudent de Franck pour les deux grands moments de foule, Orange ayant pour habitude de composer ses choeurs en puisant dans les divers opéras de région, au risque de nuire à l'homogénéité, autant le tempo du début du II ne se justifie pas. Pesant, lourd, les rouets apparaissent bien rouillés...malgré l'énergie de Marie-Ange Todorovitch en Mary. Heureusement, l'intervention de Senta va tout recaler.

 

Cette réserve sera la seule sérieuse de toute la soirée. Car le plateau réuni est pratiquement ce qu'on peut espérer de mieux aujourd'hui. Pratiquement, car comme souvent, le rôle d'Erik apparaît comme très difficile à "défendre" tant son écriture est bizarre, pour ne pas dire ratée. Endrick Wottrich, dont la voix s'est sensiblement corsée, s'en sort avec les honneurs, même si les difficultés de tenue de ligne se font sentir au début de son duo, et dans son second air (il est vrai bien inutile...). En revanche, Steve Davislim offre un superbe Steuermann, malgré un ou deux aigus un peu avalés, peut-être dus au trac.

 

Même si on sait que Daland est loin d'être le rôle le plus difficile du répertoire, il faut saluer comme il se doit la composition qu'en donne Stephen Milling. Comme souvent avec lui, rien n'est grossi ni forcé, que ce soit dans l'interprétation ou dans le son. On sent une réserve de puissance qui lui permet de projeter ses graves presque piano sans le moindre problème, et de conserver une parfaite égalité sur toute la tessiture. Daland bonhomme, humain, jamais caricatural, simplement parfait.

 

Comme est presque parfait le Holländer d'Egil Silins, le Wotan de la très discutable production du Ring à Bastille. Il y était, lui, remarquable, et n'est pas loin d'être le Holländer idéal actuel (en espérant Mattei...). Une réserve ? le grave, peu sonore. Mais le reste est somptueux, projeté sans effort, malgré l'écrasante difficulté du rôle. Air d'entrée, duos ou final tonnent comme des imprécations où la ligne de chant est toujours soignée. Et quel timbre...

 

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Ann Petersen.

 

Mais la belle surprise vient de la Senta d'Ann Petersen. Jolie Freia à Paris, Isolde beaucoup moins convaincante à Lyon, elle a probablement bien fait de ne pas honorer son engagement à la Scala pour une Elsa dont elle n'a probablement plus la voix. Mais dans ce rôle, beaucoup plus périlleux qu'il n'y paraît, elle fait aujourd'hui merveille. Aucun cri, ce qui est rare, et une implication totale dans ce personnage plus tout à fait adolescente, mais pas encore vraiment femme, alternant rêve, douceur, exaltation. Aucun signe de fatigue perceptible, et un final à couper le souffle.

 

Superbe soirée, qui confirme une impression encore un peu diffuse : et si Wagner parvenait enfin à être à nouveau "chanté" ?

 

 

© Franz Muzzano - Juillet 2013. Toute reproduction interdite sans autorisation de l'auteur. Tous drois réservés.

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Published by Franz Muzzano - dans Opéra : L'oreille de Franz
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commentaires

printer tech support 03/06/2014 15:16

This is a great tip particularly to those fresh to the blogosphere. Simple but very precise information… Thank you for sharing this one. A must read article!

Franz Muzzano 04/06/2014 00:06

Thank you so much :)

pc cleaner 13/05/2014 07:16

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Microsoft support now 25/04/2014 10:53

And it is sad to see that the France Television believes that Wagner is not the taste of the French public. But the audience that gathered to see this show proves it wrong. Really thank you for sharing this with us. .

Jean-Pierre Martel 29/11/2013 04:43


Rares sont les documents qui témoignent
de la pratique de l'opéra à Cuba. Il y a
quelque jours, Der Fliegende Holländer était présenté pour la première fois à Cuba. En fait à part Lohengrin (présenté au début du XXe siècle) et un récital de Fladstad, c'est la première fois
qu'on présenait Wagner à La Havane depuis des décennies.


Si vous être curieux de voir ce que cela donnait, voici un
vidéo (trés maladroit) qui donne un aperçu de ce que cela donnait:


https://www.youtube.com/watch?v=7RSxM5WgUbY

Franz Muzzano 30/11/2013 02:05



Merci infiniment pour cette petite perle ! Bien-sûr, il y a des maladresses, mais aussi beaucoup de fraîcheur dans cette production, visiblement donnée avec les moyens du bord. Johanna Simon
mérite d'être entendue dans d'autres conditions. Des hommes un peu légers peut-être, mais la prise de son est telle...Et le choeur du III, qui serait ridicule partout ailleurs, ici apparaît plein
d'enthousiasme. Pour une fois qu'on ne m'insulte pas, mais qu'on contribue à enrichir ce blog, c'est inestimable ! Merci encore, cher Jean-Pierre :)



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  • : Les Chroniques de Franz Muzzano
  • : Écrivain, musicien et diplômé d'Histoire de la Musique, j'ai la chance, depuis plus de 40 ans, de fréquenter les salles de concerts et les maisons d'opéras, et souvent aussi leurs coulisses. J'ai pu y rencontrer quantité d'artistes, des plus grands aux plus méconnus. Tous m'ont appris une chose : une passion n'a de valeur que si elle se partage. Partage que je vais tenter de vous transmettre à travers ces chroniques qui relateront les productions que j'ai pu voir ou entendre (l'art lyrique y tenant une grande place). Mais aussi les disques qui ont contribué à me former, tout comme les nouveautés qui me paraîtront marquantes (en bien ou en mal). J'évoquerai aussi certaines grandes figures du passé, que notre époque polluée par les "modes" a parfois totalement oubliées. Je vous proposerai aussi des réflexions sur des aspects plus généraux de la vie musicale. Tout cela dans un grand souci d'impartialité, mais en assumant une subjectivité revendiquée. Certaines chroniques pourront donc donner lieu à des échanges, des débats contradictoires, voire des affrontements qui pourront être virulents. Tant que nous resterons dans la courtoisie, les commentaires sont là pour ça. Et vous êtes les bienvenus pour y trouver matière à vous exprimer. En n'oubliant jamais que la musique n'est rien sans les artistes qui la font vivre et qui nous l'offrent. Car je fais mienne la phrase de Paul Valéry : "Aujourd'hui, nous n'avons plus besoin d'artistes. Mais nous avons besoin de gens qui ont besoin d'artistes".
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