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7 mars 2013 4 07 /03 /mars /2013 23:42

  Si vous êtes chez vous samedi prochain (22 septembre), branchez- vous sur France Musique, et découvrez ce qui est peut-être le dernier opéra "classique" de l'histoire de la musique. Il sonne comme un testament souriant de toute une carrière, mais aussi comme le constat émouvant d'un monde qui s'achève. En posant une simple question, sans y donner de réponse.

 

Capriccio, ultime opéra de Richard Strauss, fut créé à Munich le 28 octobre 1942, dans des conditions dantesques. Le livret, qui devait être l'oeuvre de Stefan Zweig, est signé du chef d'orchestre Clemens Krauss, mais est en fait rédigé à quatre mains avec le compositeur. L'argument en est très simple, et n'est qu'un prétexte : qu'est-ce qui doit primer dans un opéra ? Le texte, ou la musique ? ("Prima la parole, dopo la musica..."). Deux artistes, un poète et un musicien, sont tous deux amoureux d'une comtesse, et dialoguent dans le château de celle-ci, près de Paris, en 1775. Elle devra faire un choix entre ses deux soupirants...ou pas.

 

Prétexte parce que Strauss va utiliser ce thème pour passer en revue toutes sortes d'expressions lyriques, sous la forme d'un "opéra dans l'opéra", chacun étant amené à jouer un rôle. Il n'hésite pas à se parodier avec humour (en citant, par exemple, des sujets tirés de l'antiquité comme Ariane "trop souvent traité" ou Daphné "difficile à mettre en scène", sujets qu'il avait lui-même utilisés). Mais il ne refuse pas non plus l'émotion, bien-sûr dans la très belle scène finale offerte à la comtesse, mais peut-être surtout dans le bouleversant monologue de La Roche, le directeur de théâtre, qui pourrait bien être une confession criée par Strauss et Krauss.

 

Ne cherchez pas trop d' "airs" dans cet ouvrage, les quelques-uns qui s'y trouvent sont volontairement parodiques. Strauss va tout au bout du style de la "conversation en musique", sollicitant très peu les voix, ne demandant aux chanteurs aucune "performance" si ce n'est celle, très difficile, du "naturel" dans le discours. La mélodie continue est à l'orchestre, véritable tapis de cordes superbement raffiné.Et ça tombe plutôt bien, puisque l'orchestre de l'Opéra de Paris est une nouvelle fois confié à Philippe Jordan qui avait su en tirer des sonorités magiques dans Arabella du même Strauss. La prise de son effacera le principal défaut de cette reprise d'une production datant d'il y a quelques années : le manque de projection de la plupart des chanteurs, passant difficilement la fosse malgré une direction très à leur écoute. Il devrait rester les voix, toutes très belles. Avec une mention spéciale pour Peter Rose, La Roche exceptionnel (et, lui, faisant sonner sa voix de basse plus loin que le plafond de Chagall) qui tire des larmes dans son monologue. Magnifique aussi, la trop brève intervention de Ryland Davies, bientôt 70 ans, dans le rôle de Monsieur La Taupe, le souffleur, déplorant n'avoir plus rien à faire et avoir été oublié.Un petit bémol tout de même...Cette production avait vu se succéder les comtesses de Felicity Lott et Renée Fleming. Ce n'est pas faire injure à Michaela Kaune que de dire qu'elle ne se situe pas tout à fait au même étage. On devine une très belle voix mais retenue, prudente dans les quelques aigus que Strauss lui offre, et qui a beaucoup de mal à "passer". Mais la prise de son corrigera tout cela...

 

Dommage aussi que la radio ne soit pas en couleurs...car la mise en scène de Robert Carsen est tout simplement magnifique, chose assez rare de nos jours pour être soulignée. 

 

 

© Franz Muzzano - Septembre 2012. Toute reproduction interdite sans autorisation de l'auteur. Tous droits réservés.

 

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Présentation

  • : Les Chroniques de Franz Muzzano
  • : Écrivain, musicien et diplômé d'Histoire de la Musique, j'ai la chance, depuis plus de 40 ans, de fréquenter les salles de concerts et les maisons d'opéras, et souvent aussi leurs coulisses. J'ai pu y rencontrer quantité d'artistes, des plus grands aux plus méconnus. Tous m'ont appris une chose : une passion n'a de valeur que si elle se partage. Partage que je vais tenter de vous transmettre à travers ces chroniques qui relateront les productions que j'ai pu voir ou entendre (l'art lyrique y tenant une grande place). Mais aussi les disques qui ont contribué à me former, tout comme les nouveautés qui me paraîtront marquantes (en bien ou en mal). J'évoquerai aussi certaines grandes figures du passé, que notre époque polluée par les "modes" a parfois totalement oubliées. Je vous proposerai aussi des réflexions sur des aspects plus généraux de la vie musicale. Tout cela dans un grand souci d'impartialité, mais en assumant une subjectivité revendiquée. Certaines chroniques pourront donc donner lieu à des échanges, des débats contradictoires, voire des affrontements qui pourront être virulents. Tant que nous resterons dans la courtoisie, les commentaires sont là pour ça. Et vous êtes les bienvenus pour y trouver matière à vous exprimer. En n'oubliant jamais que la musique n'est rien sans les artistes qui la font vivre et qui nous l'offrent. Car je fais mienne la phrase de Paul Valéry : "Aujourd'hui, nous n'avons plus besoin d'artistes. Mais nous avons besoin de gens qui ont besoin d'artistes".
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