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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 23:34

Le concert des louanges va petit à petit s'éteindre, et l'on passera à autre chose. A quelqu'un d'autre. Tous avaient oublié qu'en 1979, Annie Girardot était la plus aimée du public, devant Delon, devant Belmondo, De Funes, Romy, tous. Le cinéma l'avait perdue, elle s'était égarée, l'ami Lelouch la projeta à nouveau dans la lumière. Peut-être un peu trop tard.
Pour la définir, on nous dit qu'elle "représenta la femme française des années 70, libérée, assumant souvent sa solitude dans des personnages réservés aux hommes avec passion, force et conviction". C'est vrai, mais c'est un peu court. On oublie le théâtre (Shakespeare, Marivaux, Molière, Cocteau...). On oublie les fulgurants débuts à l'écran, compositions de femmes presque androgynes face à Gabin, en passant sans les voir sur Hélène du Rouge est mis ou Yvonne de Maigret tend un piège, où elle est pourtant gigantesque. On évoque un peu Rocco...Comme si son histoire d'amour avec le public ne commençait qu'avec Mourir d'aimer...
Il restera donc des grands rôles et des incarnations hallucinantes. Mais il lui manquera toujours quelque chose. Un grand rôle dans un...grand film.
Car on voit l'enseignante, on vit et meurt avec elle. On panique et on se bat avec Françoise Gailland. On est bouleversé par la Thénardier. Mais dans quel cadre ? Cayatte et sa froideur clinique ne nous noie-t-il pas, comme souvent, dans un démonstratif plus lourd que le plomb ? Bertucelli a-t-il un langage cinématographique, une patte, un sixième sens ? Le propos asséné au burin de Boisset, confondant cinéma et tribune, ne nous lasse-t-il pas ? Quant à Lelouch, vrai cinéaste mais souvent par séquences, il la soigne, la magnifie, mais au milieu d'un tourbillon vite lassant pour ne pas dire indigeste.
Immense artiste, Annie Girardot aura manqué les plus grands créateurs de son temps. Elle aura manqué Chabrol, fidèle à Huppert après l'avoir été à Stéphane Audran, leur faisant le cadeau de personnages sublimes dans des films qui l'étaient tout autant. Elle n'aura pas eu, comme Romy, son Sautet. Il faut revenir aux Visconti ou Delannoy de ses débuts pour la voir s'épanouir dans un cadre digne d'elle, ou attendre Haneke, venu trop tard.
On ne pourra oublier la comédienne. Mais on ne pourra que rêver à ce qui aurait pu lui être offert. Son Casque d'or, son Ascenseur pour l'échafaud, son Séraphine, son Madame de...On ne pourra que rêver à son "grand film".



© Franz Muzzano - Mars 2011. Toute reproduction interdite sans autorisation de l'auteur. Tous droits réservés.

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commentaires

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Présentation

  • : Les Chroniques de Franz Muzzano
  • : Écrivain, musicien et diplômé d'Histoire de la Musique, j'ai la chance, depuis plus de 40 ans, de fréquenter les salles de concerts et les maisons d'opéras, et souvent aussi leurs coulisses. J'ai pu y rencontrer quantité d'artistes, des plus grands aux plus méconnus. Tous m'ont appris une chose : une passion n'a de valeur que si elle se partage. Partage que je vais tenter de vous transmettre à travers ces chroniques qui relateront les productions que j'ai pu voir ou entendre (l'art lyrique y tenant une grande place). Mais aussi les disques qui ont contribué à me former, tout comme les nouveautés qui me paraîtront marquantes (en bien ou en mal). J'évoquerai aussi certaines grandes figures du passé, que notre époque polluée par les "modes" a parfois totalement oubliées. Je vous proposerai aussi des réflexions sur des aspects plus généraux de la vie musicale. Tout cela dans un grand souci d'impartialité, mais en assumant une subjectivité revendiquée. Certaines chroniques pourront donc donner lieu à des échanges, des débats contradictoires, voire des affrontements qui pourront être virulents. Tant que nous resterons dans la courtoisie, les commentaires sont là pour ça. Et vous êtes les bienvenus pour y trouver matière à vous exprimer. En n'oubliant jamais que la musique n'est rien sans les artistes qui la font vivre et qui nous l'offrent. Car je fais mienne la phrase de Paul Valéry : "Aujourd'hui, nous n'avons plus besoin d'artistes. Mais nous avons besoin de gens qui ont besoin d'artistes".
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