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20 octobre 2015 2 20 /10 /octobre /2015 20:43
Patricia Kern (14 juillet 1927 - 19 octobre 2015).

Manque d'ambition, ou concurrence trop rude ? Qui se souvient de cette belle et grande artiste, en dehors du Royaume-Uni ou du Canada, et un peu des États-Unis ? Peu de monde, trop peu au regard des qualités qui furent les siennes.

Née Galloise, à Swansea, elle étudia dès 1949 et durant trois ans à la Guilhall School of Music and Drama à Londres, avec Gwynn Parry Jones, ténor inclassable qui avait à peu près tout chanté, du Duc de Mantoue à Tannhäuser en passant par Le Messie ou les oeuvres de Gilbert et Sullivan. Avec, tout de même, à son actif une IXème de Beethoven sous la direction de Toscanini, à l'époque où il savait encore choisir ses chanteurs. Il devait en tout cas être bon professeur, puisque dès 1952 elle est engagée dans la troupe Opera for All avant de rejoindre Sadler's Wells en 1959, où elle fera la majeure partie de sa carrière. D'abord contralto, puis plus nettement mezzo, elle chante un vaste répertoire d'où émergent ses incarnations de Rosina et Isabella, en anglais puis en italien. Il faut attendre 1967 pour qu'elle débute à Covent Garden dans le rôle de Zerlina, et 1969 pour l'entendre aux États-Unis, où elle sera encore Marzellina à Chicago en 1987 dans une production des Nozze réunissant tout de même Lott, Ewing, Von Stade, Ramey et Raimondi sous la direction de Sir Andrew Davis. Elle se consacra par la suite à l'enseignement, à Toronto.

Carrière confidentielle ? En tant que premier rôle, certainement. Il y avait du beau monde dans son "jardin" (Horne, Berganza, sans parler des Italiennes), et les places devaient être difficiles à prendre. Et bien que les entretiens qu'elle ait pu donner la montrent volontaire et sûre d'elle, bien qu'elle ait eu par ailleurs un sens du jeu scénique très prononcé, je ne suis pas certain qu'elle avait suffisamment "faim", qu'elle fut une vraie battante. Peut-être qu'après tout elle trouva son bonheur dans l'ombre...Même si elle fut choisie par Beverly Sills pour participer à ses enregistrements de Maria Stuarda, Anna Bolena, Lucia, Thaïs et Manon. Une Sills qui savait très bien s'entourer, comme Sutherland le fit avec Huguette Tourangeau, autre grande mezzo quelque peu oubliée. Avec une petite dose d'ambition supplémentaire, avec l'appui de Sills au NYCO, une carrière plus "visible" se serait ouverte à elle. Ce ne fut pas son choix.

Restent les enregistrements pour aviver les regrets...

 

 

 

Gute Nacht, Patricia...

 

© Franz Muzzano - Octobre 2015. Toute reproduction interdite sans autorisation de l'auteur. Tous droits réservés.

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Published by Franz Muzzano - dans L'hommage de Franz
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commentaires

altini 01/11/2015 11:25

J'avoue que je ne la connaissais pas! Merci donc pour cet hommage qui m'a permis de la découvrir.

barbry 22/10/2015 19:37

c'est vrai...technique, voix..... quel dommage...merci Franz !!

Willy Faes 21/10/2015 10:22

Très intéressant. Merci.

Présentation

  • : Les Chroniques de Franz Muzzano
  • : Écrivain, musicien et diplômé d'Histoire de la Musique, j'ai la chance, depuis plus de 40 ans, de fréquenter les salles de concerts et les maisons d'opéras, et souvent aussi leurs coulisses. J'ai pu y rencontrer quantité d'artistes, des plus grands aux plus méconnus. Tous m'ont appris une chose : une passion n'a de valeur que si elle se partage. Partage que je vais tenter de vous transmettre à travers ces chroniques qui relateront les productions que j'ai pu voir ou entendre (l'art lyrique y tenant une grande place). Mais aussi les disques qui ont contribué à me former, tout comme les nouveautés qui me paraîtront marquantes (en bien ou en mal). J'évoquerai aussi certaines grandes figures du passé, que notre époque polluée par les "modes" a parfois totalement oubliées. Je vous proposerai aussi des réflexions sur des aspects plus généraux de la vie musicale. Tout cela dans un grand souci d'impartialité, mais en assumant une subjectivité revendiquée. Certaines chroniques pourront donc donner lieu à des échanges, des débats contradictoires, voire des affrontements qui pourront être virulents. Tant que nous resterons dans la courtoisie, les commentaires sont là pour ça. Et vous êtes les bienvenus pour y trouver matière à vous exprimer. En n'oubliant jamais que la musique n'est rien sans les artistes qui la font vivre et qui nous l'offrent. Car je fais mienne la phrase de Paul Valéry : "Aujourd'hui, nous n'avons plus besoin d'artistes. Mais nous avons besoin de gens qui ont besoin d'artistes".
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