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22 janvier 2015 4 22 /01 /janvier /2015 00:38
Waldemar Kmentt (2 février 1929 - 21 janvier 2015).

Erik (Der fliegende Holländer) - Wiener Staatsoper, 1967.

 

Il faisait partie de ces chanteurs dont le nom nous est familier, tant on a pu le voir au détour de distributions prestigieuses. Quelques neuvièmes symphonies dirigées par Karajan, Klemperer, Kubelik ou Schuricht, par exemple. Ou Froh dans le Rheingold du Ring grand luxe de Solti (ou de Culshaw, chacun choisira...). Et son nom figurait sur bien des pochettes de la discothèque qu'un jeune mélomane se constituait amoureusement au début des années soixante-dix. Mais jamais au premier plan, toujours un peu noyé au milieu des grandes stars. Comme le parfait artiste de troupe qu'il fut à Vienne durant plus de trente-cinq ans.

Vienne où il naquit et étudia, tout d'abord le piano, puis le chant avec Adolf Vogel, Elisabeth Radó et Hans Duhan. Une petite troupe se créa, constituée de chanteurs en formation, et tourna avec quelques spectacles en Belgique et aux Pays-Bas. Outre Kmentt, on pouvait y entendre Fritz Uhl ou Walter Berry (on rêve d'une bande radio...). Mais ses vrais débuts eurent lieu en 1950, toujours à Vienne, lorsqu'il chanta la partie de ténor de la neuvième symphonie de Beethoven, sous la direction de rien moins que Karl Böhm. C'est avec L'Amour des trois oranges qu'il monta sur scène pour la première fois en tant que professionnel, au Wiener Volksoper en 1951, avant d'intégrer la troupe du Wiener Staatsoper l'année suivante. Il fut choisi pour être Jaquino dans le légendaire Fidelio donné en 1955, pour la réouverture du bâtiment, aux côtés de Martha Mödl, Anton Dermota et Ludwig Weber.

Sa carrière pourrait être comparée à celle du grand Julius Patzak, passant comme lui des rôles mozartiens (Belmonte, Tamino, Ferrando, Idomeneo) à Herode ou Bacchus de Strauss, ou aux grands oratorios. Il aborda aussi l'opéra italien, avec Rodolfo, Des Grieux et même Cavaradossi. Sans oublier, en bon Viennois, les opérettes.

Très vite, il chanta Mozart à Salzburg, mais le sommet de sa carrière fut peut-être Walther des Meistersinger qu'il interpréta trois années consécutives à Bayreuth, de 1968 à 1970, dans une production signée Wolfgang Wagner, dirigée par Böhm, Klobucar puis Hans Wallat, auprès de Theo Adam, Dame Gwyneth Jones, Helga Dernesch, Janis Martin ou encore Karl Ridderbusch.

Il fut aussi un grand interprète d'oratorio (Bach, Beethoven, Mendelssohn...) et participa à de nombreuses créations, à l'image de Gabriel dans Le Mystère de la Nativité, de Frank Martin.

En fin de carrière, il aborda des rôles dits "de caractère", comme le Majordome du Rosenkavalier, celui d'Ariadne auf Naxos pour ses débuts au Met en...2001, ou encore Monsieur Triquet.

Sans atteindre les sommets que pouvaient proposer un Dermota, un Simoneau ou un Wunderlich dans Mozart, il en donnait tout de même des interprétations toute de musicalité et de sensibilité, refusant tout effet gratuit :

 

 

 

Don Giovanni : Il mio tesoro intanto (Acte II) - Direction Michael Gielen (Lisbonne, 1960).

 

Les Meistersinger n'ont pas souvent connu des soirées inoubliables à Bayreuth, sauf peut-être en cette année 1968, où entouré d'une équipe idéale, son Walther distille un "Chant de Concours" simplement magistral :

 

Die Meistersinger von Nürnberg - Final de l'Acte III - Waldemar Kmentt (Walther von Stolzing), Theo Adam (Hans Sachs), Dame Gwyneth Jones (Eva) - Direction Karl Böhm (Bayreuth, 1968).

 

Comme Patzak, il se lança le défi du terrifiant Lied von der Erde, et comme lui avec bonheur. Que ce soit sous la direction de Carlos Kleiber en 1967, ou sous celle de Rafael Kubelik, lors d'un concert resté mémorable :

 

Gustav Mahler : Das Lied von der Erde - Das Trinklied vom Jammer der Erde - Orchestre de la Radio bavaroise, direction Rafael Kubelik. Munich, Herkulessaal, 27 février 1970.

 

Une grande voix s'est éteinte, celle d'un chanteur qui aura traversé le demi-siècle en grand professionnel, comme un soleil discret. Et qui mieux que Lehar pour lui rendre un ultime hommage ?

 

Franz Lehar : Giuditta - Du bist meine Sonne - Orchestre du Wiener Staatsoper, direction Rudolf Moralt. (Vienne, 1958).

 

 

© Franz Muzzano - Janvier 2015. Toute reproduction interdite sans autorisation de l'auteur. Tous droits réservés.

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Published by Franz Muzzano - dans L'hommage de Franz
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mpr 22/01/2015 09:39

Encore une découverte...voix agréable ....(tu dois trouver l'adjectif léger) mais j'ai aimé les Maîtres.. J'aime infiniment cet opéra...
Encore une "leçon" pour moi .

Présentation

  • : Les Chroniques de Franz Muzzano
  • : Écrivain, musicien et diplômé d'Histoire de la Musique, j'ai la chance, depuis plus de 40 ans, de fréquenter les salles de concerts et les maisons d'opéras, et souvent aussi leurs coulisses. J'ai pu y rencontrer quantité d'artistes, des plus grands aux plus méconnus. Tous m'ont appris une chose : une passion n'a de valeur que si elle se partage. Partage que je vais tenter de vous transmettre à travers ces chroniques qui relateront les productions que j'ai pu voir ou entendre (l'art lyrique y tenant une grande place). Mais aussi les disques qui ont contribué à me former, tout comme les nouveautés qui me paraîtront marquantes (en bien ou en mal). J'évoquerai aussi certaines grandes figures du passé, que notre époque polluée par les "modes" a parfois totalement oubliées. Je vous proposerai aussi des réflexions sur des aspects plus généraux de la vie musicale. Tout cela dans un grand souci d'impartialité, mais en assumant une subjectivité revendiquée. Certaines chroniques pourront donc donner lieu à des échanges, des débats contradictoires, voire des affrontements qui pourront être virulents. Tant que nous resterons dans la courtoisie, les commentaires sont là pour ça. Et vous êtes les bienvenus pour y trouver matière à vous exprimer. En n'oubliant jamais que la musique n'est rien sans les artistes qui la font vivre et qui nous l'offrent. Car je fais mienne la phrase de Paul Valéry : "Aujourd'hui, nous n'avons plus besoin d'artistes. Mais nous avons besoin de gens qui ont besoin d'artistes".
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