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27 janvier 2015 2 27 /01 /janvier /2015 21:57
Voces8 "Lux"- Et la lumière vint de Londres...

Il ne reste que quelques jours (jusqu'au 1er février) pour aller écouter l'ensemble Voces8 dans le cadre des "Folles Journées" de Nantes. Et comme le programme est construit autour de leur dernier enregistrement, intitulé "Lux" et sorti le 26 janvier, la soirée est à classer dans la catégorie "cinq étoiles".

"Lux" est le genre de disque que l'on a envie d'écouter en rentrant d'une journée chargée et éprouvante, après s'être servi un bon verre et avoir éteint les lumières. On se laisse envahir par la beauté des voix et, surtout, par leur fabuleuse capacité à s'harmoniser pour ne faire qu'un unique "instrument". Le chant a capella, dans lequel s'invitent parfois un saxophone ou un violoncelle, est au service d'une musique qui apparaît d'une absolue homogénéité. Le profane se demanderait même : "mais qui est donc ce compositeur ?". L'aspect magique de cet enregistrement est qu'il embrasse en fait plus de quatre siècles de musique, de Thomas Tallis à...Massive Attack (eh oui...) en une espèce de cantate en quinze mouvements, où pas un instant le climat initial n'est brisé. Tout doucement, la lumière se fait autour de l'auditeur, jamais violente, l'enveloppant d'un halo protecteur et apaisant.

Ouvrir et terminer par deux versions de l'hymne Ubi caritas, utilisée aussi bien par l'Église catholique que par les courants anglicans et luthériens, signées Ola Gjeilo et Paul Mealor, n'est en rien un hasard. Il suffit de lire le texte du deuxième verset : Congregavit nos in unum Christi amor (L'amour du Christ nous a rassemblés et nous sommes un). Cette unicité se ressent dans chaque pièce, aucune voix ne cherchant à primer sur une autre, dans la plus pure tradition des ensembles vocaux et des choeurs britanniques. (Pas seulement britanniques, d'ailleurs...Il y a quelques semaines, le Choeur Magnificat de Budapest, composé uniquement de femmes, donnait en concert à Rosheim, dans le Bas-Rhin, ce même Ubi caritas d'Ola Gjeilo. Ne les manquez surtout pas si elles se produisent près de chez vous, elles sont merveilleuses et ne sont pas loin du niveau de Voces8 dans cette pièce...). Et l'on passe sans rupture aucune de l'O nata lux de Tallis au Lux aeterna d'Elgar, puis à John Tavener en ayant fait un petit détour par Teardrop de Massive Attack sans avoir eu la sensation du moindre bond dans le temps. Au milieu de ce programme superbe, le célèbre Miserere d'Allegri (celui que Mozart aurait, dit-on, transcrit de mémoire après une seule audition dans la Chapelle Sixtine...) nous ramène à nos années d'apprentissage, quand nous le découvrions dans la version du King's College de Cambridge. Et nous entendons presque les mêmes voix d'enfants, le même cristal, la même...lumière.

Ce n'est en rien une surprise. Voces8 a été fondé en 2003 par d'anciens élèves du choeur de Westminster Abbey (petite claque au passage à ceux qui prétendent encore que travailler sa voix d'enfant est préjudiciable à une éventuelle carrière une fois devenu adulte...). Ils se produisent dans le monde entier, proposant un répertoire allant donc des polyphonies de la Renaissance au Jazz et aux arrangements Pop. Nombreux sont les compositeurs contemporains qui ont écrit pour eux (outre Gjeilo, Panufnik, Thomas Hewitt-Jones, Alexander Levine, Ben Parry...) et ils ont auprès d'eux, en résidence, le précieux Jim Clements, qui leur concocte des arrangements à la fois audacieux et d'une grande délicatesse. Très attaché à la transmission, le groupe s'est engagé dans le projet éducatif Voces Cantabiles Music, très actif au Royaume-Uni et qui commence tout doucement à se développer en France.

Un disque magique, de ceux qui élèvent, qui transportent, qui illuminent, qui arrêtent le temps...

 

 

 

Andrea Haines, Emily Dickens, soprani.

Christopher Wardle, Barnaby Smith, contre-ténors.

Oliver Vincent, Samuel Dressel, ténors.

Paul Smith, baryton.

Dingle Yandell, basse.

 

Christian Forshaw, saxophone.

Matthew Sharp, violoncelle.

 

Direction artistique : Barnaby Smith.

 

© Franz Muzzano - Janvier 2015. Toute reproduction interdite sans autorisation de l'auteur. Tous droits réservés.

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Published by Franz Muzzano - dans La discothèque de Franz
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Hertzog 28/01/2015 13:53

Merci! C'est magnifique!

Présentation

  • : Les Chroniques de Franz Muzzano
  • : Écrivain, musicien et diplômé d'Histoire de la Musique, j'ai la chance, depuis plus de 40 ans, de fréquenter les salles de concerts et les maisons d'opéras, et souvent aussi leurs coulisses. J'ai pu y rencontrer quantité d'artistes, des plus grands aux plus méconnus. Tous m'ont appris une chose : une passion n'a de valeur que si elle se partage. Partage que je vais tenter de vous transmettre à travers ces chroniques qui relateront les productions que j'ai pu voir ou entendre (l'art lyrique y tenant une grande place). Mais aussi les disques qui ont contribué à me former, tout comme les nouveautés qui me paraîtront marquantes (en bien ou en mal). J'évoquerai aussi certaines grandes figures du passé, que notre époque polluée par les "modes" a parfois totalement oubliées. Je vous proposerai aussi des réflexions sur des aspects plus généraux de la vie musicale. Tout cela dans un grand souci d'impartialité, mais en assumant une subjectivité revendiquée. Certaines chroniques pourront donc donner lieu à des échanges, des débats contradictoires, voire des affrontements qui pourront être virulents. Tant que nous resterons dans la courtoisie, les commentaires sont là pour ça. Et vous êtes les bienvenus pour y trouver matière à vous exprimer. En n'oubliant jamais que la musique n'est rien sans les artistes qui la font vivre et qui nous l'offrent. Car je fais mienne la phrase de Paul Valéry : "Aujourd'hui, nous n'avons plus besoin d'artistes. Mais nous avons besoin de gens qui ont besoin d'artistes".
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