Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 décembre 2014 4 25 /12 /décembre /2014 20:17
Mise au point, à l'attention des sourds et des mal-comprenants.

Visiblement, pour certains, s'affirmer subjectif mais sincère, passionné mais impartial ne sont pas des vertus suffisantes. Il faudrait garder une ligne de lécheur de fondement ou de flingueur systématique pour rester crédible. Remettre quelques pelletées de terre sur une tombe que l'on aurait creusée, ou faire reluire quotidiennement la statue que l'on aurait érigée. Bref, être soi-même un mal-comprenant, formule polie pour ne pas appeler un con...un con.

 

Depuis que j'ai osé dire tout le bien que je pensais du récital de Roberto Alagna, Ma vie est un opéra, j'ai reçu une quantité de commentaires dont les moins insultants m'invitaient à me rendre dans les plus brefs délais sur l'île de Mykonos, évidemment dans le plus simple appareil, à y laisser tomber quelque chose sur la plage...et à chercher longtemps. D'autres furent plus expéditifs, et si les actes suivaient les écrits, je serais mort vingt fois. Oh, je sais qu'il s'agit des mêmes amis qui me veulent du bien, peu nombreux mais cachés sous plusieurs pseudonymes. Qui probablement continueront tant qu'ils ne s'épuiseront pas en constatant que je ne publie pas leur prose qui se voudrait fleurie, mais qui n'est que fanée. Critique ou désaccord, pas de problème. Insulte, perte de temps.

 

Je me suis rendu compte qu'en disant ce que je pensais, j'ai pu être mal compris et ai donné du courage et des arguments à tous ceux qui en manquaient, tout simplement parce qu'ils ne saisissaient pas le sens de mon propos. Eux ont une fois pour toutes décidé que Roberto Alagna était un imposteur, un chanteur de pacotille, et qu'il en avait toujours été ainsi. Et que, surtout, rien ne changera. Et je reconnais que ce que j'ai écrit, pris au premier degré, a pu les mettre en joie. Oui, j'ai été violent, injuste parfois, définitif souvent. Se sont-ils demandé pourquoi ? Un compte à régler ? Certes non, eux, peut-être ont ce genre de problème avec Roberto. Simplement, un blog se  créé à un moment donné, et le mien ne l'a peut-être pas été à la bonne période.

J'ai gardé un souvenir impérissable de son Edgardo de Lucia en 1995, de son Rodolfo de Bohème en 1996, les deux à Bastille. De son Carlos mémorable au Châtelet, de son Don José d'Orange. De tout ce qu'il abordait dans le répertoire français. Mais je suis bien obligé de me répéter, ces dernières années m'ont déçu. Je n'entendais plus le musicien que j'avais aimé, tout simplement. Problèmes de comportement (dont je n'avais pas forcément toutes les explications...à l'image de la communication sur l'Aida scaligère qui, si elle est claire aujourd'hui, ne l'a pas toujours été), d'entourage immédiat, de choix de répertoire...j'avais la nette impression qu'il était en train de se perdre. Je l'ai écrit, souvent en des termes crus. Et, concernant Otello ou Calaf, je l'écrirai encore en écoutant les prestations d'Orange. Mais au milieu des violences du propos, si l'on sait lire entre les lignes, se trouvait toujours une lueur d'espoir. Celui que le grand ténor indispensable à la scène lyrique actuelle revienne au niveau qui aurait dû rester le sien (j'accepte que l'on me dise qu'il n'avait pas baissé, subjectivité, quand tu nous tiens !...). Et puis vint ce disque en forme de confession.

J'ai réalisé deux choses. La première est que j'avais probablement sous-estimé les aléas d'une vie, ses drames, ses côtés sombres, tout ce qui altère la carrière d'un artiste, et a fortiori d'un chanteur, plus exposé que tout autre. Et la seconde, la plus importante peut-être, que j'ai déjà évoquée en commentant son disque : la sérénité retrouvée, la vie familiale heureuse et paisible, la "montagne" Otello gravie. Encore une fois, qu'importe comment ce sommet a été franchi : il l'a été. Le résultat est là, implacable, évident. LA voix que j'aimais est revenue (ou il est possible que je l'entende ainsi, là encore on me dira qu'elle n'était jamais partie), avec sa richesse harmonique et son incroyable flexibilité. L'Énée berlinois l'annonçait, mais le Carlo viennois l'a montré dans toute son ampleur. Et, il y a quelques jours, un Roméo madrilène (pourtant donné dans des conditions physiques plus que difficiles) a simplement balayé toutes les réserves que je pouvais avoir. Depuis quand ne l'avait-il plus chanté dans son intégralité, même en version de concert ? Mais le temps, au lieu d'alourdir la voix, lui a conservé toute sa clarté en lui offrant une épaisseur qu'elle ne pouvait pas avoir plus tôt. Absolue leçon de chant, de phrasé, de diction, de nuances (avec à la baguette un Plasson magistral), qui lui permet d'être aujourd'hui Roméo et José, Werther et Rodrigue, Nemorino et Carlo(s). Et aussi d'envisager des prises de rôles qui en auraient fait sourire beaucoup il y a quelque temps, à commencer par moi : Lohengrin est annoncé, mais il évoque aussi la version française de Tannhäuser. Et là je ne ris plus du tout, parce que j'y crois, et j'attends avec impatience. Car le bonhomme est, aussi, l'un des plus fins connaisseurs de l'Histoire de l'art lyrique, de ses créateurs, des différentes versions des oeuvres, de ses légendes (avec ses faiblesses bien excusables : comme tout ténor, il vénère Gigli, ne retenant que les pépites et oubliant les trop nombreux enregistrements réalisés par-dessus la jambe...). Il faut écouter attentivement l'entretien qu'il a accordé au site "Forum Opéra", à qui il arrive parfois de remplir son rôle. On en apprend beaucoup sur lui, mais surtout sur la musique en général, et c'est tout de même le plus important (même si je suis décidément en désaccord avec lui sur l'approche "vocale" du rôle de Werther, qu'il interprète pourtant superbement, mais cela n'a aucune importance). Il se dit ténor, il est d'abord musicien.

 

Comme si les attaques ad hominem ne suffisaient pas à provoquer l'onanisme des quelques frustrés qui pensaient trouver dans mes critiques matière à leurs fantasmes, ils n'ont pas manqué de souligner avec délectation que je m'attaquais aussi à celles que je nommais les "groupies". Il est vrai qu'à la lecture de leurs commentaires, tout est rose et doux, dans le plus beau des univers. Que ces coincés de l'émotion sache qu'aujourd'hui, j'en connais quelques-unes, et que les plus actives d'entre elles sont loin d'être les jouvencelles énamourées aveugles et sourdes qu'ils s'imaginent observer. Bien entendu, il s'en trouvera toujours quelques-unes pour tomber dans le jeu pervers de la compétion entre chanteurs, mais elles sont peu nombreuses. Et elles ont une qualité qui se fait de plus en plus rare aujourd'hui : la fidélité.

 

Alors il est possible que l'avenir me verra être à nouveau critique, voire parfois sévère, vis-à-vis des prestations de Roberto Alagna. Il ose, il prend des risques, il en connaît les conséquences. Il en mesure aussi les joies, quand tout se passe bien. Et quelque chose me dit que nous entrons dans une période de sa carrière où les belles soirées vont être nombreuses. Donc, que les Beckmesser masqués qui répandent leur fiel sur ce blog préparent leurs arguments, s'ils en ont. Ou qu'ils se taisent, je gagnerai du temps.

 

En attendant, qu'ils écoutent ce qu'Alagna propose aujpurd'hui. Cela ne peut leur faire que du bien...

 

 

Ah lève-toin soleil ! - Gounod - Roméo et Juliette - Acte II.

Madrid, Teatro Real - 16 décembre 2014.

 

 

© Franz Muzzano - Décembre 2014. Toute reproduction interdite sans autorisation de l'auteur. Tous droits réservés.

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Franz Muzzano - dans Opéra : L'humeur de Franz
commenter cet article

commentaires

ciabrini 06/01/2015 13:26

http://annapoliso.blog.fr/2015/01/06/bof-ce-n-est-qu-un-retournement-de-veste-19932596/

il y a des baffes qui se perdent!

Ciabrini 06/01/2015 18:08

IL vient de répondre il est bon pour l'héréditaire!

Franz Muzzano 06/01/2015 16:33

Merci Carlo, j'avais vu cet "article"... qui ne fait que démontrer ce que j'ai tenté de dire ici. Mais contre la connerie, on ne peut rien faire !

Philippe Roy 26/12/2014 11:54

J'avais apprécié votre article sur le disque de Roberto Alagna, et bien compris qu'il s'agissait d'un bel exercice d'objectivité. Pour ma part je l'avais entendu en Nadir à Pleyel en 2013, et j'avais été plus que déçu. Mais les quelques extraits du disque entendus à la radio m'ont confirmé vos impressions...

ciabrini 26/12/2014 09:28

Nous sommes d'accord la dessus.

Présentation

  • : Les Chroniques de Franz Muzzano
  • : Écrivain, musicien et diplômé d'Histoire de la Musique, j'ai la chance, depuis plus de 40 ans, de fréquenter les salles de concerts et les maisons d'opéras, et souvent aussi leurs coulisses. J'ai pu y rencontrer quantité d'artistes, des plus grands aux plus méconnus. Tous m'ont appris une chose : une passion n'a de valeur que si elle se partage. Partage que je vais tenter de vous transmettre à travers ces chroniques qui relateront les productions que j'ai pu voir ou entendre (l'art lyrique y tenant une grande place). Mais aussi les disques qui ont contribué à me former, tout comme les nouveautés qui me paraîtront marquantes (en bien ou en mal). J'évoquerai aussi certaines grandes figures du passé, que notre époque polluée par les "modes" a parfois totalement oubliées. Je vous proposerai aussi des réflexions sur des aspects plus généraux de la vie musicale. Tout cela dans un grand souci d'impartialité, mais en assumant une subjectivité revendiquée. Certaines chroniques pourront donc donner lieu à des échanges, des débats contradictoires, voire des affrontements qui pourront être virulents. Tant que nous resterons dans la courtoisie, les commentaires sont là pour ça. Et vous êtes les bienvenus pour y trouver matière à vous exprimer. En n'oubliant jamais que la musique n'est rien sans les artistes qui la font vivre et qui nous l'offrent. Car je fais mienne la phrase de Paul Valéry : "Aujourd'hui, nous n'avons plus besoin d'artistes. Mais nous avons besoin de gens qui ont besoin d'artistes".
  • Contact

Recherche