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13 juin 2014 5 13 /06 /juin /2014 21:18
Berislav Klobučar (28 août 1924 - 13 juin 2014).

Chef lyrique par excellence, Berislav Klobučar n'aura pas connu la célébrité à laquelle il aurait pu prétendre, malgré une carrière à la fois très longue et très éclectique. Modestie et effacement, sobriété poussée parfois jusqu'à la neutralité ne sont pas des atouts pour attirer la lumière. Surtout quand d'autres, dotés d'une personnalité très forte, se retrouvèrent sur sa route.

 

Il naquit le 28 août 1924 à Zagreb, où il étudia la direction d'orchestre à l'Académie Musicale avec Lovro von Matacik, avant de se perfectionner auprès du grand Clemens Krauss jusqu'à la mort de ce dernier, en 1954. Dès l'âge de dix-neuf ans, en 1943, il fut nommé chef du Théâtre National Croate à Zagreb, où il apprit son métier jusqu'en 1951.

 

En 1953, il fut invité au Wiener Staatsoper. Il en fera son port d'attache durant soixante ans, y dirigeant 1133 représentations de cinquante-trois ouvrages différents. Parallèlement, il fut directeur musical à Graz de 1960 à 1971, à Stockholm de 1972 à 1981 et à Nice de 1981 à 1989. Toujours ou presque pour y diriger de l'opéra, en immense connaisseur des voix qu'il était.

 

Son nom est aussi associé à Bayreuth, et pour beaucoup il n'était connu que pour ses prestations sur la Colline : deux cycles du Ring en 1964, avec une distribution de second plan (Hopf épuisé en Siegfried et Varnay vieillissante en Brünnhilde), dans une mise en scène de Wolfgang Wagner. Tannhäuser et un seul Lohengrin en 1967 dans des productions inégales (il hérita de Jean Cox en "Chevalier au cygne"...), des Meistersinger en 1968, en alternance avec Karl Böhm, toujours avec Cox mais tout de même avec l'Eva de la jeune Gwyneth Jones. Un unique Tristan cette même année, suppléant Böhm souffrant, qui lui offrit enfin un plateau parfait, avec Windgassen, Nilsson et Talvela. Il donna une dernière série de Meistersinger en 1969, avec le Sachs exotique de Bailey, et les Walther improbables de Kmentt ou Cox, qu'une seule prestation de Jess Thomas ne parvint pas à faire oublier. D'où le regard que certains portent sur ces six années passées au Festspielhaus, quelque peu dédaigneux, alors qu'il devait surtout composer avec des distributions montrant le début de la raréfaction des voix pouvant magnifier Wagner. Et pourtant, Birgit Nilsson ne tarissait pas d'éloges sur ses qualités de direction et d'écoute. Et c'est en tant que wagnérien qu'il fut invité au Met en 1968, pour un Holländer et une Walküre. Il offrit d'ailleurs un remarquable Ring à l'Opéra de Nice en 1988, qui fut repris au Théâtre des Champs-Élysées.

 

Il faut à l'art lyrique des grands chefs "de répertoire", des hommes de métier plus que de génie, des hommes capables de tenir une fosse et un plateau quelle que puisse être la situation. Berislav Klobučar était de ceux-là. Il s'est éteint ce 13 juin, à Vienne, où il avait tant dirigé. Il nous reste quelques enregistrements réalisés sur le vif, et l'on peut penser que le Wiener Staatsoper exhumera certaines archives pour lui rendre hommage.

 

Et l'on peut revoir quelques témoignages parfois indispensables, comme cet extrait d'Elektra donné à Vienne le 22 janvie 1982, avec Birgit Nilsson dans le rôle-titre, Gwyneth Jones en Chrysotemis, Hans Beirer en Aegisth et la voix d'Anny Schlemm :

 

 

 

Ou cet Eugen Onegin, toujours à Vienne et en allemand, mais avec une distribution digne de l'Olympe : George London, Leonie Rysanek, Anton Dermota, Gottlob Frik...

 

Et enfin, sortant de l'opéra, ce bijou absolu : trois Lieder de Strauss chantés par Elisabeth Schwarzkopf à Pleyel en 1967.

 

© Franz Muzzano - Juin 2014. Toute reproduction interdite sans autorisation de l'auteur. Tous droits réservés.

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Published by Franz Muzzano - dans L'hommage de Franz
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MPR 14/06/2014 09:21

Puits de sciences musicales tu ravives ma mémoire défaillante ...oui je me souviens de lui maintenant !

Présentation

  • : Les Chroniques de Franz Muzzano
  • : Écrivain, musicien et diplômé d'Histoire de la Musique, j'ai la chance, depuis plus de 40 ans, de fréquenter les salles de concerts et les maisons d'opéras, et souvent aussi leurs coulisses. J'ai pu y rencontrer quantité d'artistes, des plus grands aux plus méconnus. Tous m'ont appris une chose : une passion n'a de valeur que si elle se partage. Partage que je vais tenter de vous transmettre à travers ces chroniques qui relateront les productions que j'ai pu voir ou entendre (l'art lyrique y tenant une grande place). Mais aussi les disques qui ont contribué à me former, tout comme les nouveautés qui me paraîtront marquantes (en bien ou en mal). J'évoquerai aussi certaines grandes figures du passé, que notre époque polluée par les "modes" a parfois totalement oubliées. Je vous proposerai aussi des réflexions sur des aspects plus généraux de la vie musicale. Tout cela dans un grand souci d'impartialité, mais en assumant une subjectivité revendiquée. Certaines chroniques pourront donc donner lieu à des échanges, des débats contradictoires, voire des affrontements qui pourront être virulents. Tant que nous resterons dans la courtoisie, les commentaires sont là pour ça. Et vous êtes les bienvenus pour y trouver matière à vous exprimer. En n'oubliant jamais que la musique n'est rien sans les artistes qui la font vivre et qui nous l'offrent. Car je fais mienne la phrase de Paul Valéry : "Aujourd'hui, nous n'avons plus besoin d'artistes. Mais nous avons besoin de gens qui ont besoin d'artistes".
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