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16 mai 2014 5 16 /05 /mai /2014 23:33
Nicola Ghiuselev (17 août 1936 - 16 mai 2014).

 

 

Il était peut-être le dernier représentant des grandes basses bulgares, celles qui avaient su conjuguer la technique italienne et le phénoménal matériau que leur origine slave leur avait donné. Le Bulgare, comme le Russe, "chante quand il parle", adoptant naturellement les justes positions du voile du palais, du larynx, de la langue qui se connectent de façon quasi automatique aux résonateurs faciaux. Il lui restait à canaliser une voix gigantesque et à lui appliquer l'italianita qui avait fait la gloire de ses aînés Boris Christoff et Nicolai Ghiaurov. Sans atteindre, peut-être, les sommets que ses deux compatriotes avaient su gravir, il restera tout de même un merveilleux serviteur de l'art lyrique.

 

Né le 17 août 1936 à Pavlikeni, au nord de la Bulgarie (près de la merveilleuse cité de Veliko Tarnovo), il commença par étudier la peinture à l'Académie des Arts de Sofia, avant de se tourner vers le chant, à l'école de l'Opéra National, avec Christo Brambarov (qui forma aussi Ghiaurov). Et l'élève était doué, puisqu'il débuta dès l'âge de 24 ans dans le rôle de Timur de Turandot. Une tournée européenne en 1965 lui permit de se faire entendre et surtout remarquer, et sa carrière démarra très vite, lui permettant de fouler les plus grandes scènes du monde entier, du Met à la Scala en passant par Vienne ou Londres.

Surtout, il fut très tôt appelé à participer à des enregistrements prestigieux, comme La Gioconda dès 1967, aux côtés de Tebaldi, Bergonzi et Horne, ou encore Les Huguenots en 1969, avec le "team Bonynge" (Sutherland, Arroyo, Tourangeau).

 

Immense Boris, et évidemment parfait pour l'opéra russe, il a aussi marqué très fortement les grands rôles du répertoire italien, de Raimondo et Mosé de Rossini au Colline de Puccini, avec bien entendu une prédilection pour les personnages verdiens. Je ne suis pas près d'oublier son exceptionnel Filippo II à Garnier en juillet 1987, où il sauva presque à lui seul une production médiocre.

Cinquante années d'une magnifique carrière (qui le vit même aborder Scarpia), forte de plus de soixante-dix rôles, et marquée aussi par une présence scénique exceptionnelle, achevée en ce 16 mai sans que l'on puisse lui trouver un successeur digne de ce nom...

 

 

© Franz Muzzano - Mai 2014. Toute reproduction interdite sans autorisation de l'auteur. Tous droits réservés.

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Published by Franz Muzzano - dans L'hommage de Franz
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commentaires

Hertzog 20/05/2014 11:41

Merci Franz! Magnifique!

MPR 16/05/2014 23:10

complétement inconnu pour moi.... MAIS QUELLE VOIX !!! Magnifique Philippe !!! merci !

Présentation

  • : Les Chroniques de Franz Muzzano
  • : Écrivain, musicien et diplômé d'Histoire de la Musique, j'ai la chance, depuis plus de 40 ans, de fréquenter les salles de concerts et les maisons d'opéras, et souvent aussi leurs coulisses. J'ai pu y rencontrer quantité d'artistes, des plus grands aux plus méconnus. Tous m'ont appris une chose : une passion n'a de valeur que si elle se partage. Partage que je vais tenter de vous transmettre à travers ces chroniques qui relateront les productions que j'ai pu voir ou entendre (l'art lyrique y tenant une grande place). Mais aussi les disques qui ont contribué à me former, tout comme les nouveautés qui me paraîtront marquantes (en bien ou en mal). J'évoquerai aussi certaines grandes figures du passé, que notre époque polluée par les "modes" a parfois totalement oubliées. Je vous proposerai aussi des réflexions sur des aspects plus généraux de la vie musicale. Tout cela dans un grand souci d'impartialité, mais en assumant une subjectivité revendiquée. Certaines chroniques pourront donc donner lieu à des échanges, des débats contradictoires, voire des affrontements qui pourront être virulents. Tant que nous resterons dans la courtoisie, les commentaires sont là pour ça. Et vous êtes les bienvenus pour y trouver matière à vous exprimer. En n'oubliant jamais que la musique n'est rien sans les artistes qui la font vivre et qui nous l'offrent. Car je fais mienne la phrase de Paul Valéry : "Aujourd'hui, nous n'avons plus besoin d'artistes. Mais nous avons besoin de gens qui ont besoin d'artistes".
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